Selon Futura Sciences, une étude américaine récente révèle que les catastrophes naturelles extrêmes, comme l’ouragan Sandy qui a frappé New York en 2012, pourraient laisser des traces durables dans le cerveau des enfants nés ensuite. Menée par des chercheurs du CUNY Graduate Center et du Queens College, cette recherche s’appuie sur des IRM cérébrales réalisées chez des enfants de 8 ans dont les mères étaient enceintes pendant la tempête.

Ce qu'il faut retenir

  • Une exposition prénatale à une catastrophe climatique combinée à une vague de chaleur extrême modifie le développement cérébral du fœtus.
  • Les chercheurs ont observé une diminution du volume des noyaux gris centraux chez les enfants exposés, des zones liées aux émotions et à la cognition.
  • D’autres études ont déjà montré des impacts sur la fonction pulmonaire et le développement du langage chez les nourrissons exposés à des températures extrêmes.
  • Le stress maternel pendant la grossesse est pointé comme un facteur clé de ces modifications cérébrales.
  • Ces travaux soulignent l’urgence de protéger les femmes enceintes face aux aléas climatiques croissants.

Des catastrophes climatiques aux conséquences invisibles

Canicules, ouragans, tempêtes… Ces phénomènes météorologiques extrêmes, de plus en plus fréquents en raison du réchauffement climatique, ne se contentent pas de bouleverser les écosystèmes ou les infrastructures. Selon Futura Sciences, ils pourraient aussi avoir des effets insidieux sur les générations à naître. Une étude publiée dans la revue PLOS One s’est penchée sur le cas précis de l’ouragan Sandy, qui a dévasté New York à la fin octobre 2012. En croisant les données médicales de mères enceintes exposées à cette double épreuve – tempête et vague de chaleur extrême – avec des IRM cérébrales réalisées huit ans plus tard sur leurs enfants, les scientifiques ont mis en évidence des changements structurels dans le cerveau de ces derniers.

Le cerveau des fœtus, cible des stress climatiques

Les résultats de cette étude sont sans appel : l’exposition prénatale à un stress climatique intense, couplé à des températures extrêmes, perturbe le développement cérébral du fœtus. Les chercheurs ont notamment observé une réduction du volume des noyaux gris centraux, des structures cérébrales essentielles dans la régulation des émotions, de la motricité et des fonctions cognitives. « La combinaison du stress de la tempête et de la chaleur extrême a créé une tempête neurologique parfaite dans le développement du cerveau », explique le Pr Yoko Nomura, chercheuse principale de l’étude et professeure au CUNY Graduate Center.

Donato DeIngeniis, co-auteur des travaux, va plus loin : « Nous constatons que le changement climatique pourrait transformer le cerveau des générations futures avant même qu’elles ne respirent. » Une phrase qui résume l’urgence de la situation, alors que les événements climatiques extrêmes se multiplient à l’échelle mondiale.

D’autres études confirment l’impact des températures extrêmes

Cette recherche n’est pas isolée. Plusieurs travaux scientifiques ont déjà alerté sur les conséquences des conditions climatiques extrêmes pendant la grossesse. En 2023, une étude française publiée dans la revue JAMA avait démontré, sur un échantillon de 343 couples mère-enfant, que l’exposition prénatale et postnatale à des températures extrêmes – qu’elles soient chaudes ou froides – était associée à des modifications précoces de la fonction pulmonaire chez les nouveau-nés. Les effets étaient particulièrement marqués chez les filles.

Une autre étude, cette fois-ci issue de la cohorte ELFE et publiée dans Environmental Health, avait révélé qu’une exposition à une vague de chaleur intense, notamment nocturne, pendant la grossesse ou les 28 premières semaines après la naissance, réduisait les capacités linguistiques des enfants à l’âge de deux ans. Ces résultats, combinés à ceux de la nouvelle étude américaine, dressent un tableau préoccupant : le réchauffement climatique menace la santé des générations futures bien avant leur venue au monde.

« Le changement climatique pourrait transformer le cerveau des générations futures avant même qu’elles ne respirent. »
— Donato DeIngeniis, co-auteur de l’étude

Le rôle clé du stress maternel dans ces modifications

Les chercheurs soulignent que le stress vécu par la mère pendant une catastrophe climatique joue un rôle central dans ces altérations cérébrales. En situation de crise, le corps sécrète des hormones comme le cortisol, qui traversent le placenta et influencent le développement du fœtus. « Le stress prénatal peut modifier l’architecture cérébrale du bébé et, par ricochet, son développement émotionnel et cognitif », précise le Pr Nomura. Autant dire que les conséquences de ces événements ne se limitent pas à la période de la grossesse, mais s’étendent sur plusieurs années, voire toute une vie.

Ces découvertes s’inscrivent dans un champ de recherche émergent : la neuroépidémiologie climatique. Ce domaine, encore peu exploré il y a quelques années, étudie les liens entre les changements environnementaux et la santé neurologique. Il confirme que le dérèglement climatique ne se contente pas d’impacter l’environnement naturel, mais s’attaque aussi à un organe aussi fragile que le cerveau en développement.

Et maintenant ?

Face à ces résultats, les experts appellent à une prise de conscience urgente. Les femmes enceintes, particulièrement vulnérables, devraient être mieux protégées des aléas climatiques, notamment dans les zones à risque. Des mesures d’adaptation, comme l’amélioration des systèmes d’alerte précoce ou la création de refuges climatisés, pourraient limiter l’exposition aux températures extrêmes pendant la grossesse. Reste à voir si ces recommandations seront suivies d’effets concrets, alors que les prévisions météorologiques annoncent une intensification des événements climatiques extrêmes dans les décennies à venir.

Par ailleurs, les auteurs de l’étude appellent à approfondir les recherches sur les mécanismes biologiques en jeu. Comprendre comment le stress climatique altère le développement cérébral pourrait permettre de développer des stratégies de prévention ciblées, comme des suppléments nutritionnels ou des thérapies prénatales pour les mères exposées.

Une chose est sûre : ces travaux rappellent que la lutte contre le réchauffement climatique ne se limite pas à la préservation de la biodiversité ou à la réduction des émissions de CO₂. Elle concerne aussi la santé des générations futures, dès leur plus jeune âge.

Les chercheurs ont noté une diminution du volume des noyaux gris centraux, des structures cérébrales essentielles pour les émotions, la motricité et les fonctions cognitives. Ces modifications pourraient avoir des répercussions sur le développement émotionnel et intellectuel des enfants à long terme.

À ce stade, les experts recommandent d’améliorer les systèmes d’alerte précoce et de créer des infrastructures adaptées, comme des refuges climatisés. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour développer des stratégies de prévention plus ciblées.