Le géant de la grande distribution Carrefour a publié, jeudi 24 juillet 2026 après la clôture des marchés, des résultats semestriels jugés mitigés par les analystes. Si la croissance des ventes a dépassé les prévisions au deuxième trimestre, la rentabilité du groupe reste en deçà des objectifs fixés, entraînant une chute de 4,5% de son action en Bourse ce vendredi matin, selon BFM Bourse.

Ce qu'il faut retenir

  • Le résultat opérationnel courant (ROC) du premier semestre s'élève à 757 millions d'euros, contre 779 millions attendus par le consensus des analystes.
  • Les ventes en données comparables ont progressé de 1,9% au deuxième trimestre, dépassant les attentes de 1,6%.
  • Les enseignes Cora et Match, acquises en juillet 2024, affichent une croissance de 4,6% mais restent en perte opérationnelle de 75 millions d'euros au premier semestre.
  • Carrefour confirme ses objectifs 2026, dont un ROC de 2,35 milliards d'euros, nécessitant une croissance de 11% au second semestre.
  • La rentabilité en Argentine s'effondre, passant d'un ROC de 26 millions d'euros en 2025 à un résultat nul en 2026.
  • L'action, portée par son statut de valeur défensive, affiche un gain de 10% depuis le début de l'année, contre 2% pour le CAC 40.

Une croissance en hausse, mais une rentabilité en demi-teinte

Carrefour a enregistré un chiffre d'affaires de 43,8 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année, avec une progression de 1,9% des ventes en données comparables au deuxième trimestre, contre 1,6% anticipé par les analystes. En France, tous les formats affichent une croissance, des hypermarchés (+0,8%) aux enseignes de proximité (+1,5%). « Les investissements réalisés par le groupe dans sa compétitivité depuis plusieurs trimestres portent leurs fruits avec des volumes positifs dans l’ensemble des formats », a souligné la direction dans un communiqué.

Ces investissements se sont traduits par trois vagues de baisses de prix nationales en mars, avril et juin, touchant chacune plus de 500 produits avec une réduction moyenne de 8%. En Espagne, la croissance a atteint 2,2% grâce à ces mêmes stratégies tarifaires, tandis qu'au Brésil, les revenus ont rebondi de 0,4% après un recul de 0,8% au premier trimestre.

Un résultat opérationnel courant en dessous des attentes

Malgré cette dynamique commerciale, le résultat opérationnel courant (ROC) du premier semestre s'élève à 757 millions d'euros, manquant de 22 millions le consensus des analystes fixé à 779 millions. « Carrefour a annoncé des résultats mitigés pour le premier semestre de l'exercice 2026 », résume le bureau d'études Alphavalue, précisant que les ventes ont dépassé les attentes mais que le ROC s'est révélé légèrement inférieur aux prévisions.

La France a particulièrement pesé sur ces résultats, avec un ROC de 300 millions d'euros contre 310 millions attendus. Selon Oddo BHF, cette contre-performance s'explique par « le changement de modèle de Cora et Match, impacté par les ajustements de prix, promotions et offre en marque de distributeurs ». L'Argentine, quant à elle, a enregistré un ROC nul, contre 26 millions d'euros à la même période en 2025, en raison d'une « hausse du coût du risque sur fond de volumes en baisse ».

Cora et Match, leviers clés pour la rentabilité à venir

Le sort de Carrefour dépend désormais largement des enseignes Cora et Match, rachetées en juillet 2024 à Louis Delhaize pour 1,05 milliard d'euros. Ces deux marques ont affiché une perte opérationnelle de 75 millions d'euros au premier semestre, mais la direction table sur un retour à l'équilibre au second semestre. « La perte de 75 millions d'euros reflète un équilibre entre la disparition des coûts exceptionnels d'intégration (+50 millions) et l'alignement du modèle commercial sur Carrefour (-75 millions) », explique Oddo BHF.

Selon Barclays, Cora et Match devraient générer 70% de l'amélioration nécessaire pour atteindre le ROC cible de 2,35 milliards d'euros en 2026. Le solde proviendra des régions historiques du groupe : France, Espagne et Brésil. « Le raté sur la rentabilité au premier semestre ainsi que la dépendance à Cora et Match pour atteindre les attentes sur l'ensemble de l'exercice ont de quoi peser sur l'action », souligne la banque britannique.

L'Argentine, un frein à toute stratégie de cession

La faiblesse de la rentabilité en Argentine pourrait bien priver Carrefour d'une potentielle source de financement. Plusieurs articles avaient évoqué des offres de rachat allant jusqu'à 1 milliard de dollars pour le pays, mais la situation actuelle rend une telle opération improbable. « Avec l’Argentine aussi faible, toute spéculation de cession potentielle disparait, et donc l’épée de Damoclès contre ceux qui voudraient se positionner en short également », estime Oddo BHF.

Cette faiblesse pourrait encourager les vendeurs à découvert, ces investisseurs pariant sur une baisse du titre sans le détenir. Leur retour exercerait une pression supplémentaire sur l'action, déjà fragilisée par ces résultats en demi-teinte.

Des analystes partagés sur l'action Carrefour

Les réactions des analystes restent contrastées. JPMorgan avait prévenu dès le mois dernier que l'enthousiasme autour du titre serait « rattrapé par la gravité » après la publication des résultats semestriels, anticipant une déception. À l'inverse, Morgan Stanley et UBS ont récemment adopté une position acheteuse, tandis que Royal Bank of Canada a initié une couverture avec un conseil à l'achat. Leurs arguments ? Une valorisation attrayante, un plan stratégique sous-estimé et une génération de cash robuste.

Carrefour reste perçu comme une valeur défensive depuis le début du conflit en Iran, ce qui explique son avance de 10% sur le CAC 40 depuis janvier (2% pour l'indice parisien).

Et maintenant ?

La pression reste forte sur Carrefour pour les prochains mois. Pour atteindre son objectif de 2,35 milliards d'euros de ROC en 2026, le groupe devra enregistrer une croissance de 11% de son ROC au second semestre, après une hausse de 4% sur les six premiers mois. La performance de Cora et Match sera déterminante, tout comme la stabilisation des activités en France et en Amérique latine. La prochaine publication trimestrielle, prévue en octobre, sera scrutée avec attention par les investisseurs.

Reste à savoir si les baisses de prix récentes et les restructurations en cours suffiront à redresser la rentabilité du géant de la distribution. En attendant, l'action Carrefour, déjà sous pression, pourrait subir de nouvelles tensions si les objectifs ne sont pas atteints.

L'Argentine affiche un résultat opérationnel courant nul en 2026, contre 26 millions d'euros en 2025. Cette chute s'explique par une hausse du coût du risque et une baisse des volumes, selon Oddo BHF. La situation économique du pays, marquée par une inflation élevée et une instabilité monétaire, rend la rentabilité difficile à retrouver.

Carrefour mise sur une amélioration de ses marges grâce à l'alignement progressif de Cora et Match sur son modèle, ainsi qu'à la poursuite des baisses de prix ciblées. La direction a confirmé ses objectifs annuels, dont un ROC de 2,35 milliards d'euros, nécessitant une accélération de la rentabilité au second semestre.