Invité toute cette semaine dans l’émission Le Monde d’Élodie sur France Info, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France de handball Claude Onesta a évoqué, à l’occasion de la sortie de son livre Performer : la méthode aux éditions Michel Lafon, sa vision du management et de la performance. Dans cet entretien, il a partagé ses réflexions sur le sens du leadership, l’échec, et la nécessité de construire des projets collectifs plutôt que de se focaliser sur les résultats individuels. Selon Franceinfo - Sport, ce cinquième épisode de la série a notamment mis en lumière la philosophie d’Onesta, marquée par une approche centrée sur l’humain et la transmission.
Ce qu’il faut retenir
- Claude Onesta a dirigé l’équipe de France de handball de 2001 à 2016, remportant notamment deux titres olympiques (2008, 2012), quatre titres mondiaux (2001, 2009, 2011, 2015) et trois titres européens (2006, 2010, 2014).
- Il considère que la médaille n’est pas un objectif en soi, mais seulement la conséquence d’un cheminement collectif bien construit.
- Le 21 août 2016, à Rio de Janeiro, marque la fin de sa carrière de sélectionneur après la défaite en finale olympique contre le Danemark. Il évoque ce jour comme un moment de gratitude envers les joueurs plutôt que de frustration.
- Dans son livre, il défend l’idée que la performance doit avoir un sens humaniste et servir une communauté plutôt que des intérêts individuels.
- Il compare le travail d’équipe à un vestiaire, où des individus aux profils divers s’unissent pour un objectif commun sans renoncer à leurs singularités.
Une carrière marquée par l’humain, pas seulement par les titres
À la question de savoir si, rétrospectivement, il se souvient davantage des titres remportés ou des visages de ceux qu’il a coachés, Claude Onesta répond sans hésiter : « Très honnêtement, j’ai gagné beaucoup de médailles avec l’équipe de France, mais je serais bien incapable de vous dire où elles sont. Chez moi, il n’y a pas un mausolée à la gloire des médailles reçues, ça doit être dans un carton dans le garage. » Pour lui, comme il l’explique dans l’entretien accordé à Franceinfo - Sport, « la médaille n’est pas l’objectif, elle n’est que la conséquence de l’objectif réussi ». Et d’ajouter : « Il y a un moment où ils se déshabillent et mettent un maillot commun. Ils vont agir ensemble, ce qui n’enlèvera en rien la singularité de chacun. »
Cette vision, Onesta l’a incarnée tout au long de sa carrière, notamment lors de son dernier match en tant que sélectionneur, le 21 août 2016 à Rio. Après une défaite en finale olympique contre le Danemark, il n’a pas évoqué la frustration ou l’échec, mais plutôt la gratitude envers ses joueurs et le chemin parcouru ensemble. Un état d’esprit qui résume sa philosophie : « Pour moi, la maison était bien en place, bien tenue parce que structurée, et que mon épouse jouait les rôles. Donc, d’une certaine façon, et parfois de manière un peu égoïste, on s’engage ailleurs. »
La performance au service d’une communauté
Dans son livre Performer : la méthode, comme dans cet entretien, Onesta insiste sur l’idée que la performance ne doit pas être un but en soi, mais un moyen de construire quelque chose de plus grand. « Je ne suis pas un fada de la perf pour la perf, a-t-il déclaré. La perf, c’est si elle a un sens humaniste. » Selon lui, la réussite d’un projet collectif repose sur trois piliers : « la loyauté au projet, le courage décisionnaire et le fait de penser que se protéger, c’est se perdre ». Il précise : « Pas la prise de risque folle qui met tout le monde en péril, mais la prise de risque qui fait que l’on va être obligé d’aller chercher plus loin et donc de continuer à avancer pour être au rendez-vous de ce que l’on espère. »
Cette approche, il la compare à l’image du vestiaire, où des individus aux origines, cultures et croyances diverses se rassemblent pour un objectif commun. « On devrait vivre dans un grand vestiaire où tout le monde serait réuni », explique-t-il. Une métaphore qui illustre sa conviction : la performance collective ne doit pas gommer les différences, mais les transformer en force. « Il y a un moment où ils vont être capables de partager, de s’associer, de collaborer et donc de participer à faire mieux ensemble. »
Transmettre une vision : l’héritage d’Onesta
Interrogé sur ce qu’il aimerait transmettre aux jeunes entraîneurs ou managers, Onesta insiste sur l’importance de « penser que se protéger, c’est se perdre ». Pour lui, un leader doit être prêt à prendre des risques calculés, non pas pour son propre intérêt, mais pour faire avancer le projet collectif. « Ce n’est pas pour gagner plus d’argent, c’est faire mieux pour être mieux construit, mieux capable, plus en phase avec ceux qui vivent autour de moi », précise-t-il. « On vit en communauté et il faut que la communauté vive de manière harmonieuse. »
Cette vision du leadership, il l’a appliquée tout au long de sa carrière, y compris après son départ de l’équipe de France en 2016. Comme il l’a confié dans l’émission, il n’a jamais eu l’impression que sa carrière était « finie ». « Je n’ai jamais l’impression que c’est fini, parce que je ne la revendique plus. J’ai fini les Jeux cuit, ça m’a pompé, et je pense que j’avais besoin d’abord de me reposer », a-t-il expliqué. Pour lui, l’essentiel reste la trace laissée auprès des autres, bien au-delà des médailles et des trophées.
À travers cet entretien et son ouvrage, Onesta rappelle une évidence souvent oubliée : dans un monde où la performance est trop souvent réduite à des chiffres, l’essentiel réside dans la manière dont on construit les projets et dont on fédère les énergies autour d’un objectif commun.
Claude Onesta a mené l’équipe de France de handball à deux titres olympiques (2008 et 2012), quatre titres mondiaux (2001, 2009, 2011 et 2015), ainsi que trois titres européens (2006, 2010 et 2014), selon les archives de la Fédération française de handball.