À Los Angeles, dans l’un des quartiers les plus réputés pour sa criminalité, un projet sportif inédit a vu le jour : le Compton Football Club, un club de football gratuit et ouvert à tous, lancé à l’occasion de la Coupe du monde 2026. Selon Franceinfo - Sport, cette initiative, financée par Nike, vise à offrir aux jeunes des quartiers défavorisés une chance de pratiquer le soccer sans barrière financière, alors que les coûts des clubs traditionnels américains peuvent atteindre 4 000 dollars par an, équipements non inclus.
Ce qu'il faut retenir
- Le Compton Football Club est le premier club de foot gratuit de Los Angeles, situé dans un quartier connu pour sa criminalité et sa ségrégation sociale.
- Le projet, lancé en début d’année 2026, est financé par Nike et propose des stages gratuits pendant la Coupe du monde, sans licence ni paperasserie.
- Le club compte un seul terrain en gazon synthétique, mais ambitionne de récupérer un ancien terrain de baseball abandonné par les Dodgers.
- L’objectif est de détecter des talents locaux sans passer par le système universitaire américain, souvent critiqué pour son élitisme.
- Le club mise sur la mixité sociale : des enfants noirs, latinos et blancs y jouent ensemble, rompant avec les clivages ethniques et linguistiques des clubs traditionnels.
Un projet né dans l’un des quartiers les plus difficiles des États-Unis
Le Compton Football Club s’est installé dans un quartier de Los Angeles qui porte une réputation tenace, celle d’un territoire marqué par la violence et la pauvreté. Pourtant, depuis une vingtaine d’années, la criminalité a été divisée par deux dans ce secteur, comme le souligne Courrier international. Le terrain du club, un îlot de gazon synthétique entouré de maisons aux fenêtres grillagées, contraste avec les pelouses brûlées par le soleil des alentours. Autant dire que ce projet sportif y représente une bouffée d’air frais.
Depuis le 15 juin 2026, le club accueille des enfants âgés de 6 à 13 ans pour des stages d’une semaine. Au programme : des matchs en demi-terrain, des exercices d’agilité et de coordination, et une initiation tactique. Certains participants viennent de loin pour s’essayer au soccer, séduits par l’esprit gratuit et inclusif du projet. « J’ai fini par enlever mes enfants du Los Angeles Galaxy pour les inscrire ici », confie Max, un Allemand expatrié dans le quartier, vêtu d’un maillot de la Mannschaft.
Un modèle sportif et social inédit en Amérique
Aux États-Unis, le soccer est souvent perçu comme un sport élitiste, où les familles doivent débourser des sommes importantes pour inscrire leurs enfants. Dans les clubs traditionnels, les tarifs annuels peuvent facilement atteindre 4 000 dollars, et les parents doivent fournir eux-mêmes le matériel. Le Compton FC, lui, propose un accès entièrement gratuit, sans licence ni contrat. Une exception dans le paysage sportif américain.
Jean Lopes Teixeira, ancien milieu de terrain du Paris FC et père de Kevin, directeur technique du club, explique cette philosophie : « On ne vous demandera jamais de payer, ni de signer quoi que ce soit. Venez avec vos baskets, et c’est parti. » Le club mise sur l’absence de pression pour permettre aux enfants de s’exprimer librement, sans la pression parentale ou financière qui pèse sur les jeunes footballeurs américains.
Dépasser les clivages ethniques et linguistiques
Le club se veut aussi un outil de mixité sociale. Leland, un père afro-américain venu de Long Beach, à 20 km de Compton, a choisi d’inscrire ses trois enfants dans ce club plutôt que dans un club hispanique majoritaire de Los Angeles. « Les séances y sont souvent en espagnol, et ça peut être une barrière linguistique et culturelle », explique-t-il. Pour lui, le soccer doit rassembler au-delà des origines : « Regardez autour de vous : des Noirs, des Latinos, des Blancs. Quand on aime le soccer, on croit à un certain multiculturalisme. »
Cette diversité est rare dans le soccer américain, où les clubs sont souvent segmentés par ethnie ou par classe sociale. Le Compton FC mise sur cette mixité pour créer un environnement où les enfants peuvent se découvrir et apprendre les uns des autres, loin des stéréotypes qui divisent encore la société californienne.
Un projet sous haute protection et une ambition à long terme
Le club a dû gagner la confiance des habitants du quartier, où la méfiance envers les initiatives extérieures reste forte. Kevin Lopes Teixeira raconte : « Tous les matins, deux hommes boivent un café dans une voiture blanche au coin de la rue. Je vais les saluer chaque jour. Ils m’ont dit : « We got your back » [On te couvre]. Je sais que nous sommes protégés. » Une précaution nécessaire dans un quartier où la réputation de Compton reste liée à son passé gangrené par la violence.
Le projet est soutenu par Nike, qui finance deux initiatives similaires à Los Angeles : l’une à Venice Beach, plus touristique, et l’autre à Compton, qualifiée de « projet iconique » par les responsables. Pour l’instant, le club ne dispose que d’un seul terrain, mais il espère récupérer prochainement un ancien terrain de baseball, abandonné par les Dodgers. À terme, l’objectif est de développer un véritable centre de formation ouvert à tous, où les talents locaux pourraient être détectés sans passer par le système universitaire américain, souvent critiqué pour son coût et son élitisme.
Une initiation au soccer… et à la culture football
Au-delà du terrain, le Compton FC cherche aussi à acculturer les enfants au soccer. Ce jour-là, une projection du match France-Sénégal est organisée dans le réfectoire du club. Pourtant, l’attention des jeunes spectateurs est loin d’être captivée : beaucoup préfèrent jouer au Uno ou au Monopoly plutôt que de regarder le match. Jean Lopes Teixeira le constate avec amusement : « Il n’y a que ceux qui ont des parents européens qui savent regarder un match pendant 90 minutes. »
Un concours de pronostics est organisé en marge du match, avec un maillot des Bleus comme récompense. Une façon ludique de familiariser les enfants avec les enjeux du soccer et de les inciter à s’intéresser à la Coupe du monde. À la fin de la journée, les enfants quittent le terrain, certains avec des étoiles dans les yeux, d’autres avec des rêves de devenir le prochain Pelé ou Mbappé.
En attendant, les enfants continuent de s’entraîner sous le soleil californien, libres de rêver au ballon rond sans se soucier du prix de la licence ou du regard des autres. À Compton, le soccer n’est plus un luxe, mais une chance offerte à tous.
L’inscription est entièrement gratuite et ne nécessite aucune formalité administrative. Il suffit de se présenter sur le terrain du club avec une paire de baskets. Aucune licence ni paperasserie n’est exigée, ce qui en fait un modèle unique aux États-Unis.
Le projet est financé par Nike, qui soutient également un autre club similaire à Venice Beach. Le club a également gagné la confiance des habitants du quartier, qui assurent une présence rassurante aux alentours du terrain.