« Je suis très impressionné. Je suis très touché. D’autant que quand on fait des films d’animation, on a le prix du meilleur film d’animation. Et là, ça change un petit peu. » C’est par ces mots que Louis Clichy, réalisateur du film Le Corset, a réagi à l’obtention du Prix spécial du jury à Un Certain Regard lors de la 79e édition du Festival de Cannes, comme le rapporte Franceinfo – Culture.

Ce qu'il faut retenir

  • Le film Le Corset, de Louis Corset, a remporté le Prix spécial du jury à Un Certain Regard à Cannes 2026.
  • Plusieurs œuvres d’animation ont été projetées dans des sections officielles et parallèles, marquant une reconnaissance accrue du genre.
  • La Semaine de la critique a ouvert ses portes pour la première fois avec un film d’animation, In Waves.
  • Le Japon, pays emblématique de l’anime, était mis à l’honneur lors du festival.
  • La France confirme sa place de leader européen dans le cinéma d’animation, avec 18 productions en 2025.

Une reconnaissance grandissante pour l’animation française

La 79e édition du Festival de Cannes a confirmé la montée en puissance de l’animation française, tant sur le plan artistique que industriel. Selon les organisateurs, cette présence accrue ne relève pas d’une volonté de mise en avant spécifique, mais bien d’une « réaction normale face à des œuvres qui s’imposent », comme l’a souligné un porte-parole du festival. Parmi les titres salués, Le Corset a marqué les esprits en remportant le Prix spécial du jury à Un Certain Regard. Ce récit poignant, centré sur un enfant de 11 ans contraint de porter un corset pour rester droit, illustre les défis du monde agricole tout en rendant hommage à la résilience humaine.

Cette édition a également permis de mettre en lumière d’autres productions ambitieuses. Jim Queen, de Marco Nguyen et Nicolas Athane, a notamment animé la Croisette lors d’une séance de minuit. Ce film, mêlant humour et réflexion sociale, a confirmé l’appétence du public pour des récits audacieux. Par ailleurs, In Waves, projeté à l’ouverture de la Semaine de la critique, a séduit par sa narration intime et sa bande originale signée par Rob et la chanteuse Oklou. Adapté d’un roman graphique d’AJ Dungo, il raconte une histoire d’amour entre un skateur et une surfeuse sous le soleil californien, rythmée par la maladie.

Des sections parallèles investies par l’animation

Pour la première fois de son histoire, la Semaine de la critique a choisi d’ouvrir ses portes avec un film d’animation. « Et nous débutons pour la première fois avec un film d’animation », a lancé avec fierté Ava Cahan, déléguée générale de la section, lors de la cérémonie d’ouverture. Ce choix reflète une volonté claire : offrir une visibilité accrue à un genre souvent relégué aux marges. La Quinzaine des cinéastes a suivi cette tendance en programmant Carmen, l’oiseau rebelle, du réalisateur Sébastien Laudenbach. Ce film, inspiré de l’opéra de Bizet et de la nouvelle de Prosper Mérimée, a été salué pour sa réinterprétation audacieuse, avec Camelia Jordana prêtant sa voix à l’héroïne.

Côté documentaires, Lucy Lost, d’Olivier Clert, a proposé une réflexion originale sur les traumatismes à travers le portrait d’une enfant ostracisée pour sa différence. Tangles, du Canadien Leah Nelson, a également marqué les esprits avec son esthétique en noir et blanc, explorant le thème de la maladie d’Alzheimer à travers le retour d’une femme dans son village natal. Enfin, Le Vertige et Jim Queen ont complété la sélection, confirmant l’attrait croissant du public pour des récits hybrides, à la frontière entre réalité et fiction.

Un écosystème français en pleine expansion

La vitalité du cinéma d’animation français s’appuie sur un écosystème unique, fruit de décennies de politiques culturelles. Mickaël Marin, directeur du Festival du film d’animation d’Annecy, a souligné que cette reconnaissance à Cannes était le résultat d’un « travail de fond » mené depuis les années 1960. « Depuis 1960 et singulièrement depuis ces vingt dernières années, Annecy a participé au développement du secteur, entre son festival et son marché », a-t-il déclaré. Le Centre national du cinéma (CNC) confirme cette dynamique : 13 films d’animation ont été produits en 2024, suivis de 18 en 2025, avec une forte demande à l’export.

Cette croissance s’explique par une volonté politique constante depuis les années 1980, combinée à une approche artistique distincte de celle des Anglo-Saxons. « On a cette capacité, en France, de développer un tissu industriel autour du cinéma d’animation au service d’une vision plus centrée sur l’auteur », a expliqué Mickaël Marin. Cette approche a permis de toucher un public varié, au-delà des clichés sur l’animation « pour enfants ». Des films comme Arco, Grand Prix d’Annecy en 2025, ou Amélie et la Métaphysique des tubes, sélectionnés aux Oscars, illustrent cette diversité. « On a eu à la fois une vision d’auteur et on a réussi à toucher un public », a-t-il ajouté.

Le Japon et l’animation, un duo incontournable

Le Japon, berceau de l’anime, a été mis à l’honneur lors de cette édition cannoise. Le pays a participé activement aux débats, notamment à travers Cannes Animation, un programme dédié lancé cette année en partenariat avec le Festival d’Annecy. Cet événement, centré sur l’Annecy Animation Showcase, a permis de mettre en lumière les échanges entre professionnels et de renforcer la visibilité des œuvres japonaises. Hisamatsu Takeo, nouveau directeur du Festival international du film de Tokyo, a d’ailleurs annoncé que l’animation figurerait parmi les priorités de son mandat, avec l’objectif d’instaurer une compétition dédiée dans les années à venir.

Cette reconnaissance internationale s’inscrit dans un contexte où l’animation représente près de la moitié du box-office japonais, selon les données de Cannes Markets News. La France, quant à elle, se positionne comme le leader européen, talonnée par les États-Unis et le Japon, et confirme son statut de terre d’accueil pour les talents du secteur.

Et maintenant ?

Le prochain rendez-vous majeur pour l’animation française sera le Festival d’Annecy, qui fêtera sa 50e édition du 21 au 27 juin 2026. L’événement sera marqué par l’inauguration de la Cité internationale du cinéma d’animation le 19 juin, un projet ambitieux visant à structurer davantage l’industrie. Par ailleurs, la question du financement du cinéma d’animation, régulièrement débattue en France, devrait rester au cœur des discussions, alors que les modèles traditionnels sont remis en cause par certains acteurs politiques. Pour l’heure, les professionnels du secteur misent sur la poursuite de cette dynamique, portée par des récits audacieux et un public toujours plus exigeant.

Une question reste en suspens : cette reconnaissance accrue de l’animation à Cannes marquera-t-elle un tournant durable pour le genre, ou s’agira-t-il d’un phénomène ponctuel ? Une chose est sûre : le public a désormais pris l’habitude de voir des films d’animation défiler sur la Croisette, et les organisateurs semblent déterminés à poursuivre sur cette voie.

Le film Le Corset a remporté le Prix spécial du jury à Un Certain Regard. Jim Queen a marqué les esprits lors d’une séance de minuit, tandis que In Waves a ouvert la Semaine de la critique pour la première fois avec un film d’animation.

Le Festival d’Annecy est un acteur clé du secteur depuis 1960. Il organise des dispositifs d’accompagnement pour les projets, favorise les échanges entre professionnels et contribue à la visibilité internationale des œuvres françaises. Son influence s’étend au-delà du festival, avec la création de la Cité internationale du cinéma d’animation en juin 2026.