Avec un produit intérieur brut (PIB) largement dépendant du tourisme, qui en représente près d’un quart, le Cap-Vert mise sur un atout moins évident pour attirer les visiteurs : sa musique. Un secteur culturel qui joue un rôle clé dans l’attractivité du pays, mais dont le développement se heurte à des obstacles logistiques persistants. C’est ce que révèle une enquête publiée par RFI.

Ce qu'il faut retenir

  • Le tourisme compte pour près de 25 % du PIB capverdien, dont une part non négligeable grâce à la réputation musicale du pays.
  • Les plages, la faune et les randonnées ne sont pas les seuls arguments d’attractivité : la musique capverdienne, notamment morna et funaná, séduit les voyageurs.
  • Les producteurs locaux peinent à développer une industrie musicale pérenne en raison de l’isolement géographique de l’archipel.

L’archipel du Cap-Vert, situé à environ 500 kilomètres des côtes africaines, doit sa renommée internationale à des artistes comme Cesária Évora, dont la voix a popularisé la morna, genre musical emblématique du pays. « La musique capverdienne est un vecteur d’attractivité majeur, surtout auprès des touristes européens et américains », souligne un responsable du ministère du Tourisme capverdien, cité par RFI. Pourtant, l’industrie musicale locale reste fragile, en partie à cause de l’éloignement des grands marchés et des difficultés d’exportation.

Côté infrastructures, le pays dispose de studios d’enregistrement et d’un festival international de musique, le Kriol Jazz Festival, qui attire chaque année des artistes et des mélomanes. Cependant, les coûts de production et de diffusion restent élevés, en raison de l’absence de chaînes de distribution locales performantes. « On dépend encore trop des plateformes étrangères pour toucher un public international », explique un producteur local sous couvert d’anonymat. Les artistes capverdiens peinent à vivre de leur art sans le soutien d’un écosystème structuré.

Pourtant, des initiatives émergent pour dynamiser le secteur. Le gouvernement a lancé en 2024 un fonds dédié à la culture, doté de 5 millions d’euros, afin de soutenir les projets musicaux et artistiques. « L’objectif est de créer des emplois locaux et de réduire la dépendance au tourisme saisonnier », précise le ministre de la Culture, cité par RFI. Des partenariats avec des plateformes de streaming comme Spotify ou Apple Music sont également en cours de négociation pour mieux promouvoir les artistes capverdiens.

Et maintenant ?

Si le Cap-Vert mise sur sa culture pour diversifier son économie, les prochaines années seront déterminantes. Le gouvernement a annoncé que le fonds culturel serait augmenté de 20 % en 2027, et un nouveau festival dédié aux musiques urbaines est prévu pour 2027. Reste à voir si ces mesures suffiront à transformer la musique en un secteur économique autonome, indépendant du tourisme.

Par ailleurs, la digitalisation pourrait jouer un rôle clé. Plusieurs plateformes africaines, comme Afrostream ou AfriOne, ont exprimé leur intérêt pour collaborer avec des artistes capverdiens. Un accord pourrait être signé d’ici la fin de l’année 2026, selon des sources proches du dossier. Bref, si les défis restent nombreux, les opportunités commencent à se dessiner.