Invité sur le plateau de l’émission Esprit d’Entreprise diffusée ce 27 mai 2026, le PDG de Carrefour Alexandre Bompard a réaffirmé sa position sur la politique commerciale de l’enseigne concernant les carburants, un sujet sensible alors que les prix à la pompe restent élevés. Selon Le Figaro, le dirigeant a balayé l’idée que Carrefour réalise des marges sur l’essence, qualifiant ce produit de « produit d’appel » destiné à attirer la clientèle.
Ce qu’il faut retenir
- Carrefour affirme ne pas réaliser de marge sur les carburants, présentés comme un « produit d’appel » pour fidéliser les clients.
- Alexandre Bompard rejette l’idée de s’engager publiquement auprès du gouvernement, invoquant le principe de concurrence et de marché libre.
- Le PDG critique la stratégie de TotalEnergies, qui vend son carburant à Carrefour à un prix supérieur à celui pratiqué en station-service, où le groupe plafonne ses prix depuis juin.
- Bompard appelle à une égalité de traitement tarifaire de la part de TotalEnergies, tout en reconnaissant que le pétrolier agit en tant que distributeur concurrent.
- Le PDG insiste sur sa volonté de rester compétitif, sans pour autant s’engager formellement devant les autorités.
Un carburant vendu à perte pour attirer les clients
Pour Alexandre Bompard, l’essence n’est pas un produit rentable pour Carrefour. « Le carburant est un produit d’appel, il y a concurrence avec d’autres distributeurs, Total… Je ne fais pas de marge dessus », a-t-il déclaré lors de son intervention. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de fidélisation de la clientèle, alors que les prix des carburants figurent parmi les sujets de préoccupation majeurs des ménages français. Le PDG, reconduit pour un quatrième mandat à la tête du géant de la grande distribution en 2026, a rappelé que cette approche visait à offrir aux clients une perception de compétitivité sur l’ensemble du panier d’achats.
Interrogé sur la possibilité de réaliser des marges occultes, Bompard a balayé l’hypothèse avec fermeté. « Que ce soit Carrefour ou ses concurrents, personne ne fait de marge sur le produit essence », a-t-il affirmé. Une affirmation qui contraste avec les pratiques observées dans d’autres secteurs, où certains distributeurs ajustent leurs tarifs en fonction des marges possibles.
Concurrence et transparence : les limites d’un engagement public
Face aux sollicitations répétées des autorités, notamment à Bercy, Alexandre Bompard a tenu à rappeler les principes qui guident sa stratégie. Selon lui, s’engager publiquement auprès du gouvernement reviendrait à s’éloigner du cadre de l’économie de marché. « Je me refuse à prendre des engagements en permanence devant le gouvernement », a-t-il souligné. Pour le PDG, la seule promesse crédible réside dans la compétitivité des prix, un critère que les consommateurs évaluent eux-mêmes chaque jour.
Cette position s’appuie sur l’idée que « regarder les prix, c’est ce que font tous les Français », a-t-il précisé. Une manière de souligner que la transparence ne passe pas nécessairement par des engagements formels, mais par une politique tarifaire observable en temps réel. Bompard a ainsi insisté sur l’importance de convaincre les clients que Carrefour joue le jeu, sans pour autant souscrire à des promesses qu’il juge illusoires ou contraignantes.
TotalEnergies pointé du doigt pour une politique tarifaire inégale
L’un des points de friction soulevés par le PDG concerne les relations entre Carrefour et TotalEnergies. En effet, le groupe pétrolier français, à la fois raffineur et distributeur, applique des tarifs différents selon les circuits de vente. « Il ne me vend pas à moi, Carrefour, au même prix qu’il se vend à lui-même », a expliqué Bompard. Une situation qui s’explique par la double casquette de TotalEnergies : en tant que raffineur, le groupe vend son carburant à des distributeurs comme Carrefour à un prix supérieur à celui qu’il pratique en station-service, où il peut plafonner les tarifs.
Cette distorsion de concurrence a poussé le PDG à formuler un vœu : « J’aimerais que Total vende à tous au même prix ». Une demande qui prend une résonance particulière alors que TotalEnergies a annoncé, pour le mois de juin 2026, le maintien du plafonnement des prix de l’essence dans ses stations. Une mesure saluée par les associations de consommateurs, mais qui ne résout pas, selon Bompard, le problème des inégalités tarifaires entre les acteurs du marché.
Une stratégie commerciale sous haute surveillance
Les déclarations d’Alexandre Bompard interviennent dans un contexte où la question des prix des carburants reste un sujet de tension sociale et politique. Les pouvoirs publics, sous la pression des ménages et des professionnels, multiplient les initiatives pour encadrer ou surveiller les marges des distributeurs. Pourtant, comme le rappelle le PDG de Carrefour, la réglementation actuelle ne permet pas d’imposer des tarifs uniformes à tous les acteurs, dès lors que certains, comme TotalEnergies, combinent plusieurs métiers dans la chaîne de valeur.
Pour Bompard, l’enjeu n’est pas de négocier des engagements formels, mais de garantir une concurrence loyale. « Mon seul engagement, mais qui vaut bien plus fort qu’un engagement putatif que je prendrais devant je ne sais quelle commission, c’est d’être compétitif », a-t-il résumé. Une posture qui reflète la volonté de Carrefour de se positionner comme un acteur responsable, tout en refusant de s’engager dans des débats qu’il juge stériles.
En filigrane, la question de la régulation des prix des carburants reste entière. Entre logique de marché et impératifs sociaux, les acteurs du secteur et les autorités devront trouver un équilibre, d’autant que les ménages français restent particulièrement sensibles à l’évolution de ces tarifs. Pour l’heure, Alexandre Bompard maintient sa ligne : compétitivité et transparence, sans engagement formel, mais avec une volonté affichée de jouer la carte de la loyauté commerciale.
Selon Alexandre Bompard, le carburant est un « produit d’appel » destiné à attirer la clientèle vers les magasins. Le PDG de Carrefour affirme que l’enseigne ne fait pas de marge sur l’essence, une stratégie visant à renforcer la fidélisation des consommateurs plutôt qu’à générer des profits directs sur ce produit.
TotalEnergies agit à la fois comme raffineur et distributeur. En tant que raffineur, le groupe vend son carburant à des distributeurs comme Carrefour à un prix plus élevé que celui pratiqué en station-service, où il peut plafonner ses tarifs. Cette pratique crée une distorsion de concurrence, selon Alexandre Bompard.