Alors que les épisodes de canicule se multiplient en France, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, exige que les entreprises négocient des plans d’action pour protéger les salariés des fortes chaleurs. Selon BFM Business, elle plaide pour des accords obligatoires d’ici le printemps 2027, assortis de sanctions financières pouvant atteindre 30 000 euros en cas de manquement, sur le modèle espagnol.

Ce qu'il faut retenir

  • La CFDT demande l’obligation pour les entreprises de négocier des plans d’action contre les canicules avant l’été 2027, comme le rapporte BFM Business.
  • Marylise Léon propose d’intégrer les risques liés aux températures extrêmes dans les documents uniques d’évaluation des risques professionnels (DUERP).
  • Les employeurs devraient reconnaître que certaines tâches deviennent « insoutenables » au-delà de seuils thermiques précis et suspendre l’activité si nécessaire.
  • La CFDT propose des amendes pouvant aller jusqu’à 30 000 euros, comme en Espagne, pour les entreprises ne respectant pas ces obligations.
  • Les secteurs les plus exposés – transports, travail en extérieur, industries en hangars chauffés – devront faire l’objet d’un contrôle renforcé de l’inspection du travail.

Des négociations obligatoires avant l’été 2027

Pour Marylise Léon, l’enjeu est de « disposer de vrais plans d’action négociés d’ici au printemps 2027 », afin d’être prêt à affronter l’été suivant. Dans un entretien au Monde publié le 2 juillet 2026, elle insiste sur la nécessité d’intégrer les canicules comme un « risque pérenne et structurel » dans les entreprises. Aujourd’hui, ces risques sont souvent gérés de manière ponctuelle, sans cadre stable, déplore-t-elle.

Isabelle Mercier, secrétaire nationale de la CFDT, précise que les entreprises doivent adapter les horaires ou l’organisation du travail dès que les températures deviennent critiques. « Aujourd’hui, la question des canicules n’est pas intégrée comme un risque pérenne et structurel. C’est du coup par coup et il n’est pas toujours pris en compte », explique-t-elle à BFM Business. Elle cite notamment l’exemple des travailleurs en extérieur ou dans des espaces non climatisés, où les conditions deviennent rapidement dangereuses.

Des amendes jusqu’à 30 000 euros pour inciter au respect des règles

Marylise Léon prend au mot la proposition du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, qui souhaite s’inspirer du modèle espagnol, notamment pour la sieste ou les horaires de travail. Pour la dirigeante de la CFDT, cela doit aller plus loin : « L’exemple de l’Espagne peut aussi servir de source d’inspiration. Elle a poussé en faveur du dialogue entre les acteurs et instauré des sanctions, avec des amendes pouvant aller jusqu’à 30 000 euros, par exemple quand des salariés sont exposés à des risques inconsidérés », plaide-t-elle.

Isabelle Mercier renchérit : « Il y a un sujet de contrôle et d’obligation. » Elle appelle à « renforcer les moyens de l’inspection du travail dans les secteurs à risque », parmi lesquels les transports, le travail en extérieur et les industries dans de grands hangars chauffés. Sans oublier les travailleurs indépendants – livreurs à vélo, saisonniers agricoles – ou encore les salariés en sous-traitance, souvent laissés pour compte dans les mesures de prévention.

Les angles morts de la prévention : indépendants et sous-traitance

La CFDT met en lumière un paradoxe : les donneurs d’ordre prennent parfois des mesures pour leurs propres équipes, mais oublient celles des entreprises sous-traitantes, comme les équipes de nettoyage ou de sécurité. « Les donneurs d’ordres mettent souvent en place des mesures pour préserver la santé de leurs équipes, en omettant les équipes de nettoyage ou de sécurité, par exemple, qui travaillent sur le même site [via un autre employeur] », souligne Isabelle Mercier.

Pour la secrétaire générale, « cette négociation ne se fera pas depuis Paris ». Les syndicats et le patronat doivent prendre leurs responsabilités, mais l’État a aussi un rôle à jouer en rendant ces discussions obligatoires dans les entreprises. Marylise Léon regrette par ailleurs que « pour une partie d’entre elles, l’enjeu économique prime sur celui de la santé des salariés, au nom d’une conception financiarisée de notre modèle productif, qui ne regarde pas le long terme ».

Un groupe paritaire lancé à l’automne pour anticiper les crises

Les prochaines semaines seront décisives. Dès le 3 juillet 2026, la CFDT réunit les représentants des différentes branches professionnelles pour préparer les échéances à venir. Un groupe paritaire doit être lancé à l’automne par le ministère du Travail afin de mieux anticiper les prochaines crises, indique Isabelle Mercier.

La CFDT compte aussi faire des propositions lors des prochaines conférences sur le travail, l’emploi et les retraites. « On ne peut pas faire comme si c’était nouveau à chaque fois, et continuer à faire du colmatage comme on le fait aujourd’hui », conclut-elle. L’objectif est clair : éviter de traiter les canicules comme une urgence ponctuelle, mais bien comme un risque structurel à long terme.

Et maintenant ?

Pour l’automne 2026, un groupe paritaire piloté par le ministère du Travail devrait être lancé pour préparer des mesures concrètes avant les prochaines vagues de chaleur. Les négociations dans les entreprises devraient s’intensifier, avec un accent sur les secteurs les plus exposés. Reste à voir si le gouvernement suivra les propositions de la CFDT, notamment sur l’obligation légale et les sanctions financières.

Plus largement, ce débat soulève la question de l’adaptation du modèle productif français aux défis climatiques. Faut-il revoir l’organisation du travail, les horaires, ou même les locaux professionnels pour faire face aux canicules de plus en plus fréquentes ? La balle est désormais dans le camp des acteurs sociaux et politiques.

Selon la CFDT, les secteurs les plus exposés sont les transports, le travail en extérieur (BTP, agriculture) et les industries situées dans de grands hangars non climatisés. Les travailleurs indépendants – comme les livreurs à vélo – et les salariés en sous-traitance sont également considérés comme des angles morts de la prévention.

La CFDT s’inspire du modèle espagnol, où des sanctions financières pouvant atteindre 30 000 euros sont appliquées en cas d’exposition des salariés à des risques inconsidérés liés aux canicules. Pour la centrale syndicale, ces amendes permettraient d’inciter les entreprises à prendre au sérieux leurs obligations en matière de prévention.