Le 8 août 2025 à l’aube, des colons israéliens ont endommagé près de 200 pieds de vigne dans le village de Susya, en Cisjordanie, selon Courrier International. Ces attaques, qui ciblent la principale source de revenus de nombreuses familles palestiniennes, s’inscrivent dans un contexte de tensions croissantes autour de l’accès aux terres agricoles. Le 15 avril 2026, des agriculteurs de Halhul ont tenté de rejoindre leurs vignobles, mais leur progression a été stoppée par des colons et des soldats, illustrant la dégradation des conditions de travail des Palestiniens dans la région.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 200 vignes détruites dans la région de Masafer Yatta (Cisjordanie) en août 2025, privant des familles palestiniennes de leur principale ressource économique.
  • Le 15 avril 2026, des vignerons de Halhul ont tenté d’accéder à leurs terres, mais ont été empêchés par des colons et des soldats israéliens.
  • Les colons ont utilisé du gaz poivre contre les agriculteurs, blessant plusieurs civils, dont deux fillettes de 7 et 9 ans.
  • La région de Masafer Yatta, située à 30 km au sud d’Hébron, est régulièrement le théâtre de conflits liés à l’accès aux terres.
  • Les vignobles de Halhul, normalement taillés en hiver pour optimiser les récoltes, n’ont pas pu être entretenus cette année.

Des attaques répétées contre les moyens de subsistance palestiniens

Dans la région de Masafer Yatta, située à une trentaine de kilomètres au sud d’Hébron, l’agriculture représente souvent la seule source de revenus pour les familles palestiniennes. Le 8 août 2025, des colons israéliens ont détruit environ 200 pieds de vigne dans le village de Susya, selon des images recueillies par l’AFP. Ces actes, qui surviennent régulièrement dans cette zone, visent à fragiliser les économies locales et à décourager les Palestiniens de cultiver leurs terres. Les vignes, principales cultures de la région, sont habituellement taillées en hiver pour préparer les récoltes printanières. Pourtant, cette année, les propriétaires n’ont pu y accéder, laissant leurs cultures à l’abandon.

Le 15 avril 2026, une centaine d’agriculteurs de Halhul ont décidé de se rendre en cortège vers leurs vignobles, espérant enfin pouvoir travailler leurs terres. Equipés de sécateurs et d’outils agricoles, ils ont entamé l’ascension des collines menant à leurs cultures. Mais leur progression a rapidement tourné au drame. Arrivés au sommet, les manifestants ont été aspergés de gaz poivre par des colons israéliens. Parmi les victimes figuraient deux fillettes de 7 et 9 ans, dont les yeux brûlaient sous l’effet du produit chimique. Leur père, également aveuglé, tentait de les rassurer tout en cherchant à se protéger. Des images, filmées depuis la colline, montrent un soldat israélien pansant la tête d’un Palestinien blessé, tandis qu’un colon, arme à la main, se tient parmi les assaillants.

Un climat de violence institutionnalisée

La scène du 15 avril n’est pas un cas isolé. Depuis des années, les agriculteurs palestiniens de Cisjordanie subissent des restrictions d’accès à leurs terres, imposées par les autorités israéliennes ou par des colons. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à étendre les colonies israéliennes au détriment des communautés palestiniennes. Selon Ha’Aretz, cité par Courrier International, les vignobles de Halhul, comme ceux de Susya, font partie des zones régulièrement ciblées par des attaques ou des blocages administratifs. Les colons, souvent protégés par l’armée israélienne, agissent en toute impunité, tandis que les Palestiniens se voient refuser l’accès à leurs biens sans justification légale claire.

L’incident du 15 avril illustre également le rôle ambigu des forces de l’ordre israéliennes. Si certains soldats ont porté assistance à des blessés, d’autres ont bloqué le reste du cortège, empêchant tout accès aux vignobles. Cette dualité reflète une politique sécuritaire qui, selon des ONG locales, privilégie la protection des colons au détriment des droits des Palestiniens. « On nous traite comme des terroristes alors que nous ne faisons que cultiver nos terres », a déclaré un agriculteur présent sur place, sous couvert d’anonymat.

