C’est un chapitre méconnu de l’histoire de la bande dessinée française que David B., auteur et cofondateur de la maison d’édition L’Association, raconte aujourd’hui. Comme le rapporte Franceinfo - Culture, il revient sur la genèse de « Persepolis », l’œuvre de Marjane Satrapi qui, en l’an 2000, a non seulement propulsé la carrière de son autrice, mais surtout sauvé financièrement sa maison d’édition, alors au bord de la faillite.
Ce qu’il faut retenir
- L’Association, fondée en 1990 par David B., Mattt Konture, Patrice Killoffer, Jean-Christophe Menu, Mokeït, Lewis Trondheim et Stanislas, était en difficulté financière à la fin des années 1990 après la publication de Comix2000, un projet ambitieux mais coûteux.
- Marjane Satrapi, alors inconnue, y a été introduite par David B., qui l’a encouragée à transformer ses récits sur l’Iran en bande dessinée.
- Le premier tome de « Persepolis » est publié en 2000 et devient un succès critique et public, sauvant L’Association d’une situation financière critique.
- Après quatre tomes et des adaptations cinématographiques, Marjane Satrapi quitte la bande dessinée en 2004 pour se consacrer au cinéma, un choix dicté par son ambition et une nouvelle opportunité à Hollywood.
Une rencontre décisive dans un atelier parisien
Tout commence il y a trente ans, dans l’atelier Nawak, un lieu de création artistique parisien où se croisent alors des talents émergents. David B., alors jeune auteur engagé dans l’aventure éditoriale de L’Association, y rencontre Marjane Satrapi, une artiste iranienne en quête de reconnaissance. Les deux hommes s’entretiennent longuement de l’histoire, des religions orientales, mais aussi des difficultés de Satrapi à publier des livres pour enfants en France. David B. lui propose alors une solution inattendue : transformer ses récits sur l’Iran en bande dessinée, un format qu’il maîtrise et qu’il peut défendre au sein de sa maison d’édition.
De l’idée au premier tome : une collaboration étroite
La proposition de David B. séduit Marjane Satrapi, qui accepte le défi malgré son ignorance initiale du médium. Elle déclare à David B. : « Moi, je ne connais pas la bande dessinée, je ne sais pas en faire, donc il faut que tu m’aides ». Ensemble, ils structurent l’ouvrage, organisant ses récits fourre-tout en chapitres clairs. David B. joue un rôle clé dans la construction narrative, insistant notamment sur la nécessité de contextualiser l’histoire de l’Iran pour un lectorat français peu familier des réalités politiques et culturelles du pays. Le projet est présenté à L’Association, qui valide sa publication.
Un succès inattendu qui redonne vie à L’Association
Le premier tome de « Persepolis » sort en 2000 et rencontre un succès immédiat, bien au-delà des attentes de ses éditeurs. Pour une maison d’édition comme L’Association, en proie à des difficultés financières après le lancement coûteux de Comix2000 – un recueil collectif de 2 000 pages réalisé par 324 artistes de 29 pays –, ce livre représente une bouffée d’oxygène. David B. se souvient : « Persepolis a sauvé L’Association financièrement. C’est un livre qui lui a apporté une visibilité très importante ». Les demandes d’interviews et les sollicitations médiatiques se multiplient, tandis que les ventes s’envolent. L’ouvrage devient un phénomène culturel, traduisant une partie de l’histoire contemporaine iranienne à travers le prisme d’une autobiographie graphique accessible.
L’après « Persepolis » : Satrapi quitte la bande dessinée pour le cinéma
Après quatre tomes et plusieurs ouvrages supplémentaires, Marjane Satrapi décide en 2004 d’abandonner la bande dessinée. Pour David B., cette décision s’explique par l’ambition de l’autrice et une opportunité cinématographique. En effet, Satrapi se voit proposer l’adaptation de « Persepolis » au cinéma, un projet qui lui ouvre les portes d’une nouvelle visibilité. Le film, co-réalisé avec Vincent Paronnaud, sort en 2007 et remporte le Prix du Jury à Cannes. David B. confie : « C’était quelqu’un de très ambitieux. La bande dessinée, ça ne lui suffisait pas. Très tôt, elle m’avait dit : ‘Je vais aller en Amérique, je vais faire du cinéma à Hollywood.’ » Ce départ marque la fin d’une collaboration éditoriale, mais aussi le début d’une carrière internationale pour Marjane Satrapi, désormais reconnue comme une figure majeure du cinéma d’animation.
Une chose est sûre : l’histoire de « Persepolis » et de L’Association rappelle que, parfois, une rencontre fortuite et une idée audacieuse peuvent bouleverser durablement un secteur entier. Quant à savoir si une telle alchimie se reproduira, l’avenir – et les choix des jeunes talents – le diront.
La maison d’édition avait investi massivement dans Comix2000, un projet collectif de 2 000 pages publié en 1999, fruit du travail de 324 artistes issus de 29 pays. Bien que l’ouvrage ait été salué par la critique, son coût de production élevé avait pesé sur les finances de l’association, la mettant dans une situation précaire avant l’arrivée de « Persepolis ».