L'Allemagne maintient ses contrôles aux frontières intérieures, malgré une demande formelle de la Commission européenne visant à les lever progressivement. Selon Euronews FR, cette position a été réaffirmée par le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, lors d'une réunion des ministres de l'Intérieur de l'UE à Luxembourg, jeudi 4 juin 2026.
Ce qu'il faut retenir
- Dix pays de l'UE appliquent actuellement des contrôles aux frontières intérieures, dont sept invoquent la migration comme justification.
- La Commission européenne a demandé à huit États membres, dont l'Allemagne, de lever ces contrôles, estimant qu'ils ne sont plus nécessaires après les réformes migratoires récentes.
- Le ministre allemand Alexander Dobrindt a déclaré que ces contrôles « fonctionnent » et restent « nécessaires », pointant les refoulements et démantèlements de réseaux de passeurs.
- Le nouveau « règlement sur les retours », adopté lundi, vise à accélérer les expulsions, avec seulement 29 % des migrants sans droit de séjour quittant effectivement l'UE en 2026.
- Parmi les mesures phares du pacte migratoire de l'UE figurent la création de « hubs de retour » hors de l'Union, pour faciliter les éloignements.
Une demande européenne ignorée par Berlin
Lors de la réunion des ministres de l'Intérieur à Luxembourg, Alexander Dobrindt a balayé d'un revers de main la requête de Bruxelles. Pour lui, les contrôles aux frontières intérieures allemandes « fonctionnent ». Dans une déclaration aux journalistes, il a cité plusieurs indicateurs pour justifier cette position : « Le nombre important de refoulements, de cas de migration illégale, les démantèlements de réseaux de passeurs : tout cela montre à quel point ces contrôles aux frontières sont efficaces et c'est pourquoi nous voulons les maintenir », a-t-il expliqué.
Le ministre a également souligné la flexibilité de Berlin dans la gestion de ces dispositifs. « Nous restons toujours flexibles, nous discutons en permanence, nous nous adaptons. Mais oui, nous voulons encore développer les contrôles aux frontières et nous allons continuer à en avoir besoin », a-t-il ajouté. Dobrindt a par ailleurs appelé à une « amélioration de manière significative » de la protection des frontières extérieures de l'Union, dans un contexte de durcissement global des politiques migratoires.
Une politique migratoire européenne en pleine mutation
La Commission européenne justifie sa demande de levée des contrôles par les réformes récentes du pacte migratoire de l'UE. Lundi 2 juin 2026, les États membres et le Parlement européen sont parvenus à un accord sur un texte controversé : le « règlement sur les retours ». Ce dernier prévoit notamment d'accélérer les expulsions des migrants sans droit de séjour, avec pour objectif de renforcer la lutte contre la migration irrégulière. Selon des chiffres officiels, seuls 29 % des personnes concernées quittent effectivement l'UE en 2026.
Parmi les mesures phares de ce texte figure la possibilité pour les États de créer des « hubs de retour » en dehors de l'Union, en collaboration avec des pays tiers. Ces centres, qui peuvent servir de lieux de transit ou de séjour, marquent une rupture avec les règles actuelles en matière de rétention et d'éloignement. Pour Magnus Brunner, commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, ces réformes rendent désormais caducs les contrôles aux frontières intérieures. « Les chiffres... sont en baisse. Nous sommes sur la bonne voie. Les réformes ont été adoptées. Les frontières extérieures sont mieux protégées. Le règlement sur les retours a été décidé », a-t-il déclaré. « C'est le bon moment pour supprimer progressivement ces contrôles aux frontières. »
Dix pays concernés, sept invoquent la migration
En 2026, dix États membres de l'UE appliquent encore des contrôles aux frontières intérieures. Parmi eux, sept pays — l'Autriche, le Danemark, la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et la Slovénie — s'appuient sur la question migratoire pour justifier leur maintien. La Suède complète cette liste, tandis que la Norvège, non membre de l'UE, a également été invitée à assouplir ses dispositifs. La Commission européenne a demandé à ces huit pays de lever progressivement leurs contrôles, une recommandation qu'elle considère comme cohérente avec les nouvelles orientations migratoires de l'Union.
La Pologne, dixième pays à maintenir ces dispositifs, n'a pas reçu de demande spécifique de la part de Bruxelles. Pourtant, ces contrôles, initialement prévus comme temporaires, sont en place depuis plusieurs années dans certains États. Leur persistance reflète les tensions persistantes au sein de l'UE sur la gestion des flux migratoires, malgré les avancées législatives récentes.
Un tournant migratoire salué par les responsables européens
Pour les défenseurs du nouveau pacte migratoire, ces réformes marquent un tournant décisif. « Le tournant migratoire fonctionne en Allemagne et il fonctionne aussi au niveau européen, et nous sommes fermement déterminés à poursuivre résolument dans cette voie avec nos pays voisins et partenaires », a affirmé Alexander Dobrindt. Ce discours s'inscrit dans une logique de durcissement généralisé des politiques migratoires au sein de l'UE, où la priorité est désormais donnée à la réduction des arrivées et à l'accélération des expulsions.
Les « hubs de retour » constituent l'un des symboles de cette nouvelle approche. En permettant aux États de délocaliser une partie du processus d'éloignement en dehors de l'Union, ce dispositif vise à contourner les blocages juridiques et logistiques souvent rencontrés dans les pays d'accueil. Cependant, cette mesure reste sujette à controverse, certains observateurs y voyant une externalisation des responsabilités migratoires et une remise en cause des droits fondamentaux des migrants.
En Allemagne, le gouvernement continue de défendre sa position avec fermeté. Alexander Dobrindt a réaffirmé que Berlin ne relâcherait pas sa vigilance, malgré les critiques de certains partenaires européens. « Nous sommes sur la bonne voie », a-t-il insisté, rappelant que les réformes adoptées en début de semaine visent précisément à réduire la pression migratoire et à améliorer la coordination au sein de l'UE. La balle est désormais dans le camp des autres États membres, qui devront trancher entre la logique de souveraineté nationale et les impératifs de solidarité européenne.
La Commission estime que ces contrôles ne sont plus nécessaires après l'adoption du nouveau « règlement sur les retours » et les réformes migratoires récentes. Selon Bruxelles, ces mesures renforcent la protection des frontières extérieures et facilitent les expulsions, rendant les dispositifs intérieurs obsolètes.
Un « hub de retour » est un centre d'éloignement situé hors de l'Union européenne, permettant aux États membres de délocaliser une partie du processus d'expulsion des migrants sans droit de séjour. Ces structures peuvent servir de lieux de transit ou de séjour temporaire, dans le cadre d'accords avec des pays tiers.