Le défi était de taille : transformer l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 en une vitrine de la performance sportive française. C’est dans ce cadre que Claude Onesta, ancien sélectionneur de l’équipe de France de handball et aujourd’hui manager général de la « haute performance » à l’Agence nationale du Sport (ANS), a accepté de relever ce pari inédit pour le sport tricolore. Invité cette semaine par Franceinfo – Sport à l’occasion de la sortie de son livre Performer : la méthode (éditions Michel Lafon), il revient sur les enjeux et les défis de cette mission.

Ce qu'il faut retenir

  • Claude Onesta a été sollicité en 2024 par Laura Flessel, alors ministre des Sports, pour piloter la performance du sport français à l’occasion des Jeux de Paris.
  • Il a notamment convaincu Antoine Dupont, star du rugby à XV, de rejoindre l’équipe de France de rugby à sept, malgré les risques et les sacrifices demandés.
  • Son approche repose sur une individualisation de la performance : adapter les méthodes à chaque athlète plutôt que d’imposer un modèle unique.
  • Des athlètes comme Florent Manaudou ont bénéficié de ce suivi personnalisé, avec des résultats concrets lors des compétitions.

Un virage vers la performance collective

Quand Laura Flessel lui a proposé, en 2024, de prendre en main la performance du sport français pour Paris 2024, Claude Onesta n’a pas hésité. « On m’a demandé de solutionner ce qui, pendant 30 ans, m’avait souvent semblé mal organisé », explique-t-il à Franceinfo – Sport. Le constat était sans appel : il fallait éviter que les athlètes français ne soient pas à la hauteur lors de l’événement planétaire, au risque de gâcher l’expérience pour tout un pays. « Ce n’est pas un projet pour moi, c’est une mission », insiste-t-il. Et de rappeler son parcours : 30 ans à construire des équipes, des vestiaires, des générations de champions, mais cette fois, le terrain de jeu était bien plus vaste.

Antoine Dupont, ou l’art du pari audacieux

Parmi les choix les plus discutés figure celui d’Antoine Dupont, considéré comme l’un des meilleurs rugbymen français de l’histoire, mais évoluant dans un sport différent : le rugby à sept. Le pari était risqué. Pour s’entraîner sérieusement avec l’équipe de France, le joueur toulousain aurait dû abandonner son club pendant six mois. Pourtant, après de longues négociations avec le Stade Toulousain, un accord a été trouvé. « J’ai vu arriver Antoine Dupont lors d’un stage à Marcoussis. Il avait l’air un peu perdu au milieu des autres », raconte Onesta. Mais tous les observateurs savaient que, si tout était bien géré, son arrivée pourrait faire la différence. Résultat : Dupont a remporté la médaille d’or au Stade de France, en août 2024, aux côtés de ses coéquipiers du rugby à sept.

Ce succès illustre une méthode chère à Onesta : « Le ministère prévoyait un système où tout le monde devait rentrer dans le même moule. La vraie haute performance, c’est de trouver le système qui convient à chacun et de faire du sur-mesure. »

Florent Manaudou, ou la résilience récompensée

Florent Manaudou, champion olympique du 50 mètres nage libre à Rio en 2016, a également bénéficié de cette approche personnalisée. Après une période de doute, où certains mettaient en cause son engagement, Onesta lui a lancé un avertissement clair : « J’entends plus parler de toi pour tes exploits en soirée que pour tes performances à l’entraînement. » La réponse de Manaudou a été sans équivoque : un séjour de deux mois en Australie pour se recentrer sur sa préparation. « Fais-moi confiance, je vais tout donner », avait-il promis. Résultat : lors des compétitions, Manaudou est devenu « un taureau de combat », selon les mots de Onesta, invincible le jour J.

« C’est un deal que tu passes avec un athlète : si tu sens que tu n’iras pas au bout, tu me préviens avant les autres. Sinon, je passe pour un couillon. »
Claude Onesta, à Franceinfo – Sport

La haute performance, une question de confiance

Pour Onesta, la clé du succès réside dans la relation de confiance établie avec chaque athlète. Qu’il s’agisse de convaincre un champion de se lancer dans une discipline inconnue ou de remotiver un nageur en perte de vitesse, l’écoute et l’adaptation sont primordiales. « Certains de mes choix ont pu paraître irresponsables aux yeux de quelques observateurs, mais c’est cette liberté qui permet de réussir », souligne-t-il. Le sentiment d’accomplissement, lorsqu’un athlète atteint son objectif grâce à cette méthode, est pour lui la plus belle des récompenses.

Il insiste également sur l’importance de ne pas craindre l’échec. « J’ai appris avec le temps que l’échec fait partie du processus. Ce qui compte, c’est de savoir rebondir et de tirer les leçons des defeats. » Une philosophie qui a guidé son action, bien au-delà des terrains de handball.

Et maintenant ?

Avec Paris 2024 derrière lui, Claude Onesta continue de travailler à l’ANS, où il supervise la performance des athlètes français. Les Jeux ont montré que la France pouvait briller sur la scène internationale, mais aussi que la méthode sur-mesure était un levier puissant. Reste à voir si cette dynamique pourra être maintenue pour les prochaines échéances, comme les Jeux de Los Angeles en 2028. Pour l’heure, l’heure est à l’analyse et à la capitalisation des retours d’expérience, afin d’affiner encore les stratégies de préparation.

Ce rôle inédit, Onesta l’a endossé avec la même rigueur qui a fait de lui l’un des entraîneurs les plus titrés de l’histoire du handball français. « Quand on m’a proposé cette mission, je n’ai pas eu le choix : il fallait que j’y aille », confie-t-il. Trois ans plus tard, le bilan est là : des médailles, des records, et surtout, une méthode qui pourrait bien inspirer d’autres pays.