Plusieurs hauts responsables comoriens ont demandé au président Azali Assoumani d’autoriser l’évacuation sanitaire de l’ex-président Ahmed Abdallah Sambi, incarcéré et dont l’état de santé se dégrade. Six anciens Premiers ministres avaient déjà lancé cet appel il y a quelques jours ; ils sont désormais rejoints par d’autres personnalités politiques ayant occupé les plus hautes fonctions de l’État.

Selon RFI, cette mobilisation inédite reflète l’inquiétude grandissante autour de la santé de M. Sambi, âgé de 67 ans. L’ancien chef de l’État purge une peine de réclusion à perpétuité dans l’affaire des « passeports dorés », officiellement appelée « l’affaire de la citoyenneté économique ». Les signataires de cet appel humanitaire estiment que sa détention actuelle, dans des conditions qu’ils jugent précaires, aggrave son état et justifie une prise en charge médicale urgente à l’étranger.

Ce qu'il faut retenir

  • Ahmed Abdallah Sambi, 67 ans, est incarcéré aux Comores après une condamnation à la perpétuité dans l’affaire des passeports « économiques ».
  • Son état de santé, en détérioration, suscite des inquiétudes croissantes parmi les responsables politiques du pays.
  • Un groupe de six anciens Premiers ministres a déjà demandé son évacuation sanitaire il y a quelques jours.
  • D’autres dignitaires, ayant exercé des fonctions étatiques majeures, ont rejoint cette demande auprès du président Assoumani.
  • L’affaire des « passeports dorés » concerne la vente de la nationalité comorienne à des investisseurs étrangers entre 2008 et 2016.

L’affaire des passeports « économiques » : le contexte judiciaire de Sambi

L’ex-président Sambi a été condamné en 2022 pour son rôle dans la vente de passeports comoriens à des étrangers, une opération qualifiée de « citoyenneté économique ». Ce programme, lancé durant son mandat, aurait généré des centaines de millions de dollars, mais a été suspendu en 2016 sous la pression internationale, notamment en raison de soupçons de corruption et de blanchiment.

Les Comores ont depuis engagé des poursuites contre plusieurs responsables de cette époque, dont Sambi, qui a toujours nié les accusations. La justice comorienne a retenu contre lui la détournement de fonds publics, la corruption et le trafic d’influence. Sa peine de prison à perpétuité a été confirmée en appel en 2024, alors qu’il purgeait déjà sa peine en détention.

Une mobilisation politique inédite pour des raisons humanitaires

Les six anciens Premiers ministres ayant interpellé le président Assoumani incluent des figures majeures de l’opposition et de la majorité, comme Said Ali Mohamed et Ikililou Dhoinine. Leurs demandes s’appuient sur des rapports médicaux non rendus publics, mais évoquant des problèmes cardiaques et des complications liées à son âge et à ses conditions de détention.

Cette initiative a rapidement gagné en ampleur, avec l’adhésion de ministres sortants, de présidents d’assemblées et de hauts fonctionnaires. «

La santé de l’ex-président est un sujet qui dépasse les clivages politiques. Nous demandons au président de faire preuve d’humanité et d’autoriser cette évacuation
», a déclaré l’un des signataires sous couvert d’anonymat. Selon RFI, certains craignent que l’état de santé de Sambi ne devienne un symbole de tension politique supplémentaire dans un pays déjà marqué par des crises institutionnelles.

Et maintenant ?

Le président Azali Assoumani n’a pas encore réagi officiellement à cette vague de demandes. Une décision pourrait intervenir dans les prochains jours, mais elle dépendra probablement de l’évaluation médicale de Sambi par les autorités sanitaires locales. Si une évacuation était accordée, elle pourrait être organisée vers La Réunion ou la France, deux destinations souvent utilisées pour les soins spécialisés dans la région. Bref, la pression politique et humanitaire s’accentue, mais le dénouement reste incertain.

L’affaire des passeports économiques, quant à elle, continue de peser sur le paysage politique comorien, avec des conséquences juridiques et diplomatiques encore en suspens. Les prochaines étapes pourraient inclure une révision des conditions de détention de Sambi ou une médiation internationale, si la situation sanitaire s’aggrave.

Reste à voir si l’union sacrée autour de cette cause humanitaire suffira à faire plier les autorités, dans un contexte où les tensions politiques restent vives.

Il s’agit d’un programme lancé entre 2008 et 2016 permettant à des investisseurs étrangers d’obtenir la nationalité comorienne en échange d’un investissement, souvent estimé à plusieurs centaines de milliers de dollars. Ce dispositif a été suspendu en 2016 après des révélations sur des irrégularités, notamment la vente de passeports à des personnes suspectées de liens avec le terrorisme ou des réseaux criminels. Selon les autorités, plusieurs centaines de passeports auraient été délivrés illégalement.