Le gouvernement français a décidé de prolonger et d'amplifier son soutien financier aux secteurs économiques les plus affectés par la flambée des prix des carburants, conséquence directe de la guerre au Moyen-Orient. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a annoncé ce mardi un nouveau dispositif d'accompagnement ciblant notamment les agriculteurs, les pêcheurs, les transporteurs, les travailleurs modestes « grands rouleurs » et, pour la première fois, le secteur du BTP. Selon BFM Business, ces mesures s'inscrivent dans un contexte où le prix du gazole a augmenté de près de 50 centimes le litre et celui de l'essence SP95-E10 de 25 centimes depuis le 27 février 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Les pêcheurs bénéficieront d'une aide portée entre 30 et 35 centimes par litre en mai, contre 20 centimes précédemment.
  • Les agriculteurs verront leur accompagnement multiplié par quatre, avec une aide de 15 centimes par litre à partir de mai.
  • 3 millions de travailleurs modestes « grands rouleurs » seront concernés par une aide forfaitaire équivalente en moyenne à 20 centimes par litre.
  • Une enveloppe sera débloquée dès mai pour le secteur du BTP, après des négociations avec les représentants professionnels.
  • Le coût global de la guerre au Moyen-Orient pour l'État français est estimé à 6 milliards d'euros, dont 3,6 milliards liés à la hausse de la charge de la dette.

Des aides renforcées pour les secteurs les plus exposés

Face à la persistance de la hausse des prix des carburants, le gouvernement a choisi de maintenir son engagement financier envers les secteurs les plus vulnérables. Pour les pêcheurs, l'aide de 20 centimes par litre, déjà en vigueur, sera revalorisée entre 30 et 35 centimes à partir de mai. Cette mesure intervient alors que le prix du gazole atteint en moyenne 2,227 euros le litre et celui de l'essence SP95-E10 1,979 euro le litre, selon les données de l'AFP basées sur 7 341 stations-service.

Côté agriculteurs, l'enveloppe initiale de 20 millions d'euros sera quadruplée, avec une aide de 15 centimes par litre déclenchée dès le mois prochain. Sébastien Lecornu a justifié cette décision en soulignant la nécessité de soutenir une filière « en première ligne face à la hausse des coûts de production ».

Un soutien élargi aux transporteurs, taxis et VTC

Les transporteurs, déjà bénéficiaires d'une aide de 20 centimes par litre prolongée en mai, verront également s'ouvrir des négociations pour mettre en place des mesures spécifiques destinées aux taxis et aux VTC. Ces discussions devraient aboutir d'ici la fin du printemps, a précisé le Premier ministre. Ces annonces s'ajoutent aux 50 millions d'euros déjà engagés pour ce secteur depuis le début de la crise, selon les chiffres communiqués par David Amiel, ministre des Comptes publics.

Parmi les nouveaux secteurs concernés, le BTP fera l'objet d'un accompagnement financier dont les modalités seront définies dans les prochaines semaines. Une première enveloppe sera débloquée dès mai, après des discussions entre les ministères compétents et les représentants du secteur. « Nous allons travailler main dans la main avec les professionnels pour adapter nos réponses », a indiqué Lecornu.

Un dispositif inédit pour les travailleurs modestes « grands rouleurs »

Autre mesure phare de ce plan, l'instauration d'un dispositif d'accompagnement forfaitaire pour les travailleurs modestes utilisant massivement leur véhicule. Ce soutien, qui concernera 3 millions de personnes, devrait correspondre en moyenne à 20 centimes par litre. « Il s'agit de cibler ceux qui en ont le plus besoin, sans recourir à des chèques généraux ou à des baisses massives de taxes », a expliqué le Premier ministre. Il a rappelé que cette approche permettait d'éviter un impact « épouvantable » sur les finances publiques, déjà mises à rude épreuve.

Le gouvernement a d'ores et déjà engagé 150 millions d'euros depuis le début de la crise, ventilés entre le chèque énergie (60 millions), les transporteurs (50 millions), les agriculteurs (35 millions) et les pêcheurs (5 millions). Un nouveau paquet d'aides sera annoncé dans les prochaines semaines pour les filières les plus exposées à la hausse des carburants.

Un coût global de la guerre au Moyen-Orient estimé à 6 milliards d'euros

L'impact économique de la guerre au Moyen-Orient dépasse désormais les 6 milliards d'euros pour l'État français. Selon les chiffres communiqués à l'issue d'une réunion à Bercy, 3,6 milliards d'euros sont imputables à la hausse de la charge de la dette, les taux d'intérêt étant cinq fois plus élevés qu'au moment du déclenchement du conflit en Ukraine en 2022. Le reste se répartit entre le renforcement des opérations extérieures des armées françaises, estimé à plus d'un milliard d'euros supplémentaire cette année, et l'inflation ainsi que les dépenses indexées, qui représentent environ un milliard d'euros de surcoût.

« On refuse toute forme de logique de chèques généraux ou de baisses massives de taxes, notamment parce que malheureusement cela a un effet épouvantable pour nos finances publiques. »
— Sébastien Lecornu, Premier ministre

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront marquées par des négociations avec les secteurs concernés pour finaliser les modalités des aides. Les premières enveloppes devraient être versées dès mai, tandis que les discussions avec les taxis et VTC pourraient aboutir d'ici la fin du printemps. Le gouvernement a également indiqué qu'un nouveau plan de soutien serait dévoilé pour les filières les plus touchées, sans préciser de calendrier. Reste à voir si ces mesures suffiront à atténuer l'impact de la hausse des carburants sur le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité des entreprises.

Cette stratégie s'inscrit dans un contexte où l'inflation, alimentée par la hausse des prix de l'énergie, reste un défi majeur pour l'économie française. Les économistes s'interrogent sur la durabilité de ces aides à long terme, alors que les finances publiques restent sous tension. Pour l'heure, le gouvernement mise sur un ciblage précis pour limiter l'impact budgétaire, tout en maintenant un filet de sécurité pour les secteurs les plus vulnérables.

Les détails précis n'ont pas encore été communiqués par le gouvernement. Cependant, il est indiqué que l'aide sera forfaitaire et concernera environ 3 millions de personnes dont l'activité professionnelle implique une utilisation intensive de leur véhicule. Une circulaire ministérielle devrait préciser les modalités d'attribution dans les prochains jours.