Une vague de chaleur historique en mai 2026 a balayé l’Europe, battant des records de température et suscitant des réactions vives en ligne. Selon Euronews FR, ces conditions météorologiques extrêmes ont donné lieu à une vague de désinformation et de harcèlement à l’encontre des scientifiques du climat, dont les travaux sont contestés par des publications climatosceptiques largement relayées sur les réseaux sociaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Les vagues de chaleur record de mai 2026 en Europe ont été accompagnées de théories fallacieuses remettant en cause les sciences du climat.
  • Des climatologues, dont Sonia Seneviratne (ETH Zurich) et Zeke Hausfather (Stripe), rapportent des campagnes de harcèlement en ligne et des messages hostiles.
  • Les fausses affirmations invoquent des vagues de chaleur passées (1921, 1976) ou l’effet d’« îlot de chaleur urbain » pour discréditer les relevés de température mondiaux.
  • Les experts soulignent que les épisodes actuels sont plus fréquents, plus étendus et plus intenses en raison du réchauffement climatique d’origine humaine.
  • En janvier 2026, les autorités espagnoles avaient déjà alerté sur une hausse « alarmante » des attaques en ligne visant climatologues et météorologues.

Des théories climatosceptiques relancées par une vague de chaleur précoce

Les températures exceptionnelles enregistrées en mai 2026 en Europe ont servi de terreau à une série d’affirmations trompeuses, largement diffusées sur les réseaux sociaux. Selon Euronews FR, un message publié sur X et vu des milliers de fois affirme que les vagues de chaleur historiques, comme celle de Londres en 1976 ou en 1921, prouvent que les températures actuelles ne sont pas exceptionnelles. D’autres publications, en anglais, remettent en cause la fiabilité des relevés de température en évoquant soit l’effet d’îlot de chaleur urbain, soit des manipulations délibérées.

Les climatologues interrogés par Euronews FR contestent ces arguments. Pour eux, ces discours ne sont pas seulement infondés, mais ils contribuent aussi à alimenter un climat d’hostilité envers les chercheurs, allant parfois jusqu’au harcèlement en ligne. Une situation qui rappelle les méthodes éprouvées de déni scientifique, déjà observées lors des guerres du tabac.

Des climatologues ciblés par des campagnes de harcèlement systématiques

Sonia Seneviratne, professeure de climatologie à l’ETH Zurich, a expliqué à l’équipe de fact-checking The Cube d’Euronews FR avoir été confrontée à des réactions hostiles liées à ses travaux. « De temps en temps, je recevais des courriels ou des lettres », a-t-elle déclaré, précisant que le phénomène était particulièrement visible sur les réseaux sociaux. « À un moment, j’ai remarqué que sur X, la situation devenait assez mauvaise. J’étais surprise de voir apparaître des messages climatosceptiques dans mon fil quelques secondes seulement après mes publications. » Elle soupçonne l’intervention de bots pour expliquer cette simultanéité.

Zeke Hausfather, responsable de la recherche climat chez Stripe et chercheur à Berkeley Earth, a pour sa part indiqué que « le plus grand niveau de harcèlement » qu’il ait subi se limitait à des insultes en ligne, « heureusement ». Il a toutefois souligné que ses collègues, « en particulier des femmes », avaient vécu des expériences bien plus graves. Bart Verheggen, conseiller principal en climatologie à l’institut météorologique néerlandais KNMI, a confirmé avoir été lui aussi la cible d’abus verbaux dans le passé, bien qu’il n’ait pas subi d’intimidations ou de menaces.

Le déni climatique évolue : des attaques ciblant désormais les politiques climatiques

Selon Bart Verheggen, la désinformation climatique a évolué. « La science devient de plus en plus claire et est mieux acceptée par le grand public », a-t-il expliqué à The Cube. « En parallèle, les forces opposées à ces politiques ont durci leur position. » Il ajoute que le déni ne porte plus sur l’existence du réchauffement climatique, mais sur ses conséquences et les mesures mises en place pour y faire face. Une évolution qui reflète une stratégie plus large de remise en cause des actions politiques, similaire à celle observée lors des débats sur le tabac.

Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large. En janvier 2026, les autorités espagnoles avaient déjà signalé une hausse « alarmante » des attaques en ligne visant climatologues et météorologues, une grande partie de ces messages hostiles étant relayée sur X. Le harcèlement des scientifiques n’est cependant pas un phénomène récent. Le climatologue Michael E. Mann, par exemple, a déjà raconté avoir reçu des menaces et avoir été la cible de campagnes organisées pour discréditer ses travaux, qui mettaient en évidence un réchauffement climatique sans précédent dès 1998. L’Union of Concerned Scientists, basée aux États-Unis, a documenté ces tentatives de nuire à sa réputation, attribuant ces attaques à des groupes liés aux combustibles fossiles.

Les arguments fallacieux les plus répandus sur les canicules actuelles

Les climatologues identifient plusieurs fausses affirmations circulant actuellement sur les réseaux sociaux, qui reprennent des récits climatosceptiques bien établis. Certains messages affirment que les vagues de chaleur de 1921 et 1976 prouvent que les températures extrêmes ne sont pas nouvelles. Pour Sonia Seneviratne, ces arguments traduisent une méconnaissance de l’impact du changement climatique sur les phénomènes météorologiques. « Ces vagues de chaleur ont bien existé, mais les épisodes actuels se produisent plus fréquemment, touchent des zones plus vastes et atteignent des niveaux qui auraient été quasi improbables sans le réchauffement climatique d’origine humaine », a-t-elle précisé.

D’autres publications prétendent que les relevés de température mondiaux sont faussés en raison de l’effet d’îlot de chaleur urbain. Ce phénomène, réel, se produit lorsque les infrastructures urbaines denses absorbent et restituent davantage de chaleur que les zones naturelles. Selon Seneviratne, cet effet « peut accentuer les températures à l’échelle locale, mais n’explique pas les tendances observées à l’échelle mondiale ». Les scientifiques rappellent que cet effet est déjà pris en compte dans les méthodes de mesure et de collecte des données sur le long terme.

Enfin, certaines affirmations, sans aucun fondement, présentent les relevés de température comme « imaginaires ». Zeke Hausfather rappelle que neuf groupes de scientifiques aux États-Unis, au Royaume-Uni, dans l’Union européenne, au Japon et en Chine produisent indépendamment des séries de températures mondiales. « Ces séries concordent entre elles malgré l’utilisation de jeux de données et de méthodes différents. Peu d’éléments scientifiques sont aussi solidement validés que ces relevés », a-t-il souligné.

Et maintenant ?

Les climatologues appellent à une vigilance accrue face à la désinformation et aux campagnes de harcèlement qui ciblent les experts. Si les institutions européennes et nationales commencent à prendre la mesure du phénomène, les prochaines semaines pourraient voir une intensification des débats sur la fiabilité des données climatiques. Une question reste en suspens : comment concilier liberté d’expression et protection des scientifiques contre les attaques en ligne ? Les plateformes comme X, où une grande partie de ces messages circulent, pourraient être appelées à renforcer leurs politiques de modération dans les mois à venir.

La situation actuelle illustre la nécessité de s’appuyer sur des sources scientifiques solides et vérifiées. Alors que l’Europe s’apprête à vivre des étés toujours plus chauds, la crédibilité des données climatiques sera plus que jamais un enjeu central pour orienter les politiques publiques.

Les climatologues expliquent que ces arguments ignorent l’évolution des phénomènes météorologiques extrêmes. Les vagues de chaleur de 1921 ou 1976 étaient effectivement sévères, mais leur fréquence, leur étendue géographique et leur intensité restent sans commune mesure avec les épisodes actuels, rendus possibles par le réchauffement climatique d’origine humaine. Selon Sonia Seneviratne, certaines vagues de chaleur récentes auraient eu une probabilité « quasi nulle » de se produire sans l’influence humaine.