La Côte d’Ivoire fait face à une menace phytosanitaire majeure après la détection, dans l’ouest du pays, d’une souche virale particulièrement agressive sur les plantations de manioc. Originaire d’Ouganda, ce virus, jusqu’ici inconnu dans la sous-région, pourrait compromettre une partie de la production nationale, selon France 24.

Ce qu'il faut retenir

  • Une souche virale agressive, originaire d’Ouganda, a été identifiée dans des cultures de manioc situées dans l’ouest de la Côte d’Ivoire.
  • Cette découverte place le pays en état d’alerte, les autorités craignant une baisse significative des récoltes.
  • Des mesures de prévention sont mises en place pour éviter la propagation du virus.

Les premières analyses, réalisées par les services phytosanitaires ivoiriens en collaboration avec des experts internationaux, confirment la présence du pathogène dans plusieurs zones agricoles du district de Montagnes, frontalier avec la Guinée et le Liberia. Côté production, le manioc occupe une place centrale dans l’économie locale : selon la FAO, le pays figure parmi les dix plus grands producteurs mondiaux, avec une récolte annuelle estimée à 5,2 millions de tonnes en 2025.

Le virus, identifié sous le nom de Cassava Brown Streak Virus (CBSV) – déjà responsable de dégâts majeurs en Afrique de l’Est –, se caractérise par sa capacité à réduire drastiquement les rendements. «

Les symptômes observés sur les plants – jaunissement des feuilles, nécrose des tiges et pourriture des racines – correspondent à ceux décrits pour le CBSV. Les analyses en laboratoire sont en cours pour confirmer son identité exacte
», a déclaré Dr. Adama Coulibaly, directeur de l’Institut de recherche sur les cultures vivrières (IER), cité par France 24.

Dès l’annonce de la découverte, le gouvernement ivoirien a réagi en activant son plan de contingence. Une cellule de crise, placée sous l’égide du ministère de l’Agriculture, a été constituée pour coordonner les actions de surveillance et de lutte. «

Nous avons immédiatement interdit les déplacements non essentiels des plants de manioc entre les régions, et nous renforçons les contrôles aux frontières
», a précisé Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre de l’Agriculture, lors d’une conférence de presse à Yamoussoukro.

Les experts locaux et internationaux appellent à la prudence. «

La rapidité de la réponse sera déterminante. Une propagation incontrôlée pourrait, à terme, affecter non seulement les exportations, mais aussi la sécurité alimentaire des populations
», a souligné Dr. Coulibaly. En effet, le manioc représente une source majeure de calories pour des millions de foyers en Afrique de l’Ouest, où il est consommé sous forme de attiéké, de gari ou de placali.

Et maintenant ?

Dans les prochaines semaines, les autorités ivoiriennes devraient annoncer des mesures complémentaires, notamment la distribution de plants résistants et la formation des agriculteurs aux techniques de détection précoce. Une mission d’experts de l’Organisation africaine de lutte contre les ravageurs des plantes (OALCP) est attendue sur place d’ici la mi-juin pour évaluer l’ampleur de l’infestation et proposer un plan d’action régional. Reste à voir, toutefois, si ces initiatives suffiront à contenir la menace avant les prochaines récoltes, prévues en septembre.

Cette crise survient alors que la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, cherche à diversifier ses cultures pour réduire sa dépendance aux cours internationaux. Une éventuelle baisse de production de manioc, deuxième culture vivrière du pays, pourrait fragiliser davantage un secteur agricole déjà sous tension. Pour l’heure, les autorités appellent à la vigilance, sans céder à la panique.

Les prochaines semaines seront cruciales : l’évolution de la situation dépendra de la capacité des acteurs locaux à appliquer les protocoles sanitaires et à limiter les risques de contamination.