Un impact économique dévastateur

Pour les habitants de Halhul et des villages voisins, l’impossibilité d’accéder à leurs vignobles représente une menace existentielle. La taille des vignes, traditionnellement réalisée entre décembre et mars, permet de stimuler la production de raisin, essentiel pour la fabrication de vin et de produits dérivés. Sans entretien, les ceps risquent de dépérir, réduisant à néant les récoltes des prochaines années. « Si nous ne pouvons pas travailler nos terres, c’est toute notre communauté qui souffre », explique un vigneron. Les revenus générés par la vente de vin et de raisin sont vitaux pour des familles déjà en proie à la pauvreté, aggravée par les restrictions de mouvement imposées par les checkpoints israéliens.

Les autorités israéliennes justifient ces mesures par des raisons de « sécurité » ou de « préservation des terres », mais les agriculteurs palestiniens y voient une tentative délibérée de les chasser de leurs propriétés. En 2023, l’ONU estimait que plus de 2 500 Palestiniens avaient été déplacés en Cisjordanie en raison de violences liées aux colons. Les vignobles, symboles de résistance économique, deviennent ainsi des cibles privilégiées.

Et maintenant ?

Alors que les tensions persistent, les organisations de défense des droits humains appellent à une enquête indépendante sur les attaques du 15 avril et à la levée des restrictions d’accès aux terres. Des recours juridiques sont en cours devant les tribunaux israéliens, mais les chances de succès restent minces. Pour les agriculteurs de Halhul, l’urgence est désormais de pouvoir reprendre le travail avant la saison des vendanges, prévue en septembre. En attendant, la communauté internationale pourrait être appelée à faire pression pour que cesse cette spirale de violence économique et physique.

Contexte : Ha’Aretz, un média israélien de référence

Fondé en 1919, Ha’Aretz est le plus ancien quotidien israélien encore en activité. Propriété du groupe Schocken, il est considéré comme un média de gauche libérale et joue un rôle clé dans le débat politique israélien. Son édition en hébreu, tirée à 72 000 exemplaires en semaine et 110 000 le week-end, s’adresse principalement à un public israélien. Son édition anglophone, quant à elle, touche un lectorat international, notamment parmi les communautés juives nord-américaines et européennes. Bien que moins détaillée que la version hébraïque, elle offre un éclairage unique sur le conflit israélo-palestinien, souvent ignoré par les médias locaux.

Selon Aluf Benn, rédacteur en chef du journal, Ha’Aretz cherche à « offrir une analyse nuancée des enjeux politiques et sociaux en Israël, sans céder aux sirènes du sensationnalisme ». Le journal a couvert à de multiples reprises les tensions en Cisjordanie, notamment les violences liées aux colons et les restrictions imposées aux Palestiniens. Ses enquêtes, souvent citées par la presse internationale, ont mis en lumière des pratiques controversées, comme l’expansion des colonies ou les expropriations de terres agricoles.

Les vignobles, comme les oliveraies ou les terres agricoles, sont régulièrement visés par des colons israéliens ou des restrictions administratives. Ces attaques visent à fragiliser l’économie palestinienne et à pousser les communautés à quitter leurs terres. Les autorités israéliennes invoquent souvent des raisons de « sécurité » ou de « préservation environnementale », mais les ONG dénoncent une stratégie délibérée d’expropriation.

Les soldats israéliens sont souvent déployés pour « protéger » les colons, mais leur action peut aussi consister à bloquer l’accès des Palestiniens à leurs terres. Dans l’incident du 15 avril 2026, certains ont porté assistance à des blessés, tandis que d’autres ont empêché les agriculteurs de travailler. Cette dualité reflète une politique sécuritaire controversée, où la protection des colons prime parfois sur les droits des Palestiniens.