Le groupe français de services numériques Capgemini a enregistré une baisse significative de son bénéfice net au premier semestre 2026, pénalisé par le coût de son plan de restructuration. Pourtant, l’entreprise anticipe désormais une croissance annuelle plus soutenue qu’initialement prévu, selon un communiqué publié jeudi 8 août 2026, comme le rapporte Le Figaro.
Ce qu'il faut retenir
- Baisse du bénéfice net de 31,3 % au premier semestre 2026, à 498 millions d’euros contre 724 millions un an plus tôt.
- Hausse du chiffre d’affaires de 8,8 %, atteignant 12 milliards d’euros sur six mois.
- Révision à la hausse des objectifs de croissance pour 2026, désormais estimés entre 8,5 % et 9 % (contre 6,5 % à 8,5 % précédemment).
- Capgemini mise sur l’IA agentique et les investissements liés à la souveraineté technologique en Europe pour soutenir sa croissance.
- 2 400 postes supprimés en France annoncés en janvier 2026, avec des coûts de restructuration de 700 millions d’euros sur deux ans, dont plus de 200 millions déjà comptabilisés au premier semestre.
Avec un résultat net en repli de 31,3 % à 498 millions d’euros sur les six premiers mois de 2026, Capgemini affiche un bilan contrasté. Le groupe précise que cette baisse s’explique principalement par le coût de son plan de restructuration, lancé en début d’année pour faire face au ralentissement de son activité en France. « Nous avons enregistré une croissance légèrement supérieure à nos attentes et qui demeure supérieure à celle du marché », a déclaré Aiman Ezzat, directeur général du groupe, lors d’une conférence téléphonique.
Le chiffre d’affaires, lui, progresse de 8,8 %, atteignant 12 milliards d’euros. Une performance qui permet à Capgemini de revoir à la hausse ses objectifs pour l’année fiscale en cours. L’entreprise table désormais sur une croissance annuelle comprise entre 8,5 % et 9 %, contre une fourchette initialement prévue de 6,5 % à 8,5 %. « Nous sommes idéalement positionnés pour bénéficier de l’accélération des investissements liés à la souveraineté technologique, à la défense et à la sécurité, en particulier en Europe où ces enjeux deviennent des priorités stratégiques », a souligné Aiman Ezzat.
L’IA agentique, un levier de croissance pour Capgemini
Capgemini mise en effet sur le développement de l’intelligence artificielle (IA), et plus précisément sur l’IA agentique, une technologie permettant à des interfaces d’effectuer des tâches de manière autonome pour les utilisateurs. Le groupe a d’ailleurs annoncé en mars 2026 un investissement de 3,3 milliards de dollars pour se positionner comme un acteur clé de ce marché en plein essor. Autant dire que cette stratégie commence à porter ses fruits, même si le bénéfice net reste en retrait en raison des coûts de restructuration.
L’entreprise mise également sur les investissements européens dans des secteurs stratégiques comme la défense et la cybersécurité. « Les priorités européennes en matière de souveraineté technologique offrent un terreau favorable à notre développement », a précisé Aiman Ezzat. Cette orientation pourrait ainsi compenser les difficultés rencontrées sur d’autres segments, notamment en France où le groupe a dû adapter ses effectifs.
Restructuration en cours : 2 400 postes supprimés en France et coûts élevés
Dès janvier 2026, Capgemini avait annoncé son intention de supprimer jusqu’à 2 400 postes en France, dans le cadre d’un plan de restructuration visant à adapter ses ressources à la baisse de son activité locale. Ces suppressions s’inscrivent dans un ensemble plus large, avec des coûts estimés à 700 millions d’euros sur deux ans, dont plus de 200 millions déjà comptabilisés au premier semestre 2026. Au 30 juin 2026, les effectifs du groupe étaient en baisse de 5 800 personnes par rapport à fin 2025.
Ces mesures s’accompagnent d’une refonte des activités du groupe, avec une volonté affichée de recentrer ses investissements sur les segments porteurs, comme l’IA ou les services cloud. Pour autant, cette restructuration n’est pas sans conséquence : elle a également suscité des tensions internes et alimenté les critiques, notamment après la révélation d’un contrat controversé signé par sa filiale Capgemini Government Solutions (CGS) avec l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), l’agence fédérale américaine de l’immigration.
Le dossier controversé de Capgemini Government Solutions et la vente en cours
En février 2026, des médias comme L’Observatoire des multinationales, France 2 et Les Jours avaient révélé que CGS avait fourni à l’ICE un outil d’identification et de localisation de personnes étrangères. Cette révélation avait provoqué une polémique, Capgemini étant alors pointé du doigt pour son implication dans les politiques migratoires américaines, particulièrement sous l’administration du président Donald Trump.
Face à la pression, le groupe avait annoncé début février son intention de vendre cette filiale. Jeudi, Aiman Ezzat a confirmé que les négociations étaient en cours pour finaliser cette transaction. « On espère boucler une transaction dans les semaines à venir », a-t-il indiqué. Par ailleurs, le groupe a précisé avoir passé en revue l’ensemble de ses filiales pour éviter de nouveaux incidents similaires. « Nous allons regarder l’ensemble de nos filiales », avait-il déclaré en février, après l’affaire.
Un contexte géopolitique et technologique favorable à long terme
Malgré les défis immédiats, Capgemini mise sur un environnement global porteur pour les prochaines années. L’entreprise souligne que les investissements dans la souveraineté technologique, notamment en Europe, devraient continuer à croître. La défense, la cybersécurité et l’IA agentique figurent parmi les secteurs prioritaires pour les États membres de l’Union européenne, ce qui pourrait se traduire par de nouveaux contrats pour le groupe.
Autre élément positif : le chiffre d’affaires a progressé dans toutes les régions, avec une accélération notable en Amérique du Nord et en Asie-Pacifique. En Europe, la croissance reste plus modérée, mais l’entreprise mise sur ses investissements dans l’innovation pour inverser cette tendance. « Notre positionnement sur l’IA et les services cloud nous permet de tirer parti des opportunités offertes par les transitions technologiques et industrielles », a rappelé Aiman Ezzat.
Si la restructuration en France et les coûts associés pèsent encore sur les résultats, la dynamique globale de Capgemini semble se redessiner autour de ses segments innovants. Reste à voir si l’entreprise parviendra à concilier performance financière et responsabilité sociétale, dans un contexte où ses activités font parfois l’objet de vives critiques.
L’IA agentique désigne des systèmes capables d’effectuer des tâches de manière autonome pour un utilisateur, sans intervention humaine constante. Capgemini y voit un marché d’avenir, notamment dans les secteurs de la souveraineté technologique et de la cybersécurité, où la demande devrait fortement augmenter en Europe. Le groupe a d’ailleurs investi 3,3 milliards de dollars pour se positionner comme un acteur clé de cette filière.
La vente de CGS fait suite à une polémique née en février 2026, lorsque des médias ont révélé que cette filiale avait fourni un outil d’identification à l’ICE, l’agence américaine de l’immigration, utilisée dans le cadre de politiques migratoires controversées. Capgemini a alors annoncé vouloir tourner la page et a lancé le processus de cession de cette activité.