La cour d’appel de Rouen a définitivement tranché dans l’affaire des militants écologistes ayant forcé l’entrée d’une usine Lafarge dans l’Eure à la fin de l’année 2023. Selon Reporterre, la juridiction a confirmé, ce lundi 24 août 2026, les condamnations prononcées en première instance contre les quatre prévenus. Ces derniers risquent désormais des peines allant de six à dix mois de prison avec sursis, assorties d’une amende solidaire de 5 000 euros à l’encontre du géant du ciment.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre militants écologistes condamnés à des peines de six à dix mois de prison avec sursis par la cour d’appel de Rouen.
- Une amende solidaire de 5 000 euros à verser à Lafarge, confirmée en appel.
- L’intrusion s’est produite en décembre 2023 dans une cimenterie située dans l’Eure.
- Les militants, vêtus de combinaisons blanches et masqués, agissaient dans le cadre d’une mobilisation contre les activités industrielles polluantes.
Cette décision judiciaire marque une étape supplémentaire dans une affaire qui avait déjà suscité une vive polémique lors de son jugement initial. D’après Reporterre, les prévenus avaient été accusés de s’être introduits sur le site industriel à la tête d’un groupe d’une cinquantaine de militants, tous vêtus de manière identique. Leur action s’inscrivait dans un mouvement plus large de contestation des émissions de CO₂ liées à la production de ciment, un secteur particulièrement énergivore et polluant.
La défense des militants, qui s’appuyait sur le principe de la désobéissance civile pour justifier leur acte, n’a pas convaincu les juges. Ces derniers ont estimé que l’intrusion, bien que symbolique, constituait une violation de la propriété privée et une atteinte à l’ordre public. « Le tribunal a rappelé que la liberté d’expression ne saurait excuser une entrée par effraction sur un site industriel », a précisé l’un des avocats de la partie civile, cité par Reporterre.
Une action symbolique aux conséquences judiciaires lourdes
L’intrusion du 11 décembre 2023 à la cimenterie Lafarge de Saint-Pierre-lès-Elbeuf avait été revendiquée par plusieurs collectifs écologistes, dont certains affiliés au mouvement « Dernière Rénovation ». Leur objectif affiché était de dénoncer le rôle de l’industrie du ciment dans le changement climatique. Selon les organisateurs, cette action avait pour but d’attirer l’attention sur les émissions de gaz à effet de serre de ce secteur, responsable d’environ 8 % des émissions mondiales de CO₂.
Les images de l’intrusion, diffusées massivement sur les réseaux sociaux, avaient contribué à médiatiser l’événement. Pourtant, malgré la visibilité de leur action, les militants n’ont pas obtenu gain de cause devant la justice. « Nous assumons nos actes, mais nous regrettons que la justice ne prenne pas en compte le contexte climatique », a déclaré l’un des condamnés, dont l’identité n’a pas été révélée. La cour d’appel a, elle, choisi de se tenir à une interprétation stricte du droit, écartant toute dimension militante pour ne retenir que les faits matériels.
Un secteur industriel sous pression environnementale
Cette affaire intervient dans un contexte où le groupe Lafarge, désormais fusionné avec Holcim, fait l’objet d’une attention accrue de la part des associations écologistes et des autorités. Le géant du ciment, dont les sites français sont régulièrement pointés du doigt pour leurs émissions polluantes, a engagé une transition vers des procédés moins carbonés. En 2025, le groupe avait annoncé un plan de réduction de 20 % de ses émissions d’ici 2030, mais ces engagements restent jugés insuffisants par une partie de la société civile.
Les militants condamnés pourraient encore se pourvoir en cassation, mais la probabilité d’un nouveau recours reste faible, selon les observateurs juridiques. Cette décision pourrait, en revanche, servir de précédent pour d’autres affaires similaires impliquant des actions de désobéissance civile dans des sites industriels. « Les juges ont envoyé un signal clair : les actions spectaculaires, même motivées par des causes nobles, ne seront pas tolérées si elles violent la loi », a souligné un juriste spécialisé en droit de l’environnement.
Cette affaire rappelle également les tensions persistantes entre impératifs économiques et enjeux climatiques. Si les militants écologistes estiment que leur combat est légitime, les industriels, eux, soulignent les risques liés aux intrusions, tant pour la sécurité des salariés que pour la continuité de la production. Une chose est sûre : le débat autour des méthodes d’action militante et de leur légitimité judiciaire est loin d’être clos.