À l’issue de douze jours de négociations à Oulan-Bator, la Conférence des parties (COP17) de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification a abouti à un engagement financier historique de 1,3 milliard de dollars. Cette somme, répartie entre nouveaux financements et projets en préparation, vise à restaurer les terres dégradées et renforcer la résilience face à la sécheresse dans 23 pays sur cinq continents, d’après Euronews FR.
Ce qu’il faut retenir
- 1,3 milliard de dollars de financements annoncés pour la restauration des terres et la résilience climatique, dont 644,5 millions de nouveaux engagements et 216,4 millions déjà confirmés.
- 40 % des terres arables mondiales sont touchées par la dégradation des sols, menaçant 3,2 milliards de personnes en sécurité alimentaire et hydrique.
- La Mongolie, pays hôte, voit 77 % de son territoire dégradé, avec une avancée annuelle du désert de Gobi de plusieurs milliers d’hectares.
- Un déficit de financement annuel de 280 milliards de dollars persiste pour atteindre les objectifs de restauration des terres, estimés à 355 milliards par an.
- 198 initiatives présentées lors de la COP17, contre 35 en 2024, reflétant une mobilisation accrue des États.
- Une alliance sino-arabe pour un plan quinquennal de restauration des terres a été officialisée.
Pourtant, les négociations ont confirmé une fois encore la difficulté à adopter un texte juridiquement contraignant. Les grandes puissances, remettant en cause le multilatéralisme, ont limité l’ambition d’un accord global. Mais la COP17 s’est recentrée sur des résultats concrets, comme l’a souligné le Premier ministre mongol Nyam-Osoryn Uchral : « Nous avons longuement parlé et multiplié les déclarations. Il est temps de transformer ces paroles en actes ».
Un enjeu planétaire : des sols dégradés à l’origine de crises multiples
Le constat posé dès l’ouverture de la COP17 est sans appel : 40 % des terres arables de la planète sont en cours de désertification, selon les données de l’UNCCD. Cette dégradation progressive prive des 3,2 milliards d’humains de ressources essentielles, déclenchant des crises en cascade. « La désertification peut se traduire par une crise alimentaire, car une fois les terres dégradées, impossible de cultiver. Les populations se retrouvent face à un double problème : sécurité alimentaire et hydrique, aggravé par les migrations forcées », a expliqué Yasmine Fouadh, secrétaire exécutive de l’UNCCD.
Le Dr Osama Faqeeha, conseiller de la COP16, a rappelé l’ampleur du phénomène : « Quatre-vingt-dix pour cent de notre alimentation provient de la terre, et 99,8 % de nos calories. Les sols stockent aussi trois fois plus de CO₂ que l’atmosphère ». Une dégradation accélérée par le changement climatique et la perte de biodiversité, qui alimente à son tour le cercle vicieux de l’aridification.
Un appel aux financements privés et publics pour inverser la tendance
Face à l’urgence, la COP17 a mis en lumière un déficit de financement colossal : 280 milliards de dollars manquants chaque année pour atteindre les objectifs de restauration, alors que seulement 70 milliards sont actuellement mobilisés. « L’inaction coûte 900 milliards de dollars par an. Un investissement dans des terres saines pourrait générer jusqu’à 1 800 milliards », a rappelé Gim Huay Neo, directrice générale au Forum économique mondial. Pourtant, les terres et l’eau ne captent que moins de 3 % des financements climatiques, alors que des secteurs comme l’intelligence artificielle bénéficient de montants comparables (2 000 milliards annuels).
Les 1,3 milliard de dollars annoncés à Oulan-Bator, dont une partie a déjà été confirmée et mise en œuvre, proviennent d’un partenariat inédit entre gouvernements, banques de développement et investisseurs privés. Le vice-Premier ministre mongol Togmid Dorjkhand, qui présidait la session ministérielle dédiée aux finances, a salué cette mobilisation : « Les gouvernements ont mobilisé plus d’un milliard. Avec l’apport du secteur privé, ce sont 2,1 milliards qui sont désormais sur la table ».
La Mongolie mise sur ses atouts pour attirer les investisseurs
Le pays hôte a profité de la COP17 pour promouvoir des avantages structurels en vue d’attirer des projets durables. 98 % des terres mongoles appartiennent à l’État, simplifiant les procédures d’implantation. La ministre du Développement numérique, Chinbat Nomin, a détaillé une nouvelle loi garantissant la souveraineté des données : « Les centres de données seront traités comme des ambassades numériques, assurant sécurité et connectivité. Cela pourrait séduire des investisseurs souhaitant desservir le marché chinois tout en conservant leurs données hors du pays ».
Parmi les autres atouts mis en avant : un coût énergétique faible et des économies de 40 % sur le refroidissement grâce aux hivers rigoureux. Ces arguments ont déjà retenu l’attention de plusieurs acteurs, bien que le détail des projets n’ait pas encore été rendu public.
Réseautage et solutions concrètes : quand la science rencontre l’action locale
La COP17 a dépassé le cadre des négociations intergouvernementales grâce à une « zone verte » ouverte au public dès le deuxième jour. Plus de 400 événements y ont été organisés, réunissant scientifiques, entrepreneurs et société civile. Près de 60 organisations y ont présenté leurs innovations, tandis que des milliers de visiteurs ont pu échanger directement avec les acteurs de terrain.
Parmi les initiatives phares : la « Muraille verte de Chine », un projet de reboisement massif pour endiguer l’avancée des déserts. L’Ouzbékistan, où plus de 70 % du territoire est déjà désertifié, a partagé son expérience, notamment un système d’alerte précoce contre les tempêtes de sable et un ambitieux plan de plantation d’un milliard d’arbres de saksaoul. « Nous croyons en la science et sommes prêts à partager nos connaissances », a déclaré Bakhtiyor Pulatov, recteur de l’Université d’Asie centrale pour les études environnementales.
Les responsables locaux ont également joué un rôle clé. Le maire d’Oulan-Bator a organisé le premier forum des maires, réunissant 30 pays. Les participants ont signé une déclaration commune pour s’associer aux futures négociations nationales et créer, sous 90 jours, un réseau de villes en zones arides.
Pour l’UNCCD, l’enjeu est désormais de réduire l’écart entre promesses et réalisations. Comme l’a rappelé Yasmine Fouadh : « Le monde a toujours su fixer des objectifs. Ce qui manque, c’est la mise en œuvre ».
Parmi les 23 pays concernés figurent la Mongolie, l’Ouzbékistan, la Chine, plusieurs États africains (notamment au Sahel) et des nations d’Amérique latine. Le détail par pays n’a pas été précisé lors de la COP17, mais les projets ciblent des zones où la dégradation des sols menace directement les populations, comme l’a confirmé Togmid Dorjkhand.
Une partie des fonds servira à restaurer les 77 % de terres dégradées du pays, notamment dans la région du désert de Gobi. L’autre volet concerne des investissements dans des infrastructures durables, comme les centres de données, et des projets d’agriculture résiliente au climat. La ministre Chinbat Nomin a insisté sur l’attractivité juridique offerte aux investisseurs.