Une nouvelle ruée vers l’or vert anime depuis quelques semaines le Grand Ouest canadien. Autour des forêts calcinées par les incendies, des milliers de cueilleurs s’affairent à récolter les morilles de feu, ces champignons d’exception dont la valeur peut atteindre plusieurs milliers d’euros le kilo sur le marché gastronomique. Ce phénomène, à la fois économique et écologique, a été au cœur d’un reportage diffusé dans l’émission « 20h30 le samedi » sur France 2, présentée par Laurent Delahousse, et disponible en replay sur le site de Franceinfo.

Ce qu'il faut retenir

  • Les morilles de feu poussent exclusivement sur les sols brûlés par les incendies et se vendent à prix d’or, faisant d’elles le deuxième champignon le plus cher au monde après la truffe.
  • Des cueilleurs du monde entier, dont un chef cuisinier français devenu écologue, se lancent dans cette course effrénée pour tenter de récolter ces champignons éphémères.
  • Cette pratique, à la fois lucrative et périlleuse, soulève des questions sur la gestion des forêts et l’impact des incendies sur les écosystèmes.

Une manne inattendue dans les forêts canadiennes

Depuis plusieurs années, le Grand Ouest canadien est le théâtre d’une activité insolite : la cueillette des morilles de feu. Ces champignons, qui ne poussent que sur les sols calcinés par les incendies, attirent chaque année des centaines de cueilleurs venus du monde entier. Leur particularité ? Ils se nourrissent des végétaux en décomposition, profitant des nutriments libérés par les feux de forêt pour émerger quelques semaines seulement après le passage des flammes.

Autant dire que cette ressource, à la fois rare et fugace, représente une véritable aubaine pour les amateurs de gastronomie. Les morilles de feu, vendues à prix d’or, sont en effet considérées comme le deuxième champignon le plus cher au monde, juste derrière la truffe. Leur goût unique, à la fois boisé et subtil, en fait un ingrédient prisé des chefs étoilés, prêts à débourser des sommes considérables pour s’en procurer.

Selon nos confrères de Franceinfo - Culture, cette chasse aux champignons a pris une ampleur particulière cette année, avec une affluence record de cueilleurs dans les forêts de Colombie-Britannique et de l’Alberta, où les incendies ont été particulièrement dévastateurs ces derniers mois.

Arnoul Mateo, un Français parmi les cueilleurs d’exception

Parmi les nombreux aventuriers qui tentent leur chance dans les Rocheuses canadiennes figure Arnoul Mateo, un chef cuisinier français originaire de Falaise, dans le Calvados. Après avoir obtenu un master en gestion de la biodiversité et travaillé trois ans comme écologue en France, il a choisi de partir au Canada pour se lancer dans cette aventure insolite. « J’ai découvert l’existence des morilles de feu en travaillant sur des projets de conservation des écosystèmes », explique-t-il dans le reportage de « 20h30 le samedi ». « Ce champignon m’a fasciné par son cycle de vie unique et sa valeur sur le marché. »

Depuis son arrivée au Canada, Arnoul Mateo s’est rapidement imposé comme l’un des cueilleurs les plus expérimentés. Pourtant, la tâche n’a rien d’évident. « C’est une course contre la montre », précise-t-il. « Les morilles n’apparaissent que pendant quelques semaines, et il faut être rapide, endurant et surtout chanceux pour en trouver. » Les forêts canadiennes, souvent inhospitalières, ajoutent une difficulté supplémentaire à cette quête.

Les images du reportage, tournées par Anne-Claire Danel, Yohan Perié et Benoît Viudès pour France Télévisions, montrent l’ampleur de l’engouement pour cette activité. Des cueilleurs de toutes nationalités, équipés de paniers et de bâtons pour fouiller le sol, sillonnent les zones brûlées, scrutant chaque centimètre carré à la recherche du précieux champignon.

Une ressource aussi lucrative que fragile

La cueillette des morilles de feu soulève cependant des questions sur la durabilité de cette pratique. Si les incendies forestiers sont une catastrophe pour les écosystèmes, ils créent également des conditions propices à la pousse de ces champignons. Certains scientifiques s’interrogent toutefois sur l’impact à long terme de ces récoltes intensives. « Les morilles de feu jouent un rôle dans la régénération des sols », rappelle Arnoul Mateo. « Mais si la cueillette est trop massive, cela peut perturber cet équilibre naturel. »

En Colombie-Britannique, où les incendies ont détruit plus de 1,2 million d’hectares de forêt en 2025, les autorités locales tentent de réglementer cette activité. Des permis de cueillette sont désormais requis, et des zones protégées ont été instaurées pour limiter l’exploitation. Pourtant, malgré ces mesures, le phénomène continue de prendre de l’ampleur, attirant des milliers de personnes chaque saison.

Les prix pratiqués sur le marché noir ou en ligne reflètent l’engouement pour ce produit. Une livre de morilles de feu (environ 450 grammes) peut se vendre entre 2 000 et 5 000 dollars canadiens, selon leur qualité et leur rareté. Une aubaine pour les cueilleurs, mais une manne qui risque de s’épuiser si la pression sur les forêts devient trop forte.

Et maintenant ?

La cueillette des morilles de feu devrait se poursuivre dans les semaines à venir, tant que les conditions météorologiques le permettront. Les autorités canadiennes pourraient renforcer les réglementations pour encadrer cette activité, notamment en limitant le nombre de permis délivrés et en surveillant les zones de récolte. Par ailleurs, des recherches sont en cours pour étudier l’impact écologique de cette pratique et trouver un équilibre entre exploitation et préservation des écosystèmes.

En France, où les morilles sont également appréciées mais plus rares, cette tendance pourrait inspirer de nouvelles vocations chez les cueilleurs locaux, même si les forêts françaises ne connaissent pas la même dynamique que les grands incendies canadiens.

Le reportage diffusé dans « 20h30 le samedi » offre un éclairage passionnant sur cette chasse au trésor végétal, mêlant aventure, gastronomie et enjeux environnementaux. Une occasion de découvrir, à travers le regard d’Arnoul Mateo et des autres cueilleurs, une pratique aussi surprenante que fascinante.

Les replays de l’émission sont disponibles sur le site de Franceinfo, dans la rubrique « Les émissions ».

La cueillette des morilles de feu s’effectue généralement à l’aide d’un petit couteau ou d’un bâton pour soulever délicatement la terre et repérer les champignons. Les cueilleurs doivent agir rapidement, car les morilles n’apparaissent que quelques semaines après un incendie et disparaissent aussi vite. Les forêts brûlées, souvent difficiles d’accès, rendent cette activité physique et périlleuse.

Les principaux risques sont d’ordre écologique : une cueillette trop intensive peut perturber la régénération des sols et la pousse des morilles. Sur le plan humain, les cueilleurs s’exposent à des dangers tels que les chutes de branches, les animaux sauvages ou les conditions météo extrêmes. Enfin, certains champignons non comestibles ou toxiques peuvent être confondus avec les morilles, ce qui pose un risque pour la santé.