Une avancée majeure pour la sécurité énergétique européenne vient d’être officialisée à Nicosie. Selon Euronews FR, ExxonMobil et QatarEnergy, associés à Chypre, ont signé mardi une « déclaration de commercialité » concernant deux gisements de gaz naturel offshore, Glaucus et Pegasus. Ce document marque une étape décisive vers leur exploitation commerciale, alors que l’Europe cherche à réduire sa dépendance au gaz russe.
Ce qu’il faut retenir
- Deux gisements majeurs : Glaucus et Pegasus, situés dans le bloc 10 de la zone économique exclusive de Chypre, contiendraient plus de 7 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel.
- Production envisagée pour 2033 : John Ardill, vice-président d’ExxonMobil, a indiqué que le gaz pourrait commencer à être produit à cette date.
- Signature historique à Nicosie : L’accord a été signé entre les compagnies, le gouvernement chypriote et QatarEnergy, partenaire du consortium.
- Objectif européen : Ce projet s’inscrit dans la stratégie de l’UE pour diversifier ses approvisionnements en gaz et créer un « hub gazier méditerranéen » d’ici 2027.
- Réactions politiques : Le président chypriote Nikos Christodoulides y voit une « étape majeure » pour faire de la Méditerranée orientale un corridor énergétique alternatif pour l’Europe.
Une « déclaration de commercialité » qui valide deux décennies d’exploration
Les champs gaziers Glaucus et Pegasus, découverts par ExxonMobil en 2019 et 2021, viennent de franchir un cap décisif. Leur exploitation commerciale a été officiellement confirmée par la signature d’une « déclaration de commercialité », un document technique et juridique qui atteste de leur rentabilité économique. Selon les estimations, ces deux gisements pourraient fournir suffisamment de gaz pour répondre aux besoins de plusieurs pays européens pendant des années.
John Ardill, vice-président d’ExxonMobil chargé de l’exploration mondiale, a précisé, cité par l’Associated Press, que « le gaz naturel pourrait commencer à être produit sur ces champs d’ici 2033 ». Il a également souligné l’engagement des investisseurs et du gouvernement chypriote à « faire en sorte que le gaz profite à la population locale ».
Le Qatar et Chypre unissent leurs forces pour un projet régional
QatarEnergy, l’un des plus grands producteurs de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, est un partenaire clé de ce projet. Saad Sherida Al-Kaabi, ministre d’État qatarie chargé des Affaires énergétiques et PDG de QatarEnergy, a salué cette signature comme « une étape importante pour faire avancer le développement des ressources offshore à Chypre et renforcer la coopération énergétique régionale en Méditerranée orientale ».
Pour Nicosie, cette collaboration est stratégique. Le président Nikos Christodoulides a qualifié la signature de « étape majeure vers la création de la Méditerranée orientale comme corridor énergétique alternatif crédible pour l’Europe ». Une déclaration qui résonne alors que l’UE accélère ses plans pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles russes.
L’Europe accélère sa transition énergétique après la guerre en Ukraine
Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022, l’Union européenne a revu en profondeur sa stratégie énergétique. Bruxelles s’est engagé à éliminer progressivement les importations de gaz russe d’ici fin 2027, une échéance qui a poussé les États membres à chercher des alternatives. Parmi ces solutions, la création d’un « hub gazier méditerranéen » dans le sud de l’Europe figure en bonne place.
En janvier dernier, Michael Damianos, ministre chypriote de l’Énergie, du Commerce et de l’Industrie, avait déjà évoqué cette transition : « Nous nous affranchissons d’une dépendance néfaste au gaz russe et faisons un pas décisif, dans un esprit de solidarité et de coopération, vers une Union de l’énergie autonome. » Un discours qui prend tout son sens avec le développement de ces gisements offshore.
« Ce que nous devons dire aux citoyens, c’est que le gouvernement et les investisseurs travaillent ensemble avec beaucoup de rigueur pour réaliser ces découvertes, et que nous nous employons avec la même détermination à faire en sorte que le gaz profite à la population chypriote. »
— John Ardill, vice-président d’ExxonMobil
Un enjeu géopolitique autant qu’économique
L’exploitation de ces gisements ne se limite pas à un simple projet industriel. Elle s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, où les pays européens cherchent à sécuriser leurs approvisionnements énergétiques. La Méditerranée orientale devient ainsi un nouveau front dans la diversification des sources de gaz, aux côtés de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Chypre, déjà en tension avec la Turquie sur la question des frontières maritimes, pourrait voir son rôle renforcé sur la scène internationale.
Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la faisabilité technique et économique de ce projet. Si tout se déroule comme prévu, ces deux champs gaziers pourraient non seulement alimenter les réseaux européens, mais aussi servir de levier pour des projets d’infrastructures plus vastes, comme des gazoducs ou des terminaux de GNL. Autant dire que la Méditerranée orientale pourrait bientôt jouer un rôle central dans l’équilibre énergétique du continent.
L’Union européenne cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz depuis la guerre en Ukraine. Un hub méditerranéen permettrait de réduire la dépendance aux importations russes en développant des infrastructures pour importer du gaz en provenance d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et désormais de Chypre. Selon la Commission européenne, ce projet pourrait devenir « une source et une voie essentielles d’approvisionnement en gaz » pour les États membres d’ici 2027.
D’ici 2033, les partenaires devront finaliser les études géologiques et techniques, obtenir les autorisations environnementales et réglementaires, ainsi que sécuriser les investissements nécessaires. Les infrastructures de production et de transport devront également être construites. ExxonMobil et QatarEnergy devront aussi s’assurer de la viabilité économique du projet face aux fluctuations des prix du gaz.