Le 1er juin 2026, la Chine a procédé au lancement de sa nouvelle fusée Long March 12B depuis la base d’essais de Dongfeng, située dans le désert de Gobi. L’opération, menée dans la plus grande discrétion, a été annoncée en premier lieu sur les réseaux sociaux chinois avant tout communiqué officiel, rapporte Futura Sciences. Cette mission avait pour objectif de déployer plusieurs satellites au sein de la constellation Qianfan, présentée comme l’alternative chinoise au réseau Starlink de SpaceX. La China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC), principale agence spatiale chinoise, a confirmé le succès du vol.

Ce qu'il faut retenir

  • Premier vol réussi de la Long March 12B, un lanceur partiellement réutilisable conçu pour rivaliser avec le Falcon 9 de SpaceX.
  • Déploiement de satellites pour la constellation Qianfan, un projet visant à fournir un accès Internet haut débit mondial, comparable à Starlink.
  • Absence d’avertissements réglementaires avant le lancement, en violation des normes internationales de sécurité spatiale.
  • La Chine est régulièrement critiquée pour ses pratiques, jugées risquées pour les populations et le trafic aérien/maritime.
  • Ce lancement s’inscrit dans une stratégie de souveraineté spatiale, où Pékin affiche sa volonté de jouer selon ses propres règles.

Un lancement en catimini, loin des standards internationaux

Contrairement aux procédures habituelles, la Chine n’a émis aucun avertissement préalable concernant le décollage de la Long March 12B. Or, ces alertes – obligatoires selon les conventions internationales – sont essentielles pour permettre au trafic aérien et maritime d’éviter les zones à risque, notamment en cas de chute de débris. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et l’Organisation maritime internationale (OMI) imposent ces notifications suffisamment à l’avance pour garantir la sécurité des populations et des infrastructures, rappelle Futura Sciences.

Cette omission n’est pas un cas isolé. La Chine a déjà été pointée du doigt à plusieurs reprises pour sa gestion des lancements spatiaux, parfois au mépris des cadres de gouvernance internationale. En 2024, des débris d’un étage de fusée chinoise avaient provoqué la fermeture d’espaces aériens en Europe, illustrant les risques liés à ces pratiques. « La Chine assume une posture souverainiste dans l’espace, où elle entend imposer ses propres règles », souligne l’article.

Long March 12B : une réponse chinoise au Falcon 9 de SpaceX

Techniquement, la Long March 12B se positionne comme un concurrent direct du Falcon 9 de SpaceX. Ce lanceur, partiellement réutilisable, est conçu pour réduire les coûts de mise en orbite en récupérant et réutilisant ses étages principaux. Lors de ce premier vol, la récupération de l’étage n’était toutefois pas prévue, précisent les responsables. Avec une capacité de charge utile estimée à plusieurs tonnes, ce nouveau lanceur s’inscrit dans la stratégie chinoise d’expansion du marché spatial commercial, couvrant désormais tous les segments, des petits satellites aux grandes infrastructures.

Selon les experts, ce modèle économique, inspiré de SpaceX, marque un tournant dans l’industrie spatiale chinoise. « La Chine accélère sa course à l’innovation pour s’imposer comme une puissance spatiale majeure, capable de rivaliser avec les États-Unis et l’Europe », commente un analyste cité par Futura Sciences. La CASC, qui supervise le projet, a déjà annoncé plusieurs autres lancements prévus pour 2026, confirmant l’ambition d’une cadence soutenue.

Qianfan : un réseau satellite pour s’affranchir des dépendances occidentales

Le déploiement des satellites Qianfan s’inscrit dans une logique de souveraineté numérique. Ce projet vise à offrir un accès Internet haut débit par satellite à l’échelle mondiale, réduisant ainsi la dépendance aux infrastructures numériques occidentales. « Qianfan est présenté comme une alternative crédible à Starlink, avec une couverture planétaire et une latence réduite », explique un responsable du secteur spatial chinois sous couvert d’anonymat.

Avec plus de 1 000 satellites prévus, la constellation devrait être opérationnelle d’ici 2027. Cette initiative s’ajoute à d’autres programmes spatiaux ambitieux, comme le développement d’un lanceur réutilisable similaire au Starship de SpaceX, porté par la start-up chinoise Cosmoleap, qui a levé 15 millions de dollars en 2025 pour concrétiser ce projet.

Des pratiques spatiales sous surveillance

La Chine est régulièrement critiquée pour ses méthodes de lancement, jugées dangereuses. En 2023, un étage de fusée chinois était retombé de manière incontrôlée, forçant plusieurs pays européens à fermer temporairement leur espace aérien. « Le droit international est clair : tout État est responsable des dommages causés par ses lanceurs depuis son territoire. Pourtant, Pékin continue de prendre des risques inconsidérés », rappelle Futura Sciences.

Ces pratiques soulèvent des questions sur la régulation de l’espace, alors que les enjeux géostratégiques deviennent de plus en plus pressants. « À l’heure où l’espace est un champ de bataille économique et militaire, l’absence de coordination internationale risque d’aggraver les tensions », analyse un expert en géopolitique spatiale.

Et maintenant ?

Plusieurs lancements de la Long March 12B sont d’ores et déjà prévus pour la fin de l’année 2026, avec pour objectif d’accélérer le déploiement de la constellation Qianfan. La CASC devrait également tester prochainement la récupération de l’étage principal du lanceur, une étape clé pour valider son modèle économique. Reste à voir si la Chine acceptera de se conformer aux normes internationales de sécurité, ou si elle continuera à privilégier une approche souverainiste. Une chose est sûre : l’espace est devenu un terrain d’affrontement technologique et stratégique, où chaque avancée compte.

La question de la régulation internationale se pose avec acuité. Plusieurs pays, dont les États-Unis, ont déjà exprimé leur inquiétude face à l’unilatéralisme chinois. Une réunion du Comité des Nations unies pour l’utilisation pacifique de l’espace extra-atmosphérique (COPUOS) est prévue en septembre 2026 pour tenter de renforcer les cadres de gouvernance. L’enjeu ? Éviter que la course à l’espace ne se transforme en anarchie.

Selon Futura Sciences, Pékin a délibérément ignoré les procédures internationales pour marquer sa volonté de jouer selon ses propres règles. Cette omission expose les populations et le trafic aérien/maritime à des risques inutiles, alors que le droit international impose aux États d’assurer la sécurité de leurs lancements.