D’après Capital, le marché du travail français traverse une phase de dégradation marquée, avec un taux de chômage qui devrait dépasser 8 % en 2026, soit plus de 2,5 millions de personnes concernées. Cette hausse intervient dans un contexte international tendu, marqué par l’embrasement du Moyen-Orient depuis la fin février 2026, et une croissance économique fragile, bien en deçà des performances européennes.
Ce qu'il faut retenir
- Le taux de chômage en France devrait dépasser 8 % en 2026, soit plus de 2,5 millions de personnes sans emploi.
- Les offres d’emploi proposées sur France Travail ont chuté de 12,5 % entre 2024 et 2025, passant de 11,2 millions à 9,8 millions.
- Les jeunes de 15 à 24 ans sont particulièrement touchés, avec 742 000 chômeurs en fin d’année 2025, soit 126 000 de plus qu’en 2024.
- L’Union européenne affiche un taux de chômage moyen de 5,9 % en 2025, contre 8 % prévu pour la France, plaçant le pays parmi les moins performants du continent.
- Les procédures collectives de faillite pourraient atteindre un record de 69 000 en 2026, menaçant près de 245 000 emplois selon le groupe BPCE.
Une remontée du chômage dans un contexte géopolitique et économique dégradé
En 2022, lors de sa dernière campagne présidentielle, Emmanuel Macron affichait l’objectif du plein-emploi, avec un taux de chômage visé autour de 5 %, selon les performances de son premier mandat. Pourtant, en 2017, le taux était déjà passé de 9,5 % à 7,4 %. Mais depuis, la situation s’est significativement détériorée. Fin 2025, le président a lui-même reconnu que le plein-emploi n’était pas atteint, et l’année 2026 s’annonce encore plus difficile.
Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation. D’abord, la crise politique prolongée, marquée par des motions de censure répétées après la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, a créé un climat d’instabilité peu propice aux investissements et aux embauches. Ensuite, les tensions géopolitiques se sont fortement aggravées avec les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran fin février 2026, entraînant une flambée des cours du pétrole et du gaz. Une hausse des prix de l’énergie qui pèse sur la compétitivité des entreprises et risque de freiner l’activité économique.
La France à la traîne en Europe, malgré ses amortisseurs sociaux
Avec un taux de chômage attendu à 8 % en 2026, la France se situe bien au-dessus de la moyenne européenne, qui s’établissait à 5,9 % fin 2025. Parmi les 27 pays de l’Union européenne, seuls quatre affichaient un taux supérieur : la Finlande, la Suède, la Belgique et la Lituanie. À l’inverse, des économies majeures comme l’Allemagne (3,8 %), l’Italie (5,6 %) ou le Portugal (5,6 %) font bien mieux que la France.
Cette situation interroge d’autant plus que le système français d’assurance chômage, souvent cité comme un amortisseur social, semble atténuer la perception du problème. « Il y a une tolérance plus importante chez nous qu’ailleurs au chômage élevé », explique Bertrand Martinot, économiste spécialiste du marché du travail. « Nos amortisseurs sociaux le rendent plus acceptable, même si, historiquement, à partir de 8 %, l’inquiétude remonte toujours au sein de l’opinion publique. » Or, ce seuil symbolique devrait être atteint cette année.
Les jeunes et les entreprises en première ligne
Parmi les populations les plus affectées, les jeunes de 15 à 24 ans paient un lourd tribut. En fin d’année 2025, 742 000 d’entre eux étaient en quête d’un emploi, soit 126 000 de plus qu’en 2024. À cela s’ajoutent 1,5 million de jeunes exclus du marché du travail, ni étudiants, ni en formation, ni en emploi. Plusieurs dispositifs, comme l’apprentissage ou les aides à l’embauche, ont été renforcés ces dernières années, mais leurs résultats restent mitigés. Les diplômés du supérieur en ont davantage profité que les jeunes peu qualifiés, selon les experts.
Côté entreprises, la situation n’est pas non plus rassurante. Le nombre d’offres d’emploi proposées sur France Travail a reculé de 12,5 % entre 2024 et 2025, passant de 11,2 millions à 9,8 millions. Les secteurs en difficulté peinent à recruter, tandis que les PME et ETI, premières victimes des tensions économiques, voient leurs défaillances s’accumuler. Selon une étude du groupe BPCE, 245 000 emplois étaient menacés fin décembre 2025, et l’AGS, qui garantit le paiement des salariés en cas de faillite, a versé plus de 2,2 milliards d’euros en 2025 – un record depuis sa création en 1974.
Des secteurs porteurs, mais insuffisants pour inverser la tendance
Malgré ce tableau globalement sombre, certains secteurs continuent de recruter activement. L’aéronautique, boosté par la reprise du trafic aérien mondial et la hausse des dépenses militaires, affiche des besoins importants en main-d’œuvre. Le nucléaire, en plein renouveau, et les services à la personne, tirés par le vieillissement démographique, recrutent également à un rythme soutenu. Ces dynamiques offrent un contraste saisissant avec les secteurs en crise, mais leur impact reste insuffisant pour compenser la dégradation générale.
Les experts s’interrogent sur l’impact des nouvelles technologies sur l’emploi. Les outils d’intelligence artificielle pourraient, à court terme, réduire certains postes, mais aussi en créer de nouveaux, dans un mouvement de « destruction créatrice ». « À court terme, on surestime souvent l’impact des ruptures technologiques sur l’emploi, et à long terme on les sous-estime », note Bertrand Martinot. Le débat reste ouvert, entre pessimistes et optimistes, mais une chose est sûre : le marché du travail français traverse une période charnière.
Une chose est certaine : le plein-emploi, évoqué il y a encore quatre ans, semble aujourd’hui hors de portée. Reste à savoir si les pouvoirs publics parviendront à inverser la tendance avant que le chômage ne devienne un sujet central dans le débat public.
D’après Capital, les aides à l’embauche, comme celles destinées à l’apprentissage, ont surtout bénéficié aux diplômés du supérieur, moins aux jeunes peu qualifiés. Par ailleurs, la croissance économique reste insuffisante pour créer suffisamment d’emplois, et les tensions géopolitiques pèsent sur la compétitivité des entreprises. Enfin, les secteurs en difficulté, comme l’industrie, ne parviennent pas à recruter suffisamment pour compenser les pertes d’emploi dans d’autres domaines.
Les secteurs de l’aéronautique, du nucléaire et des services à la personne devraient continuer à recruter activement en 2026, selon les prévisions. L’aéronautique profite de la reprise du trafic aérien et des dépenses militaires, tandis que le nucléaire et les services à la personne sont portés par des tendances structurelles, comme le vieillissement démographique. Ces secteurs pourraient absorber une partie des demandeurs d’emploi, mais leur impact restera limité à l’échelle nationale.
