La judokate française Clarisse Agbégnénou, double championne olympique et sextuple championne du monde, a confirmé son retour sur les tatamis ce samedi au Grand Chelem de Lausanne, seulement cinq mois après avoir donné naissance à son deuxième enfant, Dakota. Selon nos confrères de RMC Sport, cette rentrée en compétition s’inscrit dans une stratégie bien rodée pour préparer les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028.
Ce qu'il faut retenir
- Clarisse Agbégnénou, 33 ans, fait son retour en compétition cinq mois après la naissance de son fils Dakota, en mars 2026.
- Elle avait déjà réussi l’exploit de remporter le titre mondial en 2023 puis le bronze olympique à Paris en 2024 après la naissance de son premier enfant, Athéna, en 2022.
- Pour ce Grand Chelem de Lausanne, elle est classée 65e mondiale en moins de 63 kg, un rang en baisse après sa pause maternité.
- Elle vise les Jeux de Los Angeles en 2028, où elle pourrait rejoindre le palmarès de la Japonaise Ryoko Tamura (7 titres mondiaux).
- Son approche cette fois-ci diffère de 2022 : elle a stoppé l’entraînement plus tard et a repris plus tôt après l’accouchement.
Un retour éclair après une seconde maternité
Clarisse Agbégnénou a mis fin à une interruption de près d’un an et demi. Elle n’avait plus foulé un tatami en compétition depuis avril 2025, lors du championnat d’Europe au Monténégro, où une disqualification controversée l’avait privée d’une victoire certaine. Pourtant, son retour s’annonce sous les meilleurs auspices : après huit jours d’hospitalisation pour l’accouchement de Dakota, elle a repris l’entraînement physique en janvier 2026. « Je ne pensais pas revenir aussi vite », a-t-elle confié à RMC Sport lors d’un stage à Vichy, où elle évoquait son programme chargé depuis le début de l’année.
Ce choix de reprise précoce repose sur une préparation méticuleuse. Contrairement à 2022, où elle avait dû adapter sa charge d’entraînement après la naissance d’Athéna, cette fois, elle a intégré des exercices spécifiques avant l’accouchement, notamment sur le périnée. « J’ai été très bien suivie, j’ai essayé de choisir les meilleurs pour m’accompagner », a-t-elle précisé. Résultat : elle se dit en meilleure forme que lors de sa première grossesse, malgré la fatigue accumulée avec deux jeunes enfants. Dakota est encore allaité, et Agbégnénou devra concilier vie de famille et exigences sportives pendant la compétition.
Un parcours jalonné de défis techniques et logistiques
Pour cette rentrée à Lausanne, la Française devra composer avec un classement mondial en baisse : elle pointe à la 65e place des moins de 63 kg, contre une place dans le top 10 avant sa pause. Son parcours au Grand Chelem s’annonce semé d’embûches. Elle débutera samedi matin face à la vainqueure du match entre la Hongroise Kriza (66e mondiale) et la judokate de l’équipe des réfugiés, Balali (293e). En cas de victoire, elle pourrait affronter la Russe Liluashvili (27e), puis éventuellement la tête de série numéro 1, la Néerlandaise Van Lieshout, qui avait remporté le titre mondial en 2022 pendant la première maternité d’Agbégnénou.
Cette compétition sert d’étape préparatoire avant les championnats du monde en Azerbaïdjan, début octobre. La Fédération française de judo (FFJ) a d’ores et déjà validé sa sélection, non pas sur ses titres passés, mais sur sa forme actuelle. « C’est un choix sur son présent », a souligné un responsable de la FFJ, rappelant que le judo français mise sur des athlètes capables de performer malgré les aléas de la vie. Agbégnénou, elle, minimise les attentes : « Je n’ai pas ce record dans la tête », a-t-elle indiqué, en référence au record de sept titres mondiaux de la Japonaise Ryoko Tamura.
Une mécanique de haut niveau entre yoga et judo
À 33 ans, Clarisse Agbégnénou sait que le temps joue contre elle. Son corps, moins indulgent qu’il y a dix ans, exige une attention particulière. Pour compenser, elle a renforcé sa routine avec du yoga, du pilates et des exercices de renforcement des muscles profonds. « Je prends soin de mon outil de travail comme d’une belle mécanique », explique-t-elle. Cette rigueur s’étend aussi à son calendrier : elle refuse de multiplier les compétitions sans discernement. « Il faut faire les bonnes compétitions au bon moment et ne pas courir partout », a-t-elle insisté lors d’un entretien en juin, alors qu’elle détaillait sa stratégie pour les qualifications olympiques.
La qualification pour Los Angeles 2028 a débuté en juin 2026. Avec deux enfants à gérer – Athéna, 4 ans, et Dakota, 5 mois –, son emploi du temps est déjà un casse-tête. Les nuits sont hachées, les siestes rares, mais sa précision, déjà légendaire, n’a fait que s’affiner. « L’amour du judo ne m’a pas quitté », confie-t-elle, bien déterminée à tracer sa route vers les États-Unis. Son objectif ? Éviter les erreurs de parcours et capitaliser sur les compétitions où elle se sent au mieux de sa forme.
Un retour sous le signe de la résilience
Ce samedi à Lausanne, Clarisse Agbégnénou ne portera pas seulement les couleurs de la France. Elle emmènera aussi ses enfants dans la salle, une première pour elle en compétition. Une façon, peut-être, de transformer cette parenthèse familiale en force supplémentaire. Son retour marque aussi un tournant dans l’histoire du judo féminin, où les maternités étaient souvent synonymes de fin de carrière prématurée. Avec deux enfants et une ambition intacte, elle bouscule les codes.
Son parcours rappelle celui d’autres athlètes, comme la nageuse Katie Ledecky ou la coureuse Eliud Kipchoge, qui ont su concilier performance et vie familiale. Pour Agbégnénou, l’enjeu est double : prouver que la maternité n’est pas un frein, mais une nouvelle étape, et se rapprocher d’un rêve olympique encore plus lointain qu’en 2024. À Lausanne, le feu couve sous la cendre. Il ne reste plus qu’à voir s’il peut embraser les tatamis.
La route vers Los Angeles 2028 s’ouvre aujourd’hui. Mais le vrai défi ne sera pas seulement sportif. Il sera aussi celui d’une championne qui refuse de choisir entre sa famille et sa passion. À Lausanne, le monde du judo aura les yeux rivés sur elle. La question n’est plus de savoir si elle peut gagner, mais jusqu’où elle ira.
Selon RMC Sport, la judokate a adapté sa stratégie par rapport à 2022, où elle avait repris l’entraînement plus tardivement après la naissance d’Athéna. Cette fois, elle a stoppé l’activité physique plus tard pendant sa grossesse et a repris le travail physique huit jours après l’accouchement. Elle a également intégré des exercices ciblés, comme le renforcement du périnée avant l’accouchement, pour limiter les pertes de temps et retrouver sa forme plus rapidement.