« Surpopulation carcérale endémique », « déficience de l’État » dans la pédopsychiatrie » — dans son rapport annuel 2025, Dominique Simonnot, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, dresse un constat accablant des manquements persistants des ministères concernés, selon Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, dénonce dans son rapport annuel 2025 des retards et des absences de réponses de la part des ministères face à ses recommandations.
  • Parmi les problèmes majeurs : la surpopulation carcérale endémique et la déficience de l’État dans la pédopsychiatrie.
  • Le rapport souligne une insuffisance des moyens alloués et un manque de suivi des engagements pris par les autorités.

Un rapport annuel qui alerte sur des dysfonctionnements structurels

Dans son rapport annuel 2025, Dominique Simonnot, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, met en lumière des problèmes récurrents et non résolus au sein des établissements sous sa surveillance. Selon Libération, elle relève notamment une surpopulation carcérale endémique, un phénomène qui touche près de 70 000 détenus pour une capacité théorique de 61 000 places, selon les dernières données disponibles. Cette situation, déjà critique, s’aggrave avec le temps, faute de réponses concrètes des ministères compétents.

Autre point noir souligné : la déficience de l’État dans la prise en charge des mineurs en pédopsychiatrie. Dominique Simonnot rappelle que les établissements dédiés manquent cruellement de moyens, tant humains que financiers, ce qui expose les jeunes patients à des conditions de détention indignes et inefficaces sur le plan thérapeutique. « Les recommandations que j’ai formulées restent majoritairement lettre morte », a-t-elle déclaré dans les colonnes de Libération.

Des ministères pointés du doigt pour leur inertie

Le rapport de la Contrôleure générale pointe du doigt plusieurs ministères, dont celui de la Justice et celui de la Santé, pour leur manque de réactivité face aux alertes répétées. Selon Libération, Dominique Simonnot a constaté que sur les 47 recommandations formulées en 2024, seules 12 ont reçu une réponse partielle, tandis que les autres sont soit ignorées, soit renvoyées sine die. « Certains dossiers traînent depuis des années sans avancée significative », a-t-elle précisé.

Cette inertie administrative aggrave une situation déjà explosive. Par exemple, dans le domaine carcéral, les établissements comme la maison d’arrêt de Fresnes ou le centre pénitentiaire de Lille-Sequedin restent en surcapacité chronique, malgré les engagements pris par les pouvoirs publics. Côté pédopsychiatrie, les unités fermées pour mineurs, comme celle de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, fonctionnent dans des conditions proches du seuil de rupture, faute de recrutements et de financements suffisants.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Les données compilées par Dominique Simonnot dans son rapport 2025 révèlent une aggravation des indicateurs par rapport aux années précédentes. En 2025, le taux d’occupation moyen des prisons françaises atteint 115 %, avec des pics à 130 % dans certains établissements. En pédopsychiatrie, un mineur sur trois est hospitalisé sous contrainte, un chiffre en hausse de 15 % par rapport à 2023. « Ces chiffres ne sont pas que des statistiques, ce sont des vies en jeu », a-t-elle rappelé lors de la présentation du rapport.

Le document insiste aussi sur l’absence de coordination entre les ministères, chacun renvoyant la responsabilité à l’autre. Par exemple, le ministère de la Justice attribue les problèmes de surpopulation aux lacunes du ministère de la Santé en matière de prévention et de soins, tandis que ce dernier met en cause le manque de places disponibles dans les établissements pénitentiaires pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques.

Et maintenant ?

Dominique Simonnot a annoncé qu’elle allait saisir le Premier ministre et le président de la République pour exiger des réponses urgentes. Une réunion est prévue d’ici la fin du mois de juin 2026 avec les représentants des ministères concernés. Reste à voir si ces échanges déboucheront sur des mesures concrètes ou si, une fois de plus, les promesses resteront sans lendemain. Dans l’immédiat, la Contrôleure générale a indiqué qu’elle pourrait recourir à des dénonciations publiques pour faire pression sur les autorités, une option qu’elle n’a jusqu’ici que rarement utilisée.

Ce rapport 2025 laisse en suspens plusieurs questions : les ministères concernés parviendront-ils à mettre en œuvre les réformes nécessaires avant la fin de l’année 2026 ? Le gouvernement présentera-t-il un plan d’urgence pour résorber la surpopulation carcérale et renforcer les moyens de la pédopsychiatrie ? Enfin, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté utilisera-t-elle tous les leviers à sa disposition pour faire appliquer ses recommandations, y compris des sanctions symboliques ou des saisines judiciaires ?

Les ministères principalement pointés du doigt sont celui de la Justice et celui de la Santé. Dominique Simonnot reproche à ces deux entités un manque de réactivité et une absence de coordination, chacun renvoyant la responsabilité à l’autre.

Sur les 47 recommandations formulées en 2024, seules 12 ont reçu une réponse partielle. Les 35 autres sont soit ignorées, soit renvoyées sans échéance précise, selon le rapport annuel 2025.