La Confédération générale du travail (CGT) a adopté, jeudi 4 juin 2026 à Tours, un document d’orientation stratégique pour les trois prochaines années, selon BFM Business. Ce texte, approuvé à près de 75 % après des débats parfois animés, fixe les priorités du syndicat en matière d’intégration des syndiqués isolés, de défense du « 100 % Sécu », de recherche d’unité syndicale et d’adaptation à l’intelligence artificielle. Le congrès, qui se tient jusqu’à vendredi 6 juin dans la ville ligérienne, marque une tentative de rassemblement après des tensions moins vives qu’en 2023.

Ce qu'il faut retenir

  • 600 000 adhérents à la CGT, dont 100 000 syndiqués isolés non rattachés à un syndicat d’entreprise, selon les chiffres communiqués.
  • Le document prévoit la création de « syndicats professionnels de territoires » pour intégrer ces travailleurs éloignés des structures syndicales traditionnelles.
  • Un débat intense a eu lieu autour du « 100 % Sécu », une Sécurité sociale prenant en charge l’intégralité des besoins sociaux, incluant les complémentaires santé.
  • 6 800 amendements ont été déposés sur le texte, qui a finalement été adopté à près de 75 % après modifications.
  • La CGT affiche sa volonté de renforcer l’unité syndicale pour massifier les mobilisations et peser dans les négociations sociales.
  • Le syndicat insiste sur la formation des militants à l’intelligence artificielle, un sujet jugé « majeur et sous-estimé » par certains délégués.

Un texte stratégique adopté dans un climat moins tendu qu’en 2023

Le congrès de la CGT, qui se déroule à Tours jusqu’au 6 juin 2026, a abouti à l’adoption d’un document d’orientation définissant les grandes lignes de la stratégie du syndicat pour les trois prochaines années. Comme le rapporte BFM Business, les débats, bien que parfois vifs, ont été moins conflictuels que lors du précédent congrès de 2023. Le texte, amendé à de multiples reprises, a recueilli l’approbation de près de trois quarts des délégués, malgré une opposition notable sur certains sujets.

Parmi les enjeux majeurs, la CGT souhaite mieux intégrer les 100 000 syndiqués isolés – des travailleurs sans syndicat dans leur entreprise – dans un contexte marqué par la multiplication des « déserts syndicaux ». Pour y parvenir, le syndicat propose de développer des « syndicats professionnels de territoires », complémentaires aux syndicats d’entreprise, afin de permettre à ces salariés d’agir au sein de la CGT. Une réponse, donc, à la fragmentation croissante du paysage syndical.

Le « 100 % Sécu » et le statut du travail salarié au cœur des tensions

Les débats autour du « 100 % Sécu » ont cristallisé une partie des désaccords. Ce projet, qui vise à faire de la Sécurité sociale le garant unique des besoins sociaux (y compris les complémentaires santé), a suscité des craintes chez certains délégués. Ceux-ci craignaient que l’avancée du « nouveau statut du travail salarié » – une revendication historique de la CGT depuis 2006, visant à transférer les droits d’une entreprise à l’autre – ne remette en cause cette exigence. Finalement, le texte adopté prévoit d’approfondir l’étude de ces deux sujets, sans trancher définitivement.

Autre moment de tension : l’intrusion, jeudi, d’un groupe de délégués – notamment issus du secteur de la santé – sur la scène du congrès. Ces derniers ont dénoncé un manque de prise de parole et un fonctionnement jugée opaque du processus décisionnel. Une action symbolique qui a illustré les crispations internes autour de la représentativité et de l’inclusivité des débats.

La recherche d’unité syndicale et les défis internes

Le document d’orientation adopté par la CGT pose comme principe la recherche de « l’unité syndicale », un objectif affiché pour renforcer l’impact des mobilisations et peser davantage dans les négociations avec le patronat. Ce choix s’inscrit dans une volonté de dépasser les clivages traditionnels et de présenter des propositions syndicales unifiées, plutôt que de se contenter d’amender les projets patronaux.

Pourtant, cette quête d’unité n’est pas sans susciter des tensions internes. Le renforcement des liens avec la FSU – le syndicat majoritaire dans l’Éducation nationale – est notamment perçu comme une source de crispations au sein de la CGT. La question de l’enseignement, traditionnellement sensible, pourrait donc continuer à alimenter des débats dans les mois à venir.

L’intelligence artificielle, un défi majeur pour les militants

Autre priorité soulignée par le texte : la formation des militants à l’intelligence artificielle. « Depuis un an, on vit la montée de l’IA à tous les niveaux et ça va tellement trop vite », a témoigné lors du congrès Véronique Huyghe, déléguée de la métallurgie des Flandres. Pour elle, « c’est un séisme majeur et personne n’est prêt ».

Face à cette accélération technologique, la CGT souhaite armer ses militants pour qu’ils puissent comprendre, analyser et agir sur les enjeux liés à l’IA, qu’il s’agisse de ses impacts sur l’emploi, les conditions de travail ou les droits sociaux. Un chantier jugé urgent dans un contexte où les transformations numériques redéfinissent en profondeur le monde du travail.

Et maintenant ?

Les orientations adoptées à Tours devraient servir de boussole pour la CGT dans les trois prochaines années. Si le texte a été approuvé à une large majorité, les défis restent nombreux : intégrer les syndiqués isolés, convaincre sur le « 100 % Sécu », apaiser les tensions internes et préparer les militants à l’ère de l’IA. La prochaine étape consistera à traduire ces grandes lignes en actions concrètes, notamment lors des négociations sociales à venir. Reste à voir si cette unité affichée résistera aux réalités du terrain.

Ce congrès intervient dans un paysage syndical français déjà marqué par des dynamiques de fragmentation et de recomposition. La capacité de la CGT à incarner une force unie et crédible dépendra de sa capacité à concilier ses ambitions stratégiques avec les réalités de ses adhérents et des secteurs qu’elle représente.

Le « 100 % Sécu » est un projet de la CGT visant à faire de la Sécurité sociale le seul organisme chargé de prendre en charge l’intégralité des besoins sociaux des Français. Cela inclurait notamment les soins, les médicaments et les complémentaires santé, actuellement partiellement couverts par des assurances privées. Ce modèle s’inspire de systèmes existants dans d’autres pays européens.

Ces structures visent à regrouper les salariés isolés, notamment dans les petites entreprises ou les zones où les syndicats traditionnels sont peu implantés. L’objectif est de leur offrir un cadre d’action syndicale, malgré leur isolement géographique ou sectoriel. Ce modèle pourrait s’inspirer des « unions locales » ou des « syndicats de métier » existants.