Près de trois mois après le début d’une nouvelle escalade militaire entre Israël et le Hezbollah au Liban, l’annonce d’un cessez-le-feu conditionnel par le président américain Donald Trump, le 1er juin 2026, semble déjà compromise par l’intransigeance des deux camps. Selon BMF - International, les combats se poursuivent malgré les tentatives de médiation de Washington, révélant les limites d’un processus de paix qui peine à aboutir.
Ce qu'il faut retenir
- Le cessez-le-feu annoncé par Donald Trump, conditionné à l’arrêt des tirs du Hezbollah, n’a pas été respecté : les combats ont repris dès les heures suivant l’annonce.
- Le Hezbollah exige d’abord le retrait total des troupes israéliennes du Liban, une condition rejetée par Israël qui exige, à l’inverse, un désarmement du mouvement chiite.
- Les frappes israéliennes sur le sud du Liban, notamment sur Tyr, ont causé la mort de 15 civils en trois jours (7 morts le 30 mai, 4 le 29 mai et 4 autres le 2 juin), selon les autorités locales.
- Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné l’intensification des opérations militaires, malgré les appels internationaux à la retenue.
- Le gouvernement libanais, pris en étau entre Israël et le Hezbollah, se dit incapable de désarmer le mouvement sans risquer une guerre civile.
- L’Iran, allié du Hezbollah, conditionne tout accord de paix à un cessez-le-feu global incluant la « résistance islamique » au Liban, un scénario jugé irréaliste par Washington.
Un cessez-le-feu annoncé… puis immédiatement contesté
Donald Trump a déclaré avoir obtenu du Hezbollah un engagement à cesser les tirs contre Israël, en échange d’un arrêt des frappes israéliennes. Pourtant, dès le lendemain de cette annonce, les combats ont repris. Israël a poursuivi ses bombardements sur le sud du Liban, tandis que le Hezbollah a maintenu ses attaques de roquettes vers le nord d’Israël. À Tyr, ville millénaire du sud libanais, trois frappes israéliennes en l’espace de quatre jours ont fait 15 morts et 141 blessés, dont 39 membres du personnel médical, selon le ministère de la Santé libanais.
Les négociations menées sous l’égide des États-Unis ont achoppé sur des positions irréconciliables. Israël exige un « arrêt complet » des tirs du Hezbollah et le retrait de ses combattants au sud du fleuve Litani, à quelque 30 kilomètres de la frontière. Le mouvement chiite, soutenu par l’Iran, refuse toute trêve tant que les forces israéliennes ne se seront pas retirées du territoire libanais.
Le Hezbollah rejette toute condition préalable à un cessez-le-feu
Jeudi 2 juin, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a balayé l’accord proposé par Washington. « Le cessez-le-feu doit être global, sans dissocier le sud du reste du pays », a-t-il déclaré lors d’un message diffusé par la chaîne Al-Manar, organe officiel du parti. « Tant que l’occupation est présente, la résistance continue », a-t-il martelé, ajoutant que toute trêve conditionnelle équivaudrait à une « capitulation ».
Cette posture s’inscrit dans une stratégie plus large. Le Hezbollah justifie sa reprise des hostilités depuis le 2 mars 2026 par la mort de l’ayatollah Khamenei, guide suprême de l’Iran, tué en représailles à l’attaque israélienne contre Téhéran. Depuis, l’armée israélienne mène une offensive terrestre inédite au Liban, « rasant des villages » selon une politique de « terre brûlée » similaire à celle appliquée à Gaza, où plus de 3 500 morts, majoritairement des civils, ont été recensés depuis novembre 2024.
Israël et les États-Unis face à leur impuissance
Malgré les pressions de Donald Trump, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réaffirmé sa détermination à poursuivre l’offensive. Fin mai, il a ordonné d’« intensifier » les opérations militaires, tandis que l’armée israélienne a confirmé des raids au-delà de la « zone de sécurité » qu’elle avait elle-même définie au sud du Litani. À Washington, le président américain a tenté de sauver les apparences en déclarant avoir convaincu Netanyahu d’épargner Beyrouth, où des frappes étaient initialement prévues.
Sur la plateforme X, Netanyahu a rétorqué que son pays « frapperait des cibles terroristes à Beyrouth » si le Hezbollah persistait dans ses attaques, tout en maintenant ses opérations dans le sud du Liban. « Israël continuera à agir comme prévu », a-t-il lancé, confirmant que la stratégie militaire prime sur les considérations diplomatiques.
Le Liban, otage d’un conflit qui le dépasse
Le gouvernement libanais, dirigé par Nawaf Salam, est pris en étau. Officiellement neutre, il a participé aux négociations avec Israël sous l’égide de Washington, une première historique puisque les deux pays n’entretiennent aucune relation diplomatique. Pourtant, Beyrouth n’a aucune emprise réelle sur le Hezbollah, dont la branche politique est profondément ancrée dans les institutions libanaises. « Du point de vue de Beyrouth, l’avantage des négociations, c’est surtout d’être assis autour de la table », analyse Karim Emile Bitar, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste du Moyen-Orient. « C’est un avantage symbolique : éviter d’être au menu des négociations entre puissances régionales. »
Le président libanais Joseph Aoun n’a pas mâché ses mots vendredi 3 juin, exhortant l’Iran à cesser d’utiliser le Liban comme « moyen de pression ». « Ce n’est pas votre pays, c’est le nôtre », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Le Hezbollah doit comprendre qu’il n’y a pas d’autre solution que la négociation et la diplomatie pour sauver ce qu’il reste. »
L’Iran, acteur clé… et obstacle majeur
Téhéran joue un rôle central dans cette crise. Le guide suprême Mojtaba Khamenei, fils de l’ayatollah tué en 2024, a fait de la fin de la guerre sur « tous les fronts », y compris au Liban, une condition sine qua non à un accord de paix régional. « La cession de la guerre au Liban fait partie d’une stratégie plus large visant à élargir le spectre du conflit après les attaques américaines et israéliennes contre l’Iran », explique Karim Emile Bitar.
Pourtant, Donald Trump refuse de lier les deux dossiers. « Ce sont des choses différentes », a-t-il affirmé le 4 juin à la Maison Blanche. Une position qui, jusqu’à présent, n’a pas porté ses fruits. Les négociations patinent, et l’urgence humanitaire s’aggrave : selon l’ONU, plus de 1,2 million de Libanais ont été déplacés depuis le début de l’offensive israélienne.
En l’état actuel, la seule certitude est que le Liban, déjà exsangue sur les plans économique et social, risque de payer le prix fort d’un conflit dont il n’est pas l’initiateur.
Le Hezbollah, mouvement chiite pro-iranien, considère que tout accord de cessez-le-feu doit inclure le retrait total des troupes israéliennes du Liban. Selon son secrétaire général, Naïm Qassem, une trêve conditionnelle équivaudrait à une « capitulation » et servirait les « objectifs de l’ennemi ». Le mouvement justifie également sa résistance par la présence militaire israélienne, qu’il qualifie d’« occupation ».
L’Iran est le principal soutien du Hezbollah, tant sur le plan financier que militaire. Téhéran voit dans le conflit libanais un moyen de pression dans ses négociations avec les États-Unis et Israël. Le guide suprême Mojtaba Khamenei a fait de la fin des hostilités au Liban une condition « essentielle » à tout accord de paix régional, ce qui complique considérablement les efforts de médiation de Washington.