Depuis 13 ans, des agents de l’Office français de la biodiversité (OFB) surveillent la population de biches et de cerfs dans la forêt de Chambord, classée réserve nationale de faune sauvage depuis 1947. Selon Franceinfo - Culture, une opération récente de comptage et de marquage des faons, menée à l’aube, illustre les efforts déployés pour préserver ces ongulés emblématiques du domaine.

Ce qu'il faut retenir

  • Depuis 2013, 80 biches et 60 faons ont été marqués dans la forêt de Chambord pour suivre leur évolution.
  • Les scientifiques utilisent des drones équipés de caméras thermiques pour repérer les faons, souvent cachés dans les hautes herbes.
  • Les naissances des cerfs et des biches sont en avance cette année, en raison d’un hiver plus doux et de prairies plus appétissantes.
  • Le marquage permet d’estimer la survie des jeunes durant leur première année, en fonction des conditions climatiques et de la prédation.
  • L’opération vise à mieux comprendre les menaces pesant sur ces espèces et à adapter les mesures de protection.

Une méthode discrète pour préserver les faons

Dès les premières lueurs du jour, dans le Loir-et-Cher, une équipe de l’OFB survole le domaine de Chambord à bord d’un drone. Équipé d’une caméra thermique, l’appareil repère les biches et leurs petits, encore vulnérables après leur naissance. L’objectif ? Les marquer sans perturber leur lien avec leur mère. « C’est l’âge idéal pour les marquer, car la mère s’en est bien imprégnée. Elle l’a léché, donc elle ne l’abandonnera pas. Et comme ils sont calmes, on ne dérange pas la biche, qui ne se rend même pas compte qu’on manipule son faon », explique Maryline Pellerin, chargée de recherche sur les ongulés sauvages à l’OFB.

Une fois repéré, le faon est approché en silence. Pour le rassurer, une serviette est placée sur ses yeux avant de le mesurer et de l’équiper de boucles à ses oreilles. Ces marques permettront de l’identifier à l’avenir et de suivre son évolution. « L’objectif, c’est de marquer les individus à leur naissance pour pouvoir ensuite les suivre toute leur vie et estimer notamment la survie la première année, en fonction des conditions climatiques, des ressources disponibles ou encore de la prédation par le renard », précise Maryline Pellerin.

Un indicateur des changements climatiques

Le suivi des faons offre également un précieux indicateur des variations climatiques. Cette année, les naissances sont en avance, un phénomène lié à un hiver plus doux et à des prairies plus riches en nutriments. « L’année dernière, il a fait moins chaud que les années précédentes, et les prairies étaient plus appétissantes. Résultat : les naissances ont été décalées d’une semaine et demie à peu près », souligne Adrien Gérard, technicien biodiversité au Domaine national de Chambord. Ces observations permettent aux scientifiques d’ajuster leur compréhension des cycles de vie des cerfs et des biches en fonction des aléas météorologiques.

Depuis 2013, cette méthode a permis de collecter des données précieuses sur la démographie de ces animaux. Sur les 140 individus marqués à ce jour, certains ont déjà atteint l’âge adulte, offrant un aperçu de leur longévité et de leur taux de survie. « Le marquage nous donne une vision longitudinale de la population. On peut ainsi évaluer l’impact des prédateurs, des maladies ou des changements environnementaux », ajoute Adrien Gérard.

Une réserve naturelle sous haute surveillance

Classée réserve nationale de faune sauvage depuis 1947, la forêt de Chambord s’étend sur plus de 5 400 hectares. Elle abrite une biodiversité riche, où le cerf élaphe, symbole du domaine, joue un rôle central dans l’écosystème. Les opérations de comptage des faons s’inscrivent dans une démarche plus large de gestion durable de la faune. « Ces données sont essentielles pour adapter les stratégies de conservation. Par exemple, si on observe un déclin des naissances, on peut enquêter sur les causes : manque de ressources alimentaires, prédation accrue, ou encore perturbations humaines », explique Maryline Pellerin.

Les résultats de ces suivis sont partagés avec les gestionnaires du domaine et les autorités locales pour orienter les politiques de protection. « La forêt de Chambord est un laboratoire à ciel ouvert. Chaque donnée collectée nous aide à mieux comprendre les dynamiques de ces populations et à agir en conséquence », précise Adrien Gérard. Ces efforts s’inscrivent dans une logique de préservation à long terme, où science et gestion forestière se conjuguent.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à analyser les données collectées lors de cette saison de reproduction et à comparer les résultats avec ceux des années précédentes. Une attention particulière sera portée aux facteurs climatiques, comme les sécheresses ou les vagues de froid tardives, qui pourraient influencer la survie des faons. Les responsables du domaine devraient annoncer, d’ici l’automne, les mesures de gestion à mettre en place pour l’année suivante, en s’appuyant sur ces observations.

Pour les scientifiques, l’enjeu reste de maintenir un équilibre entre la préservation de la faune et les activités humaines dans le domaine. « On travaille en étroite collaboration avec les équipes du château de Chambord pour limiter les perturbations, notamment pendant les périodes de reproduction. L’objectif est de concilier accueil du public et protection de la biodiversité », conclut Maryline Pellerin.

Le marquage précoce permet de suivre les individus tout au long de leur vie, d’évaluer leur taux de survie et d’identifier les causes de mortalité, comme les prédateurs ou les conditions climatiques. Cette méthode offre une vision précise des dynamiques démographiques de la population.