Avec la mise en scène de La Flûte enchantée à Aix-en-Provence, une installation vidéo aux Rencontres de la photographie d’Arles et une exposition au Mucem à Marseille, l’artiste Clément Cogitore occupe le devant de la scène artistique cet été dans le Sud de la France. Une programmation ambitieuse qui confirme son ancrage dans les grands rendez-vous culturels nationaux, selon Franceinfo - Culture.

Ce qu'il faut retenir

  • Clément Cogitore met en scène La Flûte enchantée de Mozart, opéra d’ouverture du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, du 2 juillet au 21 juillet 2026.
  • Il présente aussi Memory Palace, une installation vidéo aux Rencontres de la photographie d’Arles, du 6 juillet au 4 octobre 2026.
  • Une exposition au Mucem à Marseille, jusqu’au 20 septembre 2026, retrace l’histoire de l’île Ferdinandea, rocher volcanique éphémère du canal de Sicile.
  • L’artiste, diplômé des Arts décoratifs de Strasbourg et du Fresnoy, a reçu le Prix Marcel Duchamp en 2018 et ses œuvres sont exposées dans des institutions comme le Centre Pompidou ou le MoMA.

Un opéra mozartien revisité à Aix-en-Provence

Pour la deuxième fois après Les Indes galantes en 2019, Clément Cogitore investit le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Cette année, il signe la mise en scène de La Flûte enchantée, l’un des opéras les plus célèbres de Wolfgang Amadeus Mozart, créé en 1791. La production est programmée au Théâtre de l’Archevêché du 2 au 21 juillet 2026, sous la direction musicale de l’Argentin Leonardo García Alarcón. Un « cast merveilleux », selon les mots de l’artiste, avec les sopranos Sabine Devieilhe et Ying Fang, ainsi que le ténor Mauro Peter, composaient ce trio vocal qu’il évoque dans son atelier parisien, quelques semaines avant les répétitions.

Clément Cogitore insiste sur la richesse contrastée de l’œuvre : entre chœurs proches du Requiem, musique populaire viennoise et airs d’opéra seria virtuoses. « C’est un récit de passage de l’enfance à l’âge adulte, mais aussi une histoire de famille, celle d’une mère qui a perdu sa fille, enlevée par une figure paternelle », explique-t-il. Une narration qu’il compare à des « cuts de montage » de films, une structure qu’il compte exploiter via des images projetées en dialogue avec la partition.

Une installation vidéo sur la mémoire familiale à Arles

À quelques kilomètres d’Aix, Arles accueille une autre création de l’artiste. Dans le cadre des Rencontres de la photographie, il présente Memory Palace, une installation vidéo de 35 minutes composée principalement d’images amateurs des Trente Glorieuses. L’exposition est visible du 6 juillet au 4 octobre 2026.

« Qu’est-ce que la caméra cherche à retenir quand elle n’a pas de projet narratif et qu’elle fixe des instants de bonheur ou de joie ? » s’interroge-t-il. Cette réflexion sur la mémoire de l’Occident s’appuie sur des « home movies » et des archives familiales, interrogeant la fonction testimoniale de l’image lorsqu’elle échappe à toute intention narrative. Une installation qui s’inscrit dans la continuité de son travail sur les rituels et l’éphémère.

Une exploration historique au Mucem de Marseille

Direction Marseille, où le Mucem consacre une exposition à Clément Cogitore jusqu’au 20 septembre 2026. Intitulée sobrement d’après son sujet, elle retrace l’histoire de l’île Ferdinandea, ce rocher basaltique né en 1831 dans le canal de Sicile sous l’effet d’une activité volcanique sous-marine. Six mois plus tard, il disparaissait sous les flots, suscitant convoitises et fantasmes parmi les nations riveraines.

L’exposition mêle films, photographies et documents d’archives pour reconstituer cette épopée géologique et politique. « Une réflexion sur la fugacité des territoires et la construction des mythes nationaux », précise l’artiste. Une thématique qui rejoint son intérêt pour les récits collectifs et les traces éphémères du passé.

Un parcours marqué par la mémoire et l’expérimentation

Né à Colmar en 1983, Clément Cogitore est le petit-fils d’un cinéphile, fils d’un médecin de campagne et d’une infirmière. Après des études aux Arts décoratifs de Strasbourg et un diplôme obtenu au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, il se distingue rapidement par une œuvre à la croisée du cinéma, des arts visuels et du spectacle vivant. En 2018, il reçoit le Prix Marcel Duchamp, la plus haute distinction en art contemporain en France.

Sa filmographie, saluée par la critique, oscille entre récits classiques et expérimentations narratives. Ni le ciel ni la terre (2015), son premier long métrage, mêle guerre et fantastique, tandis que Goutte d’Or (2022) explore l’univers d’un voyant parisien. Ces deux films ont été récompensés dans plusieurs festivals internationaux. Ses œuvres sont présentes dans les collections du Centre Pompidou, de la Fondation Louis Vuitton, du MoMA à New York ou encore du Kunsthaus Baselland.

Et maintenant ?

Après cet été chargé dans le Sud, Clément Cogitore devrait poursuivre sa tournée internationale avec des expositions prévues dans des institutions majeures. Ses prochaines créations, encore en développement, pourraient prolonger ses recherches sur les archives et la mémoire collective. Pour l’artiste, l’enjeu reste de « donner à voir ce qui échappe habituellement à notre regard ». Une démarche qui devrait continuer à séduire les programmateurs et le public.

Cette programmation estivale confirme l’influence croissante de l’artiste sur la scène culturelle française et internationale. Entre opéra, vidéo et exposition, son parcours cet été illustre une fois de plus la porosité entre les disciplines artistiques, un terrain qu’il explore avec une rigueur méthodique.

Outre ses créations pour Aix-en-Provence, Arles et Marseille, l’artiste prépare actuellement de nouvelles expositions qui devraient être dévoilées en 2027. Pour l’heure, il n’a pas communiqué de détails supplémentaires sur ces projets, mais son travail sur les archives et la mémoire devrait rester au cœur de ses préoccupations.

Les billets pour le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence sont en vente sur le site officiel du festival. Pour Memory Palace à Arles, les informations pratiques sont disponibles sur le site des Rencontres de la photographie. Au Mucem, l’exposition est incluse dans le billet d’entrée du musée, accessible aux horaires habituels.