Selon nos confrères du South China Morning Post – quotidien hongkongais désormais détenu par le groupe Alibaba depuis 2016 –, l’île de Sal, dans l’archipel capverdien, incarne aujourd’hui à la fois l’attractivité touristique croissante du pays et un phénomène social méconnu : le retour de ses enfants émigrés. Publié le 29 août 2026, ce reportage s’inscrit dans une série estivale dédiée aux destinations africaines en plein essor.
Ce qu'il faut retenir
- L’île de Sal attire chaque année davantage de touristes grâce à ses plages de sable blanc, son ensoleillement permanent et ses infrastructures hôtelières en formule tout compris.
- Le Cap-Vert, ancienne colonie portugaise indépendante depuis 1975, connaît un phénomène de retour des émigrés après des décennies d’exode, notamment depuis les années 1970.
- Les requins citron, présents dans les eaux de Sal, imposent des règles strictes aux visiteurs et aux locaux, comme le rappelle l’expérience vécue par João, guide touristique.
- João, parti travailler douze ans à Lisbonne avant de revenir en 2023, symbolise cette tendance : des centaines de milliers de Capverdiens avaient quitté leur île pour des opportunités en Europe ou en Amérique du Nord.
- Le tourisme, en plein essor, devient un levier économique majeur pour l’archipel, permettant à des îles comme Sal de se développer au-delà de leur économie traditionnelle basée sur le sel et la pêche.
Avec ses étendues de sable fin, son climat ensoleillé toute l’année et ses complexes hôteliers modernes, l’île de Sal s’est imposée ces dernières années comme l’un des épicentres du tourisme capverdien. Selon le South China Morning Post, cette destination attire désormais des visiteurs venus d’Europe, d’Amérique et d’Asie, séduits par un mélange de dépaysement et de confort. Pourtant, au-delà des clichés du paradis balnéaire, l’île conserve une particularité locale aussi fascinante qu’inattendue : la présence de requins citron dans ses eaux.
João, guide touristique sur l’île, connaît bien ces prédateurs des mers. « Gardez bien en tête que les requins peuvent vous toucher, mais vous ne pouvez pas toucher les requins », explique-t-il en mimant une amputation avec son majeur replié, un geste qui, à première vue, pourrait prêter à confusion. Il précise ensuite, avec un sourire en enfilant une paire de Crocs usées par le sel : « Et, j’oubliais : il ne faut pas non plus avoir d’ampoules à vif sur vos pieds, ça les excite aussi. » Ces conseils, à la fois humoristiques et sérieux, reflètent la cohabitation entre les activités humaines et la faune marine locale, où chaque interaction doit être mesurée.
Mais l’île de Sal représente bien plus qu’un simple lieu de villégiature. Depuis quelques années, elle est aussi le théâtre d’un phénomène social plus large, observable dans tout l’archipel capverdien : le retour des émigrés. Après des décennies de départs massifs vers des pays comme le Portugal, les États-Unis ou la France, notamment dans les années 1970, les Capverdiens commencent à rentrer chez eux. Un mouvement encouragé par le développement économique du pays, porté en partie par le tourisme.
João en est un exemple typique. Arrivé à Lisbonne en quête d’opportunités, il y a travaillé pendant douze ans dans la maintenance hôtelière dans le quartier du Bairro Alto. « Les travaux payaient bien, c’était un emploi stable », raconte-t-il. Comme des centaines de milliers de ses compatriotes, il avait quitté l’île de Sal dans les années 1990, suivant le chemin tracé par ses grands-parents, partis à leur tour pour des raisons économiques. Aujourd’hui, le Cap-Vert, indépendant depuis 1975 après des siècles de colonisation portugaise, offre de nouvelles perspectives. Le retour des émigrés s’accompagne souvent de compétences acquises à l’étranger, utiles pour développer des secteurs comme le tourisme ou les services.
Ce phénomène n’est pas isolé. Selon les données disponibles, des milliers de Capverdiens ont fait le choix de revenir s’installer dans l’archipel ces dernières années, attirés par la stabilité relative du pays, sa croissance économique et la possibilité de contribuer à son développement. Pour des îles comme Sal, cette tendance représente un atout majeur. Le tourisme, qui représente désormais une part significative du PIB capverdien, permet de diversifier une économie autrefois dépendante de la pêche et de l’agriculture.
Pourtant, cette croissance ne se fait pas sans défis. La gestion des ressources naturelles, la préservation des écosystèmes marins – comme celui des requins citron – et l’intégration des retours d’émigrés dans le marché du travail local restent des enjeux cruciaux. Les autorités capverdiennes doivent également veiller à ce que le développement touristique ne creuse pas les inégalités entre les îles ou entre les populations locales et les nouveaux arrivants.
Selon les observateurs, l’exemple de l’île de Sal pourrait inspirer d’autres régions du Cap-Vert à miser sur des modèles similaires, combinant attractivité touristique et reconquête des talents locaux. Pour l’heure, le défi pour le pays reste de transformer cette dynamique en une croissance inclusive, où chaque Capverdien, qu’il soit natif ou revenu de l’étranger, puisse trouver sa place dans l’avenir de l’archipel.
Les Capverdiens ont historiquement émigré vers des pays comme le Portugal – ancienne puissance coloniale –, les États-Unis, notamment dans les villes comme Boston ou Providence, la France, ou encore les Pays-Bas. Ces destinations ont accueilli des vagues massives de migrants capverdiens dès les années 1970, souvent pour des raisons économiques.
Les requins citron, présents dans les eaux de l’île, imposent des règles strictes aux nageurs et aux guides locaux. Leur présence nécessite une vigilance accrue, notamment pour éviter les interactions non désirées. Les autorités et les professionnels du tourisme adaptent leurs pratiques pour garantir la sécurité des visiteurs tout en préservant l’écosystème marin.