Le projet de traduction d’un récit historique de réassignation de genre, publié en Allemagne en 1907, a révélé une divergence éditoriale majeure au sein du Seuil. L’historienne Sonia Combe a été écartée du projet de publication des Mémoires des années de jeune fille d’un homme, signés du pseudonyme N. O. Body, après qu’un débat ait opposé les approches de l’histoire sociale et des études de genre. Selon Le Monde, c’est finalement la postface du philosophe Paul B. Preciado, initialement prévue comme un complément, qui a été mise en avant par l’éditeur, provoquant la rupture avec Combe.
Ce qu'il faut retenir
- Un récit historique rare : Mémoires des années de jeune fille d’un homme, publié en 1907 en Allemagne sous le pseudonyme N. O. Body, est un témoignage exceptionnel d’une réassignation de genre au début du XXe siècle.
- Un projet porté par Sonia Combe : l’historienne a initié la traduction française de ce texte pour le compte des éditions du Seuil, avant d’être écartée du processus éditorial.
- Un conflit éditorial et théorique : le débat a opposé l’histoire sociale, défendue par Combe, et les études de genre, portées par la postface de Paul B. Preciado, qui a finalement été privilégiée.
- Une publication sous conditions : le livre, incluant désormais la postface de Preciado, est sorti des presses du Seuil sans la contribution de Combe, qui a quitté le projet.
Un texte historique au cœur d’un débat contemporain
Les Mémoires des années de jeune fille d’un homme, écrits sous le pseudonyme N. O. Body, retracent le parcours d’une personne ayant vécu une réassignation de genre au début du XXe siècle. Ce témoignage, publié en Allemagne en 1907, est considéré comme un document rare dans l’histoire des questions de genre. Sonia Combe, spécialiste de l’histoire sociale et des archives, a proposé au Seuil de traduire et publier ce texte en français, comme le rapporte Le Monde. Le projet initial s’inscrivait dans une démarche d’analyse historique et sociologique, visant à éclairer les représentations de l’identité de genre à une époque où les catégories modernes n’existaient pas encore.
Pourtant, ce travail éditorial a rapidement pris une tournure inattendue. Le Seuil a en effet choisi de mettre en avant une postface rédigée par le philosophe Paul B. Preciado, figure majeure des études de genre. Ce choix a déclenché un conflit interne, opposant deux visions : d’un côté, une approche historique et contextualisée, de l’autre, une lecture contemporaine ancrée dans les théories queer et les études de genre. Combe a finalement été écartée du projet, tandis que la postface de Preciado a été intégrée comme élément central de l’ouvrage.
Deux visions du genre en opposition
Le différend entre Sonia Combe et le Seuil illustre les tensions persistantes entre histoire sociale et études de genre. Pour l’historienne, la traduction de ce texte devait servir avant tout à éclairer un contexte historique précis, sans projection théorique contemporaine. Elle a ainsi défendu une approche rigoureuse, centrée sur l’analyse des archives et des discours de l’époque. Le Monde souligne qu’elle considérait ce travail comme une contribution à l’histoire des identités, et non comme un plaidoyer pour les théories actuelles.
À l’inverse, la postface de Paul B. Preciado propose une lecture résolument contemporaine, inscrite dans le débat actuel sur la déconstruction des normes de genre. Selon des sources proches du dossier, le philosophe a choisi d’y développer une analyse critique des récits historiques à travers le prisme des études queer. Ce choix éditorial a provoqué une rupture avec Combe, qui a jugé que la publication s’éloignait de son intention initiale. Le Seuil, de son côté, a confirmé son engagement en faveur d’une approche pluridisciplinaire, combinant histoire et théorie critique.
Les conséquences d’un conflit éditorial
L’affaire a mis en lumière les enjeux de la publication de textes historiques dans un contexte marqué par les débats sociétaux. Pour Sonia Combe, cette expérience a révélé les limites d’un éditeur confronté à des tensions entre rigueur historique et actualité militante. Dans un communiqué, elle a indiqué avoir quitté le projet, estimant que la publication ne reflétait plus son travail. Le Monde précise qu’elle n’a pas souhaité commenter davantage, mais que cette décision marque une divergence profonde sur la manière de traiter des récits historiques sensibles.
Du côté du Seuil, la direction a justifié son choix en insistant sur la nécessité de proposer un ouvrage accessible et engageant, tout en intégrant les débats contemporains. Le livre, désormais publié avec la postface de Preciado, est présenté comme un dialogue entre passé et présent. Cette controverse rappelle également les défis auxquels sont confrontés les éditeurs lorsqu’ils publient des textes historiques dans un contexte où les enjeux sociétaux évoluent rapidement.
Cette affaire soulève enfin une question plus large : comment concilier la rigueur historique et l’engagement contemporain dans la publication de textes du passé ? Le cas des Mémoires de N. O. Body pourrait bien devenir un exemple des défis auxquels seront confrontés les éditeurs et les chercheurs dans les années à venir.
N. O. Body est le pseudonyme d’un auteur allemand ayant publié en 1907 un récit autobiographique intitulé Mémoires des années de jeune fille d’un homme. Ce texte est considéré comme un témoignage rare d’une réassignation de genre au début du XXe siècle, offrant un éclairage sur les représentations de l’identité de genre à cette époque. Son identité réelle reste inconnue.
