La crise migratoire à Ceuta s'aggrave avec deux nuits consécutives de manifestations violentes, ciblant cette fois le projet gouvernemental d'héberger des migrants dans la caserne Coronel Fiscer. D'après nos confrères de Euronews FR, les affrontements ont pris une tournure particulièrement tendue, avec des barricades érigées, des tirs de projectiles en caoutchouc par les forces de l'ordre et un climat de plus en plus hostile envers les médias couvrant les événements.
Mercredi 27 août au soir, les tensions ont atteint un nouveau sommet. Des centaines de manifestants, drapeaux espagnols à la main, scandaient des slogans comme « Ceuta se defiende » (« Ceuta se défend ») et « un caballa nunca se rinde » (« un habitant de Ceuta ne baisse jamais les bras »). Ils exigeaient l'accélération des expulsions de migrants en situation irrégulière, refusant toute solution d'accueil sur place. Selon le ministère de l'Intérieur espagnol, près de 80 000 migrants ont franchi la frontière les 30 et 31 juillet, bien que la majorité aient déjà été renvoyés.
Ce qu'il faut retenir
- Deux nuits consécutives de manifestations à Ceuta contre l'accueil de migrants dans la caserne Coronel Fiscer, avec barricades et affrontements violents.
- Des équipes de presse (La Sexta, RTVE) harcelées et prises à partie par des manifestants, malgré des tentatives de discrétion.
- Quatre soldats blessés lors d'une embuscade dans le secteur de Benzú, perpétrée par un groupe de 30 à 40 personnes.
- La police a interpellé 12 suspects et dispersé le reste du groupe, certains ayant fui par la mer.
- Le chiffre des mineurs entrés illégalement revu à la baisse : 1 500 recensés, contre 2 168 initialement annoncés.
Des médias sous pression dans un climat de colère sociale
La presse n'a pas été épargnée par cette escalade de violence. Mardi 26 août, un journaliste de La Sexta et son caméraman ont dû se réfugier derrière une terrasse après avoir été pris à partie par des manifestants hurlant « Fuera, fuera ! » (« Dehors, dehors ! »). Une vidéo, virale en quelques heures, montrait des insultes et des bousculades impliquant notamment des mineurs, sans intervention policière immédiate.
Le lendemain, alors que la Police nationale sécurisait l'accès à la Délégation du gouvernement où se tenait une réunion avec le ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, le président de Ceuta Juan Jesús Vivas, et la ministre des Migrations Elma Saiz, une équipe de RTVE a également été prise à partie. Le radiodiffuseur public espagnol a confirmé que ses journalistes ont été pris pour cible par des manifestants, malgré les efforts de certains reporters pour éviter d'être identifiés, comme ce journaliste de RTVE ayant retiré la bonnette de son micro.
Ces incidents s'inscrivent dans une série d'agressions contre la presse, déjà dénoncée par la Fédération des associations de journalistes d'Espagne (FAPE) et le parti Movimiento por la Dignidad y la Ciudadanía (MDyC). Ce dernier a rappelé dans un communiqué que « les journalistes font leur travail, tout comme les forces de l'ordre de l'État », soulignant que l'épuisement des habitants ne saurait justifier ces violences. Les associations évoquent également l'expulsion récente, par les autorités marocaines, d'équipes de RTVE et de l'agence EFE de la ville de Fnideq.
Des barricades et des tirs pour tenter de bloquer l'accès au port
Dès 19 heures mercredi, les tensions se sont cristallisées autour de la plage de Trampolín, où un campement de migrants avait été installé. Des groupes de jeunes ont tenté de démonter les cabanes, tandis que la police, déployant des balles en caoutchouc, a empêché l'accès à la zone. Le cortège initial, qui devait se rendre jusqu'à la minoterie d'Otero, s'est finalement dispersé sur la Plaza de África, mais un autre groupe a bloqué l'avenue Teniente General Muslera près du port en y traînant des conteneurs.
Les témoignages des habitants peignent un tableau de saturation des services publics. Un résident anonyme a confié : « Nous ne pouvons pas sortir, les enfants ne peuvent pas aller à l'école, nous ne pouvons pas sortir en nous sentant en sécurité. » Le président de l'association de quartier San Daniel a, quant à lui, dénoncé la charge pesant sur les forces de police, les ambulances et les services de nettoyage, incapables de faire face à l'ampleur de la crise. Depuis mercredi, les employés municipaux observent une minute de silence, suivie par Juan Jesús Vivas lui-même.
Une embuscade meurtrière contre des militaires
Avant l'aube de mercredi, un incident bien plus grave est venu aggraver la situation. Vers 5 h 30, quatre soldats du Commandement général de Ceuta (Comgeceu) ont été victimes d'une embuscade dans le secteur de Benzú. Leur véhicule, non blindé, a été pris pour cible par un groupe de 30 à 40 personnes, arrivées lors des entrées massives de migrants fin juillet. Les assaillants ont lancé des pierres sur le véhicule, contraignant les militaires à l'abandonner et à fuir à pied.
Les soldats ont ensuite été poursuivis sur plusieurs centaines de mètres, subissant des jets de projectiles jusqu'à trouver un abri et alerter les secours au 112. Selon les premiers rapports, l'intervention des forces de l'ordre a permis l'interpellation de 12 suspects, tous de nationalité marocaine et âgés d'environ 35 à 40 ans. Plusieurs d'entre eux ont tenté de fuir par la mer, poussant la Garde civile à lancer des recherches maritimes. Les militaires, soignés sur place, souffraient de contusions et de douleurs aux bras et au dos.
Les prochaines 48 heures seront déterminantes : une nouvelle réunion du comité de suivi est prévue à la Délégation du gouvernement, en présence des ministres concernés. En attendant, la question des mineurs entrés illégalement, désormais estimés à 1 500, reste un sujet de préoccupation majeure pour les associations et les autorités.
Pour l'heure, aucune protection spécifique n'a été annoncée pour les journalistes sur place. La Fédération des associations de journalistes d'Espagne (FAPE) et le parti MDyC ont appelé à mettre fin aux agressions contre la presse, mais les autorités locales n'ont pas communiqué de mesures concrètes pour sécuriser les reporters couvrant les événements.