Le débat sur l’évolution du climat prend un nouveau tournant avec la remise en question de certains scénarios catastrophes, notamment le RCP8.5, souvent cité comme une projection extrême du réchauffement climatique. Selon Courrier International, cette remise en cause intervient alors que les modèles climatiques évoluent pour refléter les politiques énergétiques récentes et les avancées technologiques en matière d’énergies renouvelables.

Ce qu'il faut retenir

  • Le scénario RCP8.5, qui prévoyait un réchauffement de 4,4 °C d’ici 2100, n’est plus considéré comme plausible par les scientifiques, non pas parce qu’il était « faux », mais parce que les tendances actuelles en matière d’émissions et de politiques climatiques ne le justifient plus.
  • Les nouveaux modèles climatiques, actualisés en 2026, abandonnent ce scénario au profit de projections plus réalistes, comprises entre 1,9 °C et 3,5 °C de réchauffement d’ici la fin du siècle.
  • Les initiatives climatiques engagées ces quinze dernières années ont permis d’éviter la pire version du scénario climatique, même si les défis restent immenses pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris.
  • Aux États-Unis, une plainte a été déposée contre l’administration Trump pour avoir versé près d’un milliard de dollars à Total afin d’empêcher la construction de parcs éoliens en mer, privant sept États démocrates d’une source d’énergie renouvelable.
  • Le dérèglement climatique aggrave les phénomènes météorologiques extrêmes, comme la grêle, dont les dégâts pourraient augmenter de 40 % d’ici la fin du XXIe siècle selon une étude de l’université de Pékin.

Le RCP8.5, un scénario désormais obsolète ?

Depuis le début des années 2000, le scénario RCP8.5 était considéré comme le plus pessimiste des projections climatiques. Il prévoyait une hausse des températures mondiales de 4,4 °C d’ici 2100 par rapport aux niveaux préindustriels, avec des conséquences catastrophiques pour les écosystèmes et les sociétés humaines. Pourtant, selon Courrier International, ce scénario n’a jamais été validé par le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

Dans un article scientifique publié en avril 2026, les chercheurs du projet CMIP (Coordination des modèles climatiques) ont expliqué pourquoi ce scénario n’était plus réaliste. « Il n’est plus plausible compte tenu de l’évolution des coûts des énergies renouvelables, des politiques climatiques mises en place et des tendances récentes en matière d’émissions de gaz à effet de serre », précisent-ils. Les progrès technologiques et les engagements internationaux ont rendu ce scénario caduc, même si les émissions de CO2 restent encore trop élevées.

Des scénarios climatiques revus à la baisse, mais des défis persistants

Les nouveaux modèles climatiques, actualisés en 2026, abandonnent donc le RCP8.5 au profit de projections plus nuancées. Le scénario optimiste, qui limitait le réchauffement à 1,5 °C selon l’accord de Paris, a lui aussi disparu des radars. Désormais, les chercheurs estiment que le réchauffement se situera entre 1,9 °C et 3,5 °C d’ici 2100, selon les politiques climatiques mises en œuvre.

Cette évolution reflète les efforts déployés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais elle ne doit pas occulter l’urgence de la situation. « Le calcul implacable du changement climatique est le suivant : tant que les émissions de CO2 resteront supérieures à zéro, la planète continuera de se réchauffer », rappellent trois chercheurs cités par Canada’s National Observer. Les conséquences de ce réchauffement sont déjà visibles : canicules plus intenses, épisodes de sécheresse prolongés, montée des eaux, et phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents.

« Nous avons évité la pire version de l’avenir climatique que nous avions envisagée, mais cela ne signifie pas que nous avons résolu le problème. Les initiatives actuelles sont lentes et lacunaires, et il reste encore beaucoup à faire. »
Andrew King, climatologue, The Conversation

Aux États-Unis, une plainte contre l’administration Trump pour entrave aux énergies renouvelables

Le débat sur le climat ne se limite pas aux modèles scientifiques. Aux États-Unis, une coalition de sept États démocrates a porté plainte contre l’administration Trump pour avoir versé près d’un milliard de dollars à Total Energies afin que le groupe renonce à construire des parcs éoliens en mer. Selon CNN, cette décision prive ces États d’une source d’énergie renouvelable dont ils ont grand besoin, et pourrait entraîner une hausse du coût de l’électricité pour les consommateurs.

