Selon Numerama, les allégations de sécurité d’Elon Musk concernant le système de conduite autonome Full Self-Driving (FSD) de Tesla seraient remises en cause par d’anciens employés chargés de former son intelligence artificielle. Une enquête de Reuters, publiée le 28 mai 2026, révèle en effet des divergences majeures entre le discours public de l’entreprise et la réalité vécue en interne.
Ce qu'il faut retenir
- Neuf anciens data labelers (annotateurs de données) et un ingénieur spécialisé en conduite autonome ont témoigné auprès de Reuters sur les limites du FSD de Tesla.
- Tesla comparerait des accidents avec déclenchement d’airbag à des données fédérales incluant tous les accidents nécessitant une dépanneuse, une méthode jugée trompeuse par des experts.
- Un chercheur de l’Université du Michigan estime que le FSD serait environ trois fois plus sûr qu’un conducteur humain, loin des dix fois revendiqués par Tesla.
- Des employés décrivent des situations à risque, comme des Tesla ne respectant pas les distances de sécurité ou les zones de chantier, et un mode « Mad Max » permettant des excès de vitesse de 30 à 50 km/h.
- Dix des onze experts ayant analysé la méthodologie de Tesla auraient conclu à un marketing trompeur plutôt qu’à une analyse de sécurité rigoureuse.
Une méthodologie de comparaison remise en cause
Depuis le déploiement de son système de conduite autonome supervisée, le FSD, Tesla fait régulièrement l’objet de polémiques. Alors que son PDG, Elon Musk, affirme que le logiciel est jusqu’à dix fois plus sûr qu’un conducteur humain, une enquête de Reuters publiée le 28 mai 2026 jette un doute sérieux sur cette assertion. La méthode de comparaison utilisée par Tesla serait en effet biaisée, selon les experts interrogés.
Le constructeur aurait comparé le nombre d’accidents impliquant des véhicules Tesla équipés du FSD (avec déclenchement d’airbag) à des données fédérales incluant l’ensemble des accidents nécessitant une dépanneuse. Or, cette dernière catégorie couvre des situations bien plus variées et moins graves, rendant la comparaison inégale. « Un seuil bien plus large qui ne correspond pas à la même gravité », souligne l’enquête. Pourtant, les données fédérales américaines distinguent clairement les accidents avec airbag, une catégorie que Tesla n’aurait pas utilisée pour ses calculs.
Un écart significatif entre les chiffres officiels et la réalité
Pour évaluer plus justement la sécurité du FSD, Marco Benedetti, chercheur en transport à l’Université du Michigan, a comparé les accidents avec airbag des Tesla à ceux de l’ensemble du parc automobile américain. Résultat : le FSD serait plutôt trois fois plus sûr qu’un conducteur humain, et non dix fois comme le prétend Tesla. Une différence qui s’explique en partie par l’écart d’âge entre les flottes : les Tesla ont en moyenne 4,1 ans, contre 12,8 ans pour le parc automobile global. Les véhicules plus récents, mieux équipés en aides à la conduite, sont naturellement moins accidentogènes.
Par ailleurs, Tesla ne recense les collisions que si elles surviennent lorsque le FSD est activé ou dans les cinq secondes suivant sa désactivation. Pourtant, la réglementation américaine impose de déclarer les accidents jusqu’à trente secondes après l’arrêt d’une aide à la conduite. Une autre distorsion méthodologique pointée par Reuters.
Des employés témoins de dysfonctionnements répétés
Les témoignages recueillis par Reuters auprès de neuf anciens annotateurs de données et d’un ingénieur spécialisé en conduite autonome révèlent des failles concrètes dans le fonctionnement du FSD. Sept des neuf annotateurs déclarent ne pas faire confiance au système pour se faire conduire. L’un d’eux affirme même : « Je ne monterais pas dans un robotaxi Tesla, même si on me payait pour ça. »
Les situations à risque observées en interne sont multiples. Les employés rapportent des Tesla incapables de céder le passage aux véhicules d’urgence, de respecter les distances de sécurité avec les motos, ou encore de freiner correctement dans les bretelles d’autoroute. Un cas extrême ? Une Tesla se serait engagée dans une zone de chantier, manquant de peu des ouvriers. Dans les bureaux de Palo Alto, une équipe surnommée la « trauma team » se concentre sur les quasi-accidents impliquant des piétons. Selon d’anciens employés, des vidéos montrent des Tesla pilotées par le FSD frôlant des enfants ou ne détectant pas des piétons en train de traverser. Des animaux percutés ont également été filmés.
« Assurément, ne faites pas confiance à Elon là-dessus. »
— Un ingénieur de la conduite autonome ayant analysé les données d’accidents de Tesla pendant des années
Des problèmes structurels et des priorités discutables
Parmi les dysfonctionnements structurels, les employés pointent la dépendance exclusive du FSD à la vision par caméra (Tesla Vision). Le risque d’éblouissement des caméras est régulièrement évoqué, tout comme l’incapacité du système à reconnaître correctement certains obstacles ou situations complexes. Par ailleurs, depuis l’introduction d’un mode de conduite plus agressif baptisé « Mad Max », des excès de vitesse de 30 à 50 km/h au-dessus des limitations ont été observés. Un annotateur a même relevé une Tesla roulant à près de 100 km/h dans une zone limitée à 40 km/h. Ces comportements sont considérés comme des « problèmes à faible priorité » par les équipes de développement, selon Reuters.
Pour l’heure, Tesla n’a pas réagi officiellement aux conclusions de Reuters. Elon Musk n’a pas commenté ces révélations sur ses réseaux sociaux. La question reste entière : dans quelle mesure les autorités américaines vont-elles durcir leur contrôle sur le déploiement du FSD, et comment les consommateurs vont-ils réagir à ces nouveaux éléments sur la sécurité réelle du système ?
Le Full Self-Driving (FSD) est un système de conduite autonome développé par Tesla. Il permet une autonomie de niveau 2 à 3 selon les versions, nécessitant une supervision humaine constante. Le constructeur promet une autonomie totale (niveau 5) à l’avenir, mais le FSD actuel reste en phase de test et de déploiement progressif.
Tesla compare les accidents impliquant son FSD (avec déclenchement d’airbag) à des données fédérales incluant tous les accidents nécessitant une dépanneuse, une catégorie bien plus large. De plus, la réglementation exige de déclarer les accidents jusqu’à trente secondes après la désactivation d’une aide à la conduite, contre cinq secondes pris en compte par Tesla. Enfin, l’écart d’âge entre les flottes Tesla (4,1 ans) et américaine (12,8 ans) fausse les comparaisons de sécurité.