Le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition en Turquie, traverse une crise institutionnelle sans précédent. Selon RFI, la justice a réinstauré, le 21 mai dernier, l’ancienne direction menée par Kemal Kılıçdaroğlu, déclenchant une confrontation ouverte avec le leadership actuel, dirigé par Özgür Özel. Ce dernier, soutenu par une majorité écrasante des élus et des militants, a pris les devants mardi 2 juin en présidant le groupe parlementaire du CHP et en exigeant l’organisation d’un scrutin interne pour trancher définitivement la crise.

Ce qu'il faut retenir

  • Le CHP, principal parti d’opposition turc, est plongé dans une crise interne majeure depuis la réinstauration de l’ancienne direction de Kemal Kılıçdaroğlu par la justice le 21 mai 2026.
  • Özgür Özel, dirigeant révoqué mais soutenu par la majorité des élus et de la base, a présidé mardi 2 juin le groupe parlementaire et réclamé un scrutin interne.
  • Chaque camp multiplie les manœuvres pour imposer sa légitimité, révélant une fracture profonde au sein du parti.
  • Kemal Kılıçdaroğlu, figure historique du CHP, voit son retour imposé par une décision judiciaire contestée par le leadership actuel.

Une décision judiciaire qui relance les tensions

La crise au sein du CHP a pris un tournant décisif le 21 mai, lorsque la justice turque a statué en faveur du retour de Kemal Kılıçdaroğlu à la tête du parti. Une décision qui a immédiatement été contestée par Özgür Özel, élu en 2023 à la tête du CHP et toujours reconnu comme le dirigeant légitime par une large majorité des instances du parti. « La justice a tranché, mais la légitimité politique se mesure aussi par le soutien des militants et des élus », a souligné un cadre du parti sous couvert d’anonymat.

Selon des sources internes citées par RFI, les partisans de Kılıçdaroğlu estiment que cette réinstauration répond à une erreur judiciaire et à un manque de transparence dans la gestion du parti ces dernières années. À l’inverse, Özel et ses soutiens dénoncent une manœuvre politique visant à fragiliser l’opposition face au pouvoir en place.

Özel mise sur la légitimité démocratique pour sortir de l’impasse

Mardi 2 juin, Özgür Özel a choisi de frapper fort en présidant lui-même la réunion du groupe parlementaire du CHP, une première depuis le début de la crise. Il a ensuite réitéré son appel à l’organisation d’un congrès extraordinaire pour désigner un nouveau dirigeant. « Le parti doit trancher démocratiquement. Nous ne pouvons pas laisser une décision de justice dicter notre avenir », a-t-il déclaré devant les médias, avant d’ajouter : « La base du CHP mérite un scrutin clair et transparent. »

Cette stratégie semble porter ses fruits : selon plusieurs observateurs politiques turcs, Özel bénéficierait d’un soutien majoritaire au sein des instances locales et des parlementaires. Un sondage interne, dont les résultats ont été partiellement divulgués à la presse, indiquerait que près de 60 % des militants et 70 % des élus préféreraient un scrutin interne à une direction imposée par la justice.

Kılıçdaroğlu et ses partisans contre-attaquent

Face à cette offensive, les partisans de Kılıçdaroğlu ne restent pas inactifs. Plusieurs réunions secrètes auraient été organisées ces derniers jours dans des villes comme Istanbul et Ankara pour mobiliser les militants et préparer une contre-offensive juridique. « Nous allons contester cette décision devant toutes les instances possibles. La justice a le dernier mot, et nous en sommes convaincus », a affirmé un proche de l’ancien dirigeant.

Pourtant, les soutiens d’Özel soulignent que la légitimité politique ne se décrète pas uniquement par des décisions judiciaires. « Un parti comme le CHP ne peut pas fonctionner avec une direction divisée. Özel incarne la continuité et la stabilité, contrairement à une direction réinstallée par la force », a réagi un député du CHP sous anonymat. La tension entre les deux camps s’est encore aggravée lorsque des rumeurs ont circulé sur d’éventuelles exclusions de membres clés du parti, notamment des figures proches d’Özel.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les prochains jours. Si Özel parvient à organiser un congrès extraordinaire d’ici la fin du mois, la crise pourrait trouver une issue rapide, au risque de fragiliser davantage le parti face à l’opinion publique. À l’inverse, une escalade des tensions juridiques et politiques pourrait mener à une scission durable, affaiblissant durablement le CHP dans la perspective des prochaines élections nationales. Une décision de la Cour constitutionnelle turque, attendue d’ici la mi-juin, pourrait aussi jouer un rôle décisif dans l’issue de ce conflit.

Quoi qu’il en soit, cette crise interne intervient à un moment critique pour l’opposition turque, alors que le pays se prépare à des échéances électorales majeures. Le CHP, déjà affaibli par des résultats mitigés lors des dernières consultations, ne peut se permettre de rester paralysé plus longtemps. Pour ses détracteurs, cette guerre intestine est la preuve d’une incapacité chronique à se renouveler. Pour ses défenseurs, elle illustre au contraire la vitalité démocratique du parti.

La justice turque a statué que la révocation de Kılıçdaroğlu en 2023 était entachée d’irrégularités, notamment sur la procédure de destitution. Selon RFI, le tribunal administratif d’Ankara a considéré que les statuts du parti n’avaient pas été respectés lors de son éviction, justifiant ainsi sa réinstauration.