Trois représentantes de l’Observatoire de la liberté de création ont publié, ce 30 mai 2026 dans Le Monde, une tribune pour alerter sur les risques liés à l’hyperconcentration des médias culturels, notamment après la prise de contrôle du groupe Bolloré dans ce secteur. Elles soulignent que les mécanismes censés protéger la diversité et la liberté de création sont désormais dans le viseur des mouvements d’extrême droite.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois membres de l’Observatoire de la liberté de création publient une tribune dans Le Monde le 30 mai 2026.
  • Elles dénoncent l’hyperconcentration du secteur audiovisuel et cinématographique sous l’impulsion du groupe Bolloré.
  • Les dispositifs de régulation culturelle sont désormais ciblés par l’extrême droite.
  • Les signataires craignent une remise en cause des garde-fous garantissant la liberté de création.

Dans cette tribune, Emmanuelle Mignon, ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Marie-Anne Lescourret, professeure de philosophie, et Claire Chazal, journaliste et écrivaine, rappellent que le cinéma et l’audiovisuel ont jusqu’ici échappé aux dérives observées dans le secteur du livre, grâce à des mécanismes spécifiques. Pourtant, ces dispositifs sont aujourd’hui menacés, alors que l’extrême droite gagne en influence sur les questions culturelles.

Selon elles, la concentration des médias entre les mains de quelques acteurs, comme le groupe Bolloré, réduit la diversité des voix et des contenus disponibles. « Dans le cinéma et l’audiovisuel, les mécanismes permettant d’éviter les mêmes dérives que dans le secteur du livre sont aujourd’hui la cible de l’extrême droite », écrivent-elles. Elles citent en exemple les réformes récentes visant à limiter l’influence des plateformes numériques ou à encadrer les concentrations médiatiques, qui font l’objet de vives critiques de la part de certains partis politiques.

Les trois signataires rappellent que le secteur du livre, bien que moins concentré, a déjà connu des tentatives de censure et des pressions idéologiques. « C’est un avertissement que nous adressons à tous ceux qui pensent que la culture peut se passer de protection », expliquent-elles. Elles insistent sur l’importance de préserver les outils juridiques et institutionnels qui garantissent la liberté de création, comme les aides publiques à la production ou les quotas de diffusion.

Cette tribune intervient alors que le débat sur la régulation des médias et de la culture prend une tournure politique. Plusieurs propositions de loi, portées notamment par des élus d’extrême droite, visent à remettre en cause les dispositifs existants, au nom de la « neutralité » ou de la « liberté d’expression ». Les signataires y voient une stratégie pour imposer une vision restrictive de la création artistique et audiovisuelle.

Et maintenant ?

Les prochains mois devraient être marqués par des débats parlementaires sur plusieurs textes législatifs liés à la régulation des médias et de la culture. Une proposition de loi visant à réformer les aides publiques à l’audiovisuel pourrait être examinée à l’automne 2026, selon des sources proches du dossier. Par ailleurs, l’Observatoire de la liberté de création annonce qu’elle organisera, début juillet, une conférence publique pour détailler ses propositions de protection des mécanismes culturels.

Reste à voir si les pouvoirs publics et les acteurs du secteur prendront la mesure de ces alertes. Les prochaines élections professionnelles dans les institutions culturelles, prévues pour 2027, pourraient aussi redessiner l’équilibre des forces en présence. Une chose est sûre : le débat sur la liberté de création est plus que jamais au cœur des enjeux politiques et sociétaux.

Il s’agit d’une association indépendante créée pour défendre la liberté de création dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du livre et des arts visuels. Elle rassemble des personnalités issues de ces milieux et milite pour le maintien des dispositifs de protection culturelle.