En Cisjordanie occupée, chaque intervention médicale se transforme en un véritable parcours du combattant pour les ambulanciers. Routes bloquées, checkpoints fermés, déplacements ralentis : depuis des années, les restrictions de circulation s’intensifient après chaque regain de violence, rendant leur mission quotidienne encore plus complexe. Claire Duhamel, correspondante de France 24, a suivi le quotidien d’un ambulancier palestinien confronté en permanence à ces barrages et détours imposés par les autorités israéliennes.

Ce qu'il faut retenir

  • Cisjordanie occupée : territoire palestinien sous contrôle israélien où les déplacements sont strictement régulés.
  • Les checkpoints israéliens et les restrictions de circulation s’aggravent après chaque épisode de violence.
  • Les ambulanciers palestiniens doivent souvent emprunter des détours de plusieurs kilomètres pour contourner les barrages.
  • Le temps d’intervention médicale peut être multiplié par trois ou quatre en raison des contraintes logistiques.
  • Claire Duhamel, correspondante de France 24, a documenté cette réalité auprès d’un ambulancier local.

Un territoire verrouillé par Israël

La Cisjordanie, administrée par l’Autorité palestinienne mais occupée par Israël depuis 1967, est quadrillée par un réseau de checkpoints militaires et de barrières de séparation. Ces dispositifs, officiellement justifiés par des raisons de sécurité, entravent considérablement la liberté de circulation des Palestiniens. Selon les Nations unies, plus de 700 obstacles physiques – barrières, tranchées, murs ou portes électroniques – jalonnent le territoire, limitant l’accès à certains villages ou quartiers.

Pour les habitants, ces restrictions se traduisent par des retards quotidiens : files d’attente aux postes de contrôle, contrôles d’identité systématiques, ou encore interdiction de passage pour certains véhicules. Les ambulanciers, eux, paient un prix particulièrement lourd. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le temps moyen pour une ambulance palestinienne pour atteindre un patient en urgence est passé de 15 minutes en 2000 à plus d’1h30 aujourd’hui dans certaines zones.

Le quotidien d’un ambulancier face aux barrages

Mohamed Al-Atrash, 42 ans, travaille pour la Croix-Rouge palestinienne à Hébron, une ville du sud de la Cisjordanie où les tensions sont récurrentes. Comme des dizaines de ses collègues, il doit chaque jour improviser des itinéraires pour contourner les fermetures de routes ou les checkpoints imprévisibles. «

On ne sait jamais à l’avance si tel ou tel passage sera ouvert. Parfois, il faut faire demi-tour et emprunter des chemins de terre pour rejoindre un patient, ce qui allonge considérablement le trajet
», explique-t-il à Claire Duhamel. Ses collègues rapportent des situations où des patients en état critique sont décédés faute d’avoir pu être pris en charge à temps.

Les restrictions ne concernent pas seulement les déplacements des ambulances. Les forces israéliennes peuvent aussi interdire l’accès à certains quartiers pendant des heures, voire des jours, après des affrontements. «

Il arrive qu’on doive attendre des heures avant de pouvoir passer, alors que chaque minute compte pour le patient
», confie un autre ambulancier sous couvert d’anonymat.

Des conséquences sanitaires dramatiques

L’impact de ces restrictions sur la santé publique est alarmante. D’après un rapport de l’OMS publié en 2025, le taux de mortalité évitable en Cisjordanie a augmenté de 22 % depuis 2020 en raison des retards dans les soins. Les accouchements compliqués, les crises cardiaques ou les accidents de la route deviennent souvent mortels faute de prise en charge rapide. Les hôpitaux palestiniens, sous-financés et saturés, peinent à compenser ces délais supplémentaires.

Les autorités israéliennes, de leur côté, assurent que ces mesures visent à prévenir les attaques contre leurs soldats ou les colons israéliens. «

Les restrictions sont temporaires et proportionnées aux menaces
», a déclaré un porte-parole de l’armée israélienne à France 24 en 2024. Pourtant, les ONG locales et internationales dénoncent une politique qui pénalise l’ensemble de la population palestinienne, sans distinction.

Et maintenant ?

Les tensions en Cisjordanie restent élevées, notamment depuis l’offensive israélienne à Gaza en 2023 et les vagues de violence répétées en 2025 et 2026. Les prévisions pour les mois à venir ne laissent guère présager une amélioration : le gouvernement israélien a annoncé le renforcement des mesures de sécurité dans les zones considérées comme « à risque », ce qui pourrait encore compliquer les déplacements des ambulanciers. Parallèlement, les appels des organisations humanitaires pour la levée des restrictions ou la création de corridors humanitaires permanents peinent à trouver écho à Tel-Aviv.

Dans ce contexte, la question se pose : jusqu’où les autorités israéliennes sont-elles prêtes à aller dans la restriction des libertés de circulation, au détriment même de vies humaines ? Les prochains mois s’annoncent cruciaux pour évaluer l’impact de ces mesures sur la santé des Palestiniens.

Ces checkpoints sont officiellement installés pour des raisons de sécurité, afin de prévenir les attaques contre les soldats israéliens ou les colons. Cependant, selon les ONG, ils servent aussi à contrôler les mouvements de la population palestinienne et à faciliter l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie.