Une nouvelle exposition à la Wallace Collection de Londres met en lumière un aspect méconnu de la vie de Winston Churchill : sa passion pour la peinture. « Winston Churchill: The Painter », comme la présente l’organisateur, est présentée comme la plus importante rétrospective de ses œuvres depuis plus de soixante ans. 54 tableaux y sont réunis, dont une grande partie n’a que rarement été montrée au public, selon Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Une exposition à la Wallace Collection de Londres présente 54 toiles de Winston Churchill, dont beaucoup étaient inédites ou rares depuis des décennies.
  • Churchill a découvert la peinture en 1915, pendant la Première Guerre mondiale, comme exutoire après sa démission du gouvernement.
  • L’exposition couvre six décennies de sa production, de ses premières toiles jusqu’à ses œuvres de la fin de sa vie.
  • Parmi les pièces maîtresses, on trouve « The Tower of the Koutoubia Mosque », peinte pendant la Seconde Guerre mondiale et offerte à Franklin D. Roosevelt.
  • L’exposition est visible jusqu’au 29 novembre 2026 à Londres.

Une passion née dans l’adversité

Churchill s’est tourné vers la peinture en 1915, après sa démission du gouvernement en pleine Première Guerre mondiale. Démissionnaire en tant que Premier Lord de l’Amirauté, il avait joué un rôle clé dans l’organisation du débarquement de Gallipoli, une opération militaire désastreuse qui avait coûté la vie à des milliers de soldats. « C’était une période très difficile de sa vie », explique Lucy Davis, co-commissaire de l’exposition et directrice des collections de la Wallace Collection. « Il se retrouvait soudain avec tout ce temps libre dont il ne voulait pas. »

Selon elle, Churchill a découvert la peinture comme un moyen de canaliser le stress et l’angoisse provoqués par cette situation. Ses premières toiles ont été réalisées sous la guidance du peintre John Lavery, un artiste irlandais reconnu, qui l’a initié aux techniques de base. Ces débuts modestes ont marqué le début d’une pratique artistique qui allait accompagner Churchill pendant près de cinquante ans.

Des paysages méditerranéens aux couleurs vives

Autodidacte dans l’âme, Churchill a rapidement développé un goût prononcé pour les paysages, s’inspirant des lumières et des atmosphères des régions qu’il fréquentait. Le sud de la France et le Maroc ont particulièrement inspiré ses toiles, caractérisées par des bleus profonds et des ocres chauds. « Il voyait la peinture comme un moteur pour voyager », souligne Lucy Davis. « Il adorait la lumière, la chaleur et l’atmosphère, qu’il captait si bien. »

Une salle entière de l’exposition est consacrée à ses œuvres marocaines, dont « The Tower of the Koutoubia Mosque ». Peinte en 1943, cette toile est la seule réalisée par Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale. Offerte au président américain Franklin D. Roosevelt, elle a ensuite appartenu à l’actrice Angelina Jolie avant d’être vendue aux enchères en 2021. Son parcours illustre bien le statut inattendu de ces œuvres, longtemps considérées comme des curiosités plutôt que comme des pièces artistiques majeures.

Une œuvre politique et intime à la fois

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un homme d’État aussi engagé, Churchill n’a que peu représenté l’actualité internationale dans ses toiles. « C’était un chef de guerre, connu pour ses discours galvanisants », rappelle Lucy Davis. « Mais dans ces tableaux, on voit vraiment sa joie de vivre, son esprit, son côté joueur. » L’exposition révèle ainsi un Churchill plus intime, loin de l’image du leader stoïque et déterminé.

Une exception notable dans cette production apaisante est « The Beach At Walmer », peinte en 1938. Cette œuvre montre des baigneurs sur une plage de la côte sud de l’Angleterre, avec, en premier plan, un canon noir pointé vers la mer. Un détail qui rappelle la menace grandissante d’un conflit imminent, alors que l’Europe s’achemine vers la Seconde Guerre mondiale. « Ce tableau reflète l’anxiété de l’époque, tout en offrant une scène de détente », commente la co-commissaire.

Une pratique artistique jusqu’à la fin de sa vie

Après sa défaite électorale en 1945, Churchill se remet à peindre avec une nouvelle énergie. La période d’après-guerre voit ainsi la création de certaines de ses œuvres les plus abouties, présentées à la Royal Academy avant sa mort en 1965. L’exposition de la Wallace Collection couvre donc l’ensemble de sa carrière artistique, des premiers balbutiements aux compositions les plus abouties.

Cette rétrospective offre une vision inédite de l’un des hommes les plus influents du XXe siècle. Elle permet de découvrir un Churchill moins connu, celui qui trouvait dans la peinture une échappatoire à ses responsabilités politiques et une source de sérénité. « La peinture était pour lui un exutoire, une manière de se ressourcer », explique Lucy Davis. « Elle lui permettait de s’évader, même pour quelques heures. »

Et maintenant ?

Cette exposition, qui se tient jusqu’au 29 novembre 2026, pourrait relancer l’intérêt pour l’œuvre picturale de Churchill. Si les ventes aux enchères récentes montrent un engouement croissant pour ses toiles, cette rétrospective londonienne pourrait confirmer sa place parmi les peintres amateurs de renom. Les organisateurs espèrent attirer un public plus large, au-delà des amateurs d’histoire ou de peinture classique, pour découvrir cette facette insoupçonnée de l’ancien Premier ministre.

Alors que le souvenir de Churchill reste avant tout associé à la guerre et à la politique, cette exposition rappelle que les grands hommes peuvent aussi cacher des passions insoupçonnées. Une occasion de redécouvrir une facette méconnue de son héritage.

Les œuvres de Churchill, bien que réalisées par un amateur, suscitent un intérêt croissant sur le marché de l’art. Lors d’une vente aux enchères en 2021, « The Tower of the Koutoubia Mosque » a été adjugée pour plusieurs centaines de milliers de livres sterling, un montant bien supérieur aux estimations initiales. Les experts estiment que les toiles de Churchill, en raison de leur rareté et de leur lien avec l’histoire, pourraient continuer à prendre de la valeur dans les années à venir.

Non. Churchill n’a jamais vendu ses tableaux de son vivant. Il en offrait régulièrement à des proches ou à des personnalités, comme il l’a fait avec Franklin D. Roosevelt pour « The Tower of the Koutoubia Mosque ». La plupart de ses œuvres sont restées dans sa famille ou ont été léguées à des institutions après sa mort. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que ses toiles ont commencé à être mises en vente publique, suscitant l’intérêt des collectionneurs.