Le Centre Pompidou-Metz a déposé plainte pour vol contre X après la disparition de l’œuvre emblématique de Maurizio Cattelan, « Comedian », vendredi dernier. Selon Euronews FR, cette banane scotchée au mur, estimée à 5,8 millions d’euros, a été volée dimanche 1er juin 2026 dans l’enceinte du musée.
Ce qu'il faut retenir
- L’œuvre « Comedian », une banane collée au mur avec du ruban adhésif, a été dérobée au Centre Pompidou-Metz dimanche 1er juin 2026.
- L’installation, d’une valeur de 5,8 millions d’euros, avait été remplacée régulièrement pour préserver la fraîcheur de la banane.
- Il s’agit du deuxième vol enregistré après celui de juillet 2025, où un visiteur avait mangé le fruit sans avaler le ruban adhésif.
- Le musée a porté plainte contre X, soulignant l’absence de dialogue possible avec l’auteur inconnu.
- Maurizio Cattelan a déjà vu son œuvre « Comedian » disparaître à plusieurs reprises, notamment lors de sa première exposition à Miami en 2019.
Une œuvre provocatrice et controversée
« Comedian » n’est pas une simple banane collée au mur : il s’agit d’une œuvre conceptuelle conçue pour interroger la notion même d’art et sa valeur marchande. Selon Euronews FR, elle avait été présentée pour la première fois à la foire Art Basel de Miami Beach en 2019, au prix de 120 000 dollars. Son protocole d’exposition est strict : la banane, renouvelée tous les trois jours, doit être fixée à 1,72 mètre du sol et inclinée à 37 degrés.
Cette création a rapidement suscité des réactions, parfois extrêmes. En juillet 2025, un visiteur du Centre Pompidou-Metz avait mangé la banane, déclenchant une polémique. Maurizio Cattelan avait alors réagi en déclarant : « Il est décevant que ce visiteur affamé se soit contenté de la banane sans avaler aussi le ruban adhésif. » Le musée n’avait pas engagé de poursuites à l’époque. Un incident similaire s’était produit à Séoul en 2023, où un autre visiteur avait consommé l’œuvre.
Une valeur marchande en constante augmentation
Malgré les controverses, la cote de « Comedian » n’a cessé de grimper. En 2024, le fondateur de cryptomonnaies Justin Sun avait acquis une version de l’œuvre pour 5,8 millions d’euros. Quelques jours plus tard, il l’avait consommée en direct à Hong Kong, expliquant que sa valeur résidait dans son certificat d’authenticité et non dans l’objet lui-même. « Comedian » est en effet un protocole artistique : n’importe quelle banane peut servir, à condition de respecter les consignes d’accrochage.
Cette logique décomplexée illustre l’approche de Maurizio Cattelan, artiste italien connu pour ses œuvres provocatrices. Parmi ses créations les plus célèbres figure « America », une cuvette de toilettes en or massif exposée notamment devant Donald Trump pendant son premier mandat. Deux hommes ont été condamnés en 2021 au Royaume-Uni pour avoir volé cette œuvre, qui n’a jamais été retrouvée dans son intégralité.
Un musée déterminé à faire respecter l’œuvre
Le Centre Pompidou-Metz a justifié son dépôt de plainte contre X en invoquant l’impossibilité d’engager un dialogue avec l’auteur du vol. « Il n’y a aucune possibilité de dialogue », a expliqué l’établissement, ajoutant que « c’est la deuxième fois que cela se produit ». Le musée insiste sur l’importance de respecter l’œuvre, conçue comme une réflexion sur la valeur de l’art et sa consommation.
Cette affaire rappelle les précédents vols de « Comedian ». Lors de sa présentation à Art Basel Miami en 2019, l’artiste performeur David Datuna avait mangé l’œuvre en direct, déclarant simplement : « J’avais faim. » Ces épisodes soulignent la dimension éphémère et presque sacrée que Cattelan attribue à sa création, malgré son apparente simplicité.
« La banane est un fruit périssable, mais l’art, lui, reste. » — Maurizio Cattelan
Contexte : une carrière marquée par la provocation
Maurizio Cattelan, né en 1960 en Italie, est l’un des artistes contemporains les plus médiatisés au monde. Son œuvre, souvent qualifiée de « shock art », interroge les limites de l’art et son rapport au pouvoir, à l’argent et à la société. Après avoir commencé comme sculpteur, il s’est tourné vers des installations et des performances souvent teintées d’ironie et de subversion.
Parmi ses autres créations notables figure « La Nona Ora » (1999), représentant le pape Jean-Paul II écrasé par une météorite, ou encore « Him » (2001), une statue de Hitler à genoux en position de prière. Ces œuvres, comme « Comedian », jouent sur l’ambiguïté entre sacré et profane, entre valeur artistique et valeur marchande. En 2026, pour le 21e anniversaire de la mort du pape Jean-Paul II, Cattelan a lancé une édition limitée de 666 exemplaires d’une œuvre inspirée de sa série « Confessions », invitant le public à se confesser via une ligne téléphonique dédiée.
La valeur de « Comedian » repose sur plusieurs éléments : son certificat d’authenticité signé par Maurizio Cattelan, le protocole d’exposition strict (inclinaison, hauteur, remplacement régulier), et surtout sa dimension conceptuelle. L’œuvre est une réflexion sur la valeur arbitraire de l’art, sa consommation et sa médiatisation. Le fait qu’elle soit éphémère (la banane doit être renouvelée) et qu’elle puisse être « consommée » en fait un symbole de la société de l’instantanéité et de la performance.
Le musée a indiqué qu’il allait renforcer ses mesures de sécurité, notamment en installant des caméras supplémentaires dans les zones exposant des œuvres fragiles. Une enquête a été ouverte par les autorités judiciaires locales, mais aucune information n’a été communiquée sur d’éventuelles pistes. Le remplacement de l’œuvre volée devrait intervenir rapidement, conformément au protocole habituel. Aucune décision n’a encore été prise concernant une éventuelle exposition future de « Comedian » dans d’autres musées.