Depuis des décennies, l’extension des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée suscite des tensions internationales et des condamnations répétées au regard du droit international. RFI révèle, à travers des images satellites récentes, la poursuite de ce mouvement dans la région emblématique du Gush Etzion, où une nouvelle colonie, autorisée par le gouvernement israélien depuis 2024, émerge sur un site classé par l’Unesco.

Cette avancée, documentée par des clichés datés de mai 2026, illustre une dynamique coloniale qui s’accélère malgré les condamnations de la communauté internationale. Le Gush Etzion, situé au sud de Jérusalem, est depuis longtemps un foyer de peuplement israélien en Cisjordanie, considéré comme l’un des symboles du mouvement de colonisation. Son expansion récente, sur un terrain classé au patrimoine mondial de l’Unesco, soulève des questions sur la viabilité des engagements internationaux pris par Israël.

Ce qu'il faut retenir

  • Une nouvelle colonie israélienne est en construction dans le Gush Etzion, région historique de Cisjordanie, autorisée par le gouvernement depuis 2024.
  • Ce projet s’implante sur un site classé par l’Unesco, ce qui contrevient aux conventions internationales.
  • Les images satellites, datées de mai 2026, confirment l’ampleur des travaux et l’avancée des infrastructures.
  • La colonisation en Cisjordanie est considérée comme illégale au regard du droit international par une majorité des États et des organisations onusiennes.
  • Le Gush Etzion est l’une des zones les plus disputées, avec plus de 50 000 colons israéliens y résidant actuellement.

Une expansion coloniale en contradiction avec les engagements internationaux

La construction de cette nouvelle colonie dans le Gush Etzion s’inscrit dans une stratégie plus large de peuplement israélien en Cisjordanie, une politique maintes fois condamnée par l’ONU et l’Union européenne. Selon les données de l’ONG israélienne Peace Now, le nombre de logements construits dans les colonies en 2025 a augmenté de 23 % par rapport à l’année précédente, un rythme qui s’accélère depuis l’autorisation gouvernementale de 2024.

Le site choisi pour cette expansion, classé par l’Unesco en 2014 au titre de son paysage culturel, ajoute une dimension juridique complexe. Les autorités israéliennes justifient ce projet par des raisons de « sécurité » et de « développement démographique », une rhétorique régulièrement invoquée pour légitimer la colonisation. Pourtant, le droit international, notamment la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU de 2016, réaffirme l’illégalité des colonies et appelle à leur cessation immédiate. « Ces constructions sont contraires aux obligations d’Israël en matière de droit international », a rappelé Nabil Abu Rudeineh, porte-parole de l’Autorité palestinienne, dans un communiqué diffusé le 29 mai 2026.

Le Gush Etzion, un bastion historique de la colonisation

Le Gush Etzion n’est pas une zone anodine pour les colons israéliens. Fondé dans les années 1920, ce bloc de colonies a été détruit lors de la guerre de 1948, puis reconstruit après la guerre des Six Jours en 1967. Aujourd’hui, il compte une dizaine de colonies regroupant plus de 50 000 habitants, selon les chiffres de l’administration civile israélienne. Les images satellites montrent clairement l’étalement des constructions, avec de nouvelles infrastructures routières et résidentielles en cours de finalisation.

Cette région est également stratégique sur le plan géographique, car elle relie Jérusalem à la partie sud de la Cisjordanie. Son contrôle permet de fragmenter territorialement les zones palestiniennes, rendant plus difficile la création d’un État palestinien contigu. Pour les Palestiniens, ces constructions aggravent une situation déjà marquée par des restrictions de mouvement et des confiscations de terres. « Chaque nouvelle colonie réduit un peu plus les terres disponibles pour un futur État palestinien », a souligné Hanane Ashrawi, ancienne ministre palestinienne, dans une interview accordée à Al Jazeera le 3 juin 2026.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir l’intensification des pressions diplomatiques sur Israël. Le Quartet pour le Proche-Orient (ONU, UE, Russie, États-Unis) doit se réunir le 15 juin 2026 pour évoquer, entre autres, la question des colonies. Par ailleurs, des ONG comme Amnesty International ont déjà annoncé des recours juridiques contre ce projet, arguant de sa non-conformité avec le droit international. Reste à voir si ces initiatives auront un impact sur la poursuite des travaux.

La situation sur le terrain, elle, semble suivre son cours. Selon les dernières images disponibles, les engins de chantier sont toujours en activité dans le Gush Etzion, où les autorités israéliennes ont réaffirmé leur intention de poursuivre le développement des colonies « pour répondre aux besoins démographiques ». Un calendrier précis n’a pas été communiqué, mais les observateurs s’attendent à une accélération des constructions dans les mois à venir.

La colonisation israélienne en Cisjordanie est jugée illégale par le droit international, notamment en raison de la quatrième Convention de Genève, qui interdit à une puissance occupante de transférer sa population civile dans un territoire occupé. Plusieurs résolutions de l’ONU, dont la 2334 de 2016, réaffirment cette position et appellent à l’arrêt des constructions.