Alors que les rayons des supermarchés regorgent de barquettes de tomates cerises à moins d’un euro, les producteurs français crient à la concurrence déloyale face aux importations en provenance du Maroc. En 2025, près de 275 000 tonnes de tomates cerises marocaines ont été exportées vers l’Europe, selon Franceinfo - Santé. Cette situation met en difficulté les 500 maraîchers français regroupés au sein de l’association « Tomates et Concombres de France », qui dénoncent un déséquilibre économique préjudiciable à leur activité.

Ce qu'il faut retenir

  • 275 000 tonnes de tomates cerises importées du Maroc en Europe en 2025, selon Franceinfo - Santé.
  • Une barquette de 250 g de tomates cerises marocaines vendue 99 centimes d’euro en moyenne, contre 1,29 euro pour une version 100 % française.
  • Le coût de la main-d’œuvre au Maroc est estimé à 1 euro de l’heure, contre environ 15 euros en France.
  • 115 000 tonnes de tomates cerises consommées en France en 2025, en hausse constante depuis 2019.
  • Les producteurs français appellent à une révision de l’accord UE-Maroc signé en 2012, initialement prévu pour la tomate traditionnelle.

Des importations massives qui tirent les prix vers le bas

La colère des producteurs français est particulièrement vive à l’égard des barquettes de tomates cerises allongées importées du Maroc. Vendues en moyenne à 99 centimes d’euro la barquette de 250 grammes, ces produits inondent les rayons des grandes surfaces toute l’année, selon Pierre-Yves Jestin, président de l’association « Tomates et Concombres de France » et également à la tête de la coopérative Savéol. « Il suffit d’aller regarder dans les magasins, c’est une barquette qui est présente douze mois sur douze en fond de rayon à 99 centimes d’euro », a-t-il souligné auprès de Franceinfo - Santé.

Face à cette concurrence, les producteurs français ont lancé une initiative intitulée « barquette souveraine », soutenue par le ministère de l’Agriculture. Celle-ci propose une barquette de 250 grammes de tomates cerises 100 % françaises, vendue à 1,29 euro. Un prix qui reflète les coûts de production bien plus élevés en France, notamment en raison de la main-d’œuvre. « Aujourd’hui, on a un coût de l’heure en France qui doit se situer aux alentours des 15 euros. Quand on compare ça avec le Maroc qui est à 1 euro de l’heure, et en sachant que le premier coût de production sur une tomate cerise, c’est la main-d’œuvre », a expliqué Pierre-Yves Jestin.

Un accord UE-Maroc à l’origine de la crise

Les producteurs français pointent du doigt l’accord commercial signé entre l’Union européenne et le Maroc en 2012. Initialement conçu pour répondre à la demande hivernale de tomates traditionnelles en Europe, cet accord permet aujourd’hui des importations massives de tomates cerises, un produit qui n’était pas couvert à l’époque. « L’accord a été pensé au départ uniquement pour la tomate traditionnelle afin de répondre à la demande des consommateurs en hiver quand il y a peu de production en Europe, ce qui ne correspond plus aux critères qui étaient ceux de l’époque », a rappelé Pierre-Yves Jestin.

Cette situation crée un déséquilibre structurel. Les consommateurs français, de plus en plus friands de tomates cerises — 115 000 tonnes consommées en 2025, contre 90 000 tonnes en 2019 — se tournent naturellement vers les produits les moins chers, sans toujours réaliser l’impact sur les producteurs locaux. Les maraîchers français estiment que cet accord doit être révisé pour éviter une asphyxie de leur filière.

Une filière française sous pression

La coopérative Savéol, dont Pierre-Yves Jestin est le dirigeant, fédère 500 producteurs français répartis sur tout le territoire. Ces derniers assument des coûts de production bien supérieurs à ceux de leurs concurrents marocains, notamment en raison des normes sociales et environnementales françaises. « On ne peut pas rivaliser avec des pays où les normes sociales et environnementales ne sont pas les mêmes que les nôtres », a-t-il déclaré.

Cette situation intervient alors que les ventes de tomates cerises augmentent, portées par les conditions climatiques favorables en France. Pourtant, les producteurs locaux peinent à écouler leurs récoltes à un prix rémunérateur. « On est en train de perdre des parts de marché, et à terme, c’est toute la filière qui est menacée », a-t-il averti. Les maraîchers français appellent donc à une révision urgente de l’accord UE-Maroc pour rétablir une concurrence plus équitable.

Et maintenant ?

Les producteurs français espèrent une renégociation rapide de l’accord commercial entre l’UE et le Maroc, afin de limiter les importations de tomates cerises hors saison européenne. Une telle décision pourrait être discutée lors des prochaines négociations commerciales prévues d’ici la fin de l’année 2026. En attendant, les maraîchers locaux misent sur la mobilisation des consommateurs pour privilégier les produits locaux, malgré un écart de prix qui reste significatif.

Reste à voir si les pouvoirs publics prendront des mesures pour soutenir la filière française, ou si les importations continueront de dominer le marché. Une chose est sûre : la question de la concurrence déloyale ne sera pas résolue sans une réflexion approfondie sur les règles commerciales européennes.

Les tomates cerises importées du Maroc bénéficient d’un coût de production bien inférieur à celui pratiqué en France. La main-d’œuvre marocaine est estimée à environ 1 euro de l’heure, contre 15 euros en France. De plus, les normes sociales et environnementales moins strictes au Maroc réduisent les coûts globaux.

Les producteurs français appellent à une révision urgente de l’accord, initialement prévu pour la tomate traditionnelle. Cependant, toute renégociation dépendra des négociations commerciales entre l’UE et le Maroc, qui pourraient s’étaler sur plusieurs mois. Les prochaines discussions sont prévues d’ici la fin de l’année 2026.