Alors que la France subit depuis plusieurs jours une vague de chaleur intense, les services de l’État s’alarment d’une pratique illégale et risquée : l’ouverture sauvage de bouches à incendie, aussi appelée « street-pooling ». Selon Le Figaro, cette tendance, qui consiste à détourner l’eau des réseaux publics pour se rafraîchir, s’est multipliée ces derniers jours dans plusieurs villes, provoquant des tensions avec les autorités et des perturbations pour les habitants.

Ce qu'il faut retenir

  • 17 bouches à incendie ont été ouvertes illégalement en petite couronne parisienne en quelques jours, selon Le Parisien.
  • Cette pratique est passible de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende, rappelle la Police nationale.
  • Elle entraîne une baisse de pression d’eau pour les habitants, notamment à Creil, Montataire, Nogent-sur-Oise et Compiègne.
  • Un mineur a été interpellé à Cholet après des violences liées à une bouche à incendie ouverte illégalement.
  • À Stains, des policiers ont dû utiliser des LBD pour disperser un groupe ayant ouvert une bouche à incendie.

Une pratique interdite et lourde de conséquences

Sous l’effet d’un dôme de chaleur persistant, des scènes de rue se transforment en pataugeoires improvisées lorsque des bouches à incendie sont ouvertes illégalement. Selon Le Figaro, cette pratique, baptisée « street-pooling », se généralise dans plusieurs départements, notamment en Île-de-France et dans les Hauts-de-France. Les autorités rappellent qu’elle est strictement interdite, non seulement parce qu’elle est illégale, mais aussi parce qu’elle met en danger la sécurité publique.

Le compte officiel de la Police nationale sur X a clairement mis en garde : « En cette période de fortes chaleurs, certains peuvent être tentés d’ouvrir les bouches d’incendie pour se rafraîchir. Cette pratique, appelée “street pooling”, est interdite et peut avoir de lourdes conséquences sur les interventions des pompiers. » La loi prévoit en effet jusqu’à cinq ans de prison et une amende pouvant atteindre 75 000 euros pour les contrevenants.

Des répercussions concrètes pour les habitants

Au-delà des risques juridiques, l’ouverture sauvage de bouches à incendie perturbe gravement l’alimentation en eau des villes. La préfecture de l’Oise a ainsi indiqué que ces actes avaient entraîné une « réduction de la pression en eau pour les habitants de plusieurs communes, notamment Creil, Montataire, Nogent-sur-Oise et Compiègne ». Les familles, les personnes âgées, les commerces et les services publics se retrouvent pénalisés, tandis que les secours voient leurs interventions compliquées par cette baisse de pression.

Le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de Seine-et-Marne a précisé au Parisien qu’ouvrir une bouche à incendie pendant une heure revient à déverser entre 30 000 et 60 000 litres d’eau dans la rue. Autant dire que ces gaspillages mettent à rude épreuve les réseaux d’eau potable, déjà sollicités par la sécheresse.

Des dangers multiples pour les auteurs et les passants

Les risques encourus par ceux qui ouvrent ces bouches à incendie ne se limitent pas aux sanctions pénales. Les services de l’État rappellent que ces actes exposent aussi à des blessures graves, voire mortelles. Les geysers d’eau peuvent projeter des personnes à plusieurs mètres, comme ce fut le cas en 2019 à Saint-Denis, où un enfant de six ans avait été hospitalisé après avoir été projeté en l’air par la pression de l’eau. De plus, ces écoulements imprévisibles créent des risques d’électrocution et d’accidents de la route pour les conducteurs et les piétons.

Des incidents violents dans plusieurs villes

La situation a dégénéré à plusieurs reprises ces derniers jours. À Cholet (Maine-et-Loire), l’ouverture d’une bouche à incendie dans la nuit du 24 au 25 mai a déclenché une nuit de violences dans le quartier Jean-Monnet. Les pompiers, intervenus pour refermer la bouche, ont été pris à partie par un groupe de jeunes qui l’a rouverte peu après. Le procureur de la République d’Angers, Éric Bouillard, cité par Ouest-France, a confirmé que les effectifs de secours avaient été « sévèrement caillassés », nécessitant le déploiement de renforts, dont des CRS venus de Nantes. Un mineur a été interpellé et placé en garde à vue pour participation à l’ouverture illégale de la bouche à incendie.

En Seine-Saint-Denis, dix signalements ont été enregistrés ce week-end, dont un à Stains, rue Jean-Jaurès. L’ouverture d’une bouche à incendie a rapidement dégénéré lorsque des jeunes auraient « pris à partie les policiers locaux ». Ces derniers ont dû faire usage d’un lanceur de balles de défense (LBD) pour disperser le groupe, sans qu’aucun blessé ne soit à déplorer.

« Ces actes ont eu une conséquence très concrète : une réduction de la pression en eau pour les habitants de plusieurs communes. En pensant “rafraîchir la rue”, certains conduisent en réalité à dégrader l’alimentation en eau des habitants, voire à provoquer des coupures ou des difficultés d’usage pour les familles, les personnes âgées, les commerces, les services publics et les secours. » — Préfecture de l’Oise, dans un communiqué rapporté par France 3

Un phénomène en hausse avec la canicule

La recrudescence de ces pratiques s’explique par les températures exceptionnelles enregistrées ces derniers jours. Selon Météo-France, la France connaît un épisode de chaleur précoce et intense, avec des pics dépassant les 35°C dans plusieurs régions. Face à cette situation, les autorités multiplient les appels à la responsabilité, rappelant que les solutions pour se rafraîchir existent légalement : parcs, fontaines publiques, piscines municipales ou encore climatisation.

Les collectivités locales appellent également à la vigilance. À Paris, la mairie a déployé des points de rafraîchissement et des brumisateurs dans les parcs et jardins. Pourtant, malgré ces dispositifs, certains persistent à ouvrir les bouches à incendie, au mépris des règles et des risques encourus.

Et maintenant ?

Les autorités pourraient renforcer les contrôles et les sanctions dans les prochains jours, alors que les prévisions météo annoncent une poursuite de la vague de chaleur. Les services de secours appellent les citoyens à signaler immédiatement toute tentative d’ouverture sauvage de bouche à incendie via les numéros d’urgence. Les communes concernées devraient également renforcer leur communication sur les alternatives légales pour se rafraîchir, afin d’éviter de nouveaux incidents.

Alors que la canicule devrait persister jusqu’à la fin de la semaine, la question reste entière : comment concilier besoin de fraîcheur et respect des règles collectives ? Les prochains jours diront si les appels à la responsabilité porteront leurs fruits, ou si le phénomène du « street-pooling » continuera de se répandre.

Outre l’amende et la peine de prison encourues, cette pratique expose à des risques d’électrocution, de blessures graves dues à la pression de l’eau, et crée des dangers pour les usagers de la route. Elle prive aussi les habitants et les services publics d’eau potable, ce qui peut entraîner des coupures ou des difficultés d’approvisionnement.