À Los Angeles, comme dans les autres villes américaines accueillant la Coupe du monde 2026, les dépenses des supporters dépassent souvent l’entendement. Entre parkings à 300 dollars, bières à 49 dollars ou billets à plusieurs milliers d’euros, l’édition organisée aux États-Unis se révèle la plus onéreuse de l’histoire du tournoi. Comme le rapporte Franceinfo - Sport, fans étrangers et locaux rivalisent d’ingéniosité pour financer leur passion, au risque de vider leur portefeuille.
Ce qu'il faut retenir
- Un parking à 300 dollars et 13 minutes de marche pour accéder au SoFi Stadium de Los Angeles, soit le prix à payer avant même d’assister à un match.
- Des bières à 49 dollars dans un bar proche du stade, taxes et pourboire inclus, un tarif qui fait grincer des dents les supporters étrangers.
- Un billet à 1 200 euros pour voir l’équipe du Paraguay s’incliner 4-1 face aux États-Unis, un investissement qui laisse un goût amer à certains.
- Un budget de 10 000 euros pour suivre dix matchs en vingt jours, comme l’a économisé Daniel O’Brian, supporter néo-zélandais.
- 9 000 dollars (7 800 euros) dépensés par Jason, un Américain venu de Floride en voiture pour suivre l’équipe nationale, qui dort dans sa voiture faute de moyens.
- Un nom affiché sur l’écran géant du stade pour 79 dollars, une option prise par Kenta Nakano pour promouvoir son salon de coiffure.
Des prix exorbitants qui laissent les supporters étrangers sur la touche
Valentina Reyes, venue du Paraguay pour encourager l’Albirroja, a eu un choc en découvrant le prix des bières dans un bar proche du SoFi Stadium : 49 dollars pour trois bières, taxes et pourboire compris. « Chéri, c’est 39 dollars les trois bières… Ah, non : 44 avec les taxes, et même 49 avec le pourboire… », a-t-elle confié à son compagnon, visiblement sous le choc. Le couple avait pourtant déjà déboursé l’équivalent de 1 200 euros pour un billet situé derrière un but, un prix qui leur a semblé démesuré après la défaite 4-1 de leur équipe face aux États-Unis.
Pour beaucoup de supporters étrangers, l’addition devient vite insoutenable. Subasa Kyoka, un Japonais venu spécialement pour la Coupe du monde, a dû se contenter d’une « fan fest » à Los Angeles après avoir dépensé 1 100 euros en vol, 900 euros en hôtel et 400 euros en nourriture. « Personne au pays n’a voulu m’accompagner. Ils trouvaient ça dommage de ne pas aller au stade. Ils ont raison, mais un billet de match ne rentrait plus dans mon budget… », explique-t-il, assis sur un siège en plastique du Memorial Coliseum.
Les Américains, pris au piège du « chez soi »
Pour les supporters américains, l’organisation de la Coupe du monde sur leur sol devait offrir une accessibilité inédite. Pourtant, les tarifs pratiqués laissent perplexes. Jason, un mécanicien de l’US Army originaire de Floride, a parcouru 3 900 km en voiture pour rejoindre Los Angeles. « Ça m’a pris quoi, une cinquantaine d’heures ? » Les billets pour le premier tour lui ont coûté 3 700 dollars (3 200 euros), et son budget essence s’élève à 500 dollars. Sans compter les vacances qu’il a posées pour suivre son équipe jusqu’aux huitièmes de finale – et plus si l’équipe se qualifie pour les phases suivantes. « Je prendrai un congé sans solde, je ne peux pas louper ça », lance-t-il, déterminé.
Sa famille a participé à l’effort : « Pour mon anniversaire, ma femme m’a offert un compte en banque sur lequel elle économise depuis quatre ans. » Malgré cela, Jason dort dans sa voiture : « Il y a la place. » Pour lui, le Mondial à domicile a un « petit goût amer ». « Je suis aussi abonné aux Jacksonville Jaguars [une équipe de football américain]. Ça me coûte 900 dollars à l’année. Je ne sais pas où ça a déconné pour cette Coupe du monde… »
Des supporters prêts à tout sacrifier pour une « fois dans une vie »
Carolyn et son compagnon Josh, voisins de Los Angeles, ont acheté leurs billets la veille du match à 800 dollars pièce. « Ça peut paraître cher, mais vous avez vu les prix des billets pour la finale NBA entre les Knicks de New York et les Spurs de San Antonio ? » rétorque Carolyn, justifiant son achat. Cet argument est d’ailleurs celui avancé par Gianni Infantino, le président de la Fifa, qui estime que sous les 300 dollars, le tournoi serait « bradé ». Une logique que Carolyn assume : « C’est une fois dans une vie. » D’ailleurs, elle a déjà réservé ses billets pour les JO de Los Angeles en 2028, à 250 dollars par personne.
« Comme un adolescent qui veut une console de jeux, j’ai économisé pour m’offrir ce cadeau. »
Daniel O’Brian, supporter néo-zélandais
Lee et Scott, un père et son fils néo-zélandais, ont quant à eux prévu un budget de 5 000 euros pour un seul match. « Comme notre pays n’a pas l’occasion de participer souvent à la Coupe du monde, on en profite », expliquent-ils. Leur argument est simple : « Le vol pour Los Angeles est direct, alors c’est quasiment une Coupe du monde à la maison. »
Des alternatives pour les budgets serrés… ou créatifs
Face à des tarifs jugés abusifs, certains supporters trouvent des moyens détournés pour profiter du spectacle. Kenta Nakano, un entrepreneur japonais, a eu l’idée de faire de la publicité pour son salon de coiffure « Nanana Parena ». Pour 79 dollars, il a pu afficher son nom sur l’écran géant du stade de Dallas pendant le match Pays-Bas-Japon. « Au début, je me disais que c’était quand même de l’argent gaspillé. Mais plusieurs clients m’ont envoyé des photos, alors… », confie-t-il. Depuis, il a renouvelé l’opération pour dix matchs supplémentaires.
D’autres, comme Alex, un Californien supporter des Pays-Bas, surveillent nerveusement les applications de billetterie en espérant décrocher un ticket pour le match de son équipe contre la Tunisie. Sa compagne, Kristin, a revêtu le maillot orange « plus par solidarité ». « Je sens qu’il va me sortir l’argument *c’est qu’une fois dans notre vie*, et qu’est-ce que vous voulez que je réponde ? », soupire-t-elle, résignée.
Déjà, certains commencent à comparer les dépenses engagées avec celles des prochains grands événements sportifs. La finale de la NBA entre les Knicks de New York et les Spurs de San Antonio a servi de référence à Carolyn. Mais à 250 dollars pour les JO de 2028, la Coupe du monde reste un luxe – même si, pour beaucoup, c’est « une fois dans une vie ».
Selon Franceinfo - Sport, la Fifa justifie ces tarifs par le niveau d’exigence de l’événement. Gianni Infantino, son président, a déclaré que des billets à moins de 300 dollars seraient « brader » le tournoi. Les organisateurs américains misent sur une expérience « premium », avec des infrastructures haut de gamme et une logistique complexe.
Oui. Les « fan fests », ces zones de retransmission en direct installées dans plusieurs villes américaines, offrent une solution à moindre coût. Subasa Kyoka, un supporter japonais, a ainsi dépensé 2 400 euros pour profiter de l’ambiance sans acheter de billet de stade. Les retransmissions publiques, souvent gratuites, permettent aussi de suivre les matchs dans une ambiance festive.