Quatre ans après l’arrivée au pouvoir du premier président de gauche de l’histoire de la Colombie, Gustavo Petro, le bilan économique de son mandat s’impose comme un enjeu central à la veille du premier tour de l’élection présidentielle, prévu le dimanche 31 mai 2026. Selon Courrier International, les réformes sociales menées par son gouvernement ont permis de réduire significativement la pauvreté et le chômage, mais au prix d’un creusement record de la dette publique, alimentant un débat électoral déjà vif.
Ce qu'il faut retenir
- Le taux de pauvreté multidimensionnelle est passé de 11,5 % en 2024 à 9,9 % en 2025, soit 793 000 Colombiens sortis de la pauvreté en un an.
- Le chômage a reculé à 9,2 % en février 2026, son niveau le plus bas depuis des décennies, malgré une hausse historique du salaire minimum de 23 %.
- La dette publique a dépassé 61,3 % du PIB en 2024, contre 55,5 % en 2023, tandis que le déficit public a atteint 6,5 % du PIB en 2025.
- La croissance économique s’est limitée à 1,8 % en moyenne annuelle sous Petro, un rythme jugé insuffisant par l’opposition.
- Plus de 50 % des travailleurs occupent un emploi informel, sans contrat ni protection sociale.
Une baisse historique de la pauvreté, mais des inégalités persistantes
L’un des principaux succès revendiqués par le gouvernement colombien réside dans la réduction de la pauvreté multidimensionnelle. Selon les chiffres officiels relayés par RTVC Noticias, cet indicateur composite, qui prend en compte non seulement les revenus mais aussi l’accès à l’éducation, à la santé, au logement et aux services de base, est passé de 11,5 % en 2024 à 9,9 % en 2025. « 793 000 Colombiens sont sortis de la pauvreté en un an », s’est félicité le média public. Pour la journaliste Maria Teresa Ronderos, citée par El Espectador, « ce n’est pas un mince exploit », d’autant que les enquêtes officielles montrent que les citoyens ressentent concrètement ces améliorations dans leur quotidien.
Cependant, cette avancée ne masque pas les disparités persistantes. Le salaire minimum a été augmenté de 23 % pour 2026, passant de 445 à 548 dollars mensuels, une mesure saluée par les travailleurs mais critiquée par le patronat. Contestée devant le Conseil d’État, cette hausse illustre les tensions entre justice sociale et équilibre économique. Par ailleurs, plus de la moitié des Colombiens travaillent dans le secteur informel, sans contrat ni protection, ce qui limite l’impact réel des réformes.
Un chômage en baisse, mais un emploi souvent précaire
Autre motif de satisfaction pour le gouvernement, le chômage a reculé à 9,2 % en février 2026, son niveau le plus bas « du siècle », selon RTVC Noticias. Ce chiffre contraste avec les 10,3 % enregistrés un an plus tôt et s’accompagne d’une inflation en net recul, passée de 11,8 % en 2023 à près de 5 % en 2025. Pour l’exécutif, ces indicateurs témoignent du succès de ses politiques sociales et économiques.
Pourtant, cette amélioration masque une réalité moins reluisante. « Ce ne sont pas les entreprises qui investissent, ni la production des habitants qui mobilise l’économie colombienne, mais l’argent public », souligne El Colombiano. La croissance annuelle moyenne sous Petro s’est limitée à 1,8 % du PIB, un taux jugé décevant pour une économie émergente. Pire, selon La Silla Vacía, la majorité des emplois créés relèvent du secteur informel, où les travailleurs ne bénéficient ni de la hausse du salaire minimum ni des protections sociales.
Une dette publique qui s’envole et un équilibre budgétaire menacé
Si les indicateurs sociaux se sont améliorés, leur financement a creusé un déficit public à 6,5 % du PIB en 2025, un niveau jugé excessif par les économistes. « Les pays sérieux ne dépassent généralement pas les 3 % », a rappelé l’économiste Salomón Kalmanovitz dans El Espectador. La dette publique, quant à elle, a franchi le seuil de 61,3 % du PIB en 2024, contre 55,5 % en 2023, selon La Silla Vacía. « Les recettes ne suffisent pas à soutenir le rythme des dépenses, et l’équilibre ne peut plus reposer sur la dette », avertit Razón Pública dans son bilan nuancé.
Cette situation financière tendue explique en partie la croissance atone enregistrée durant le mandat de Petro. Si le dernier trimestre 2025 a montré des signes de reprise, avec une croissance autour de 2,5 %, les analystes s’interrogent sur la durabilité d’un modèle économique reposant sur l’endettement. « On est très loin du ‘désastre annoncé’ lorsque la gauche a remporté les élections en 2022 », tempère Razón Pública, mais « le modèle a ses limites ».
Pour rappel, Gustavo Petro a été élu en 2022 sur un programme de gauche, promettant une redistribution des richesses et une lutte renforcée contre les inégalités. Quatre ans plus tard, son bilan économique divise : si les indicateurs sociaux s’améliorent, la santé des finances publiques suscite des inquiétudes croissantes.
La dette publique a dépassé 61,3 % du PIB en 2024, contre 55,5 % en 2023, selon les données rapportées par La Silla Vacía.
Selon El Colombiano, ce n’est « pas les entreprises qui investissent, ni la production des habitants qui mobilise l’économie colombienne, mais l’argent public ». La croissance repose donc largement sur les dépenses de l’État plutôt que sur l’investissement privé ou la production locale.