« Cet accord prive ces États d’une énergie dont ils ont grand besoin, et pourrait y entraîner une hausse du coût de l’électricité », argue la plainte, déposée début juin 2026. Pour les plaignants, cette mesure va à l’encontre des objectifs de transition énergétique et des engagements climatiques des États-Unis. Cette affaire illustre les tensions persistantes entre les politiques énergétiques et les impératifs climatiques, même dans un contexte où les scénarios catastrophes sont remis en question.

Le dérèglement climatique aggrave les phénomènes météorologiques extrêmes

Si certains scénarios climatiques sont revus à la baisse, les conséquences du réchauffement se font déjà sentir à travers le monde. Une étude publiée le 28 mai 2026 dans la revue Nature met en lumière l’aggravation des ravages causés par la grêle, un phénomène météorologique extrême dont la fréquence et l’intensité augmentent avec le changement climatique.

Selon les chercheurs de l’université de Pékin, les vents violents, la hausse des températures et de l’humidité favorisent la formation de grêlons de plus de 30 millimètres de diamètre. « Au cours des deux dernières années, des orages de grêle ayant causé des dégâts se chiffrant en milliards de dollars américains se sont produits à plusieurs reprises », soulignent-ils. Ils estiment que les dommages dus à la grêle pourraient augmenter de 40 % d’ici la fin du XXIe siècle, en raison de l’intensification des épisodes orageux.

Les Pays-Bas innovent pour mesurer l’impact de la chaleur sur la santé

Face à l’augmentation des vagues de chaleur, les Pays-Bas ont mis en place un nouvel outil pour évaluer l’impact de ces épisodes sur la population. Depuis le 2 juin 2026, les bulletins météo néerlandais intègrent un indice baptisé « hittekracht » (« force de chaleur »), qui mesure les effets de la chaleur sur le corps humain. Cet indice, gradué de 1 à 10, prend en compte des paramètres comme l’humidité et la ventilation pour évaluer le risque sanitaire.

« Trente degrés auront beaucoup plus d’effet sur le corps humain par une journée humide et sans vent que par une journée peu humide et agrémentée d’une petite brise rafraîchissante », explique De Volkskrant. Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large visant à adapter les politiques publiques aux nouvelles réalités climatiques, alors que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus intenses.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront en grande partie des choix politiques et économiques des États. Les scientifiques rappellent que la neutralité carbone reste la seule solution viable pour limiter le réchauffement. Aux États-Unis, le litige autour de l’éolien en mer pourrait faire jurisprudence, tandis que les initiatives comme l’indice « hittekracht » aux Pays-Bas pourraient se généraliser. D’ici la fin de l’année, le Giec publiera son prochain rapport d’évaluation, qui intégrera ces nouvelles données et pourrait influencer les politiques climatiques à l’échelle mondiale.

Une chose est sûre : si les scénarios catastrophes ne sont plus d’actualité, les défis climatiques, eux, persistent. La question n’est plus de savoir si le monde se réchauffera, mais à quel rythme et avec quelles conséquences.

Le RCP8.5 a été abandonné car il n’est plus considéré comme plausible en raison de l’évolution des politiques climatiques, des coûts réduits des énergies renouvelables et des tendances récentes en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Il n’était pas « faux », mais simplement irréaliste au regard des évolutions observées depuis 2011, date de sa création.

Les nouveaux modèles climatiques estiment que le réchauffement se situera entre 1,9 °C et 3,5 °C d’ici 2100, selon les politiques mises en œuvre. Le scénario optimiste de 1,5 °C, initialement prévu par l’accord de Paris, a disparu des projections.