À moins de deux semaines du coup d’envoi, la FIFA promet une manne de 30,5 milliards de dollars (26,1 milliards d’euros) de retombées économiques pour les trois pays organisateurs des États-Unis, du Canada et du Mexique. Pourtant, selon Euronews FR, cette édition 2026, la plus grande de l’histoire avec 48 équipes et 16 villes hôtes, pourrait décevoir les attentes en matière de croissance durable.

Ce qu'il faut retenir

  • La FIFA table sur 40,9 milliards de dollars (35 milliards d’euros) de PIB supplémentaire à l’échelle mondiale, et 824 000 emplois créés.
  • Les dépenses totales s’élèveraient à 14 milliards de dollars (12 milliards d’euros), dont 11 milliards pour les États-Unis.
  • Les retombées pour le Mexique (3 milliards de dollars) représentent une part plus significative de son PIB, contrairement aux États-Unis où l’impact serait marginal.
  • Près de 80 % des hôtels interrogés aux États-Unis signalent des réservations en deçà des prévisions, évoquant des difficultés de visas et des coûts élevés.
  • Les précédents Mondiaux ont montré que les budgets sont régulièrement dépassés, avec une moyenne de 172 % de dépassement.

La Coupe du monde 2026 s’annonce comme un géant économique sur le papier. Selon les projections de la FIFA, les trois pays organisateurs — les États-Unis, le Canada et le Mexique — devraient bénéficier d’une injection de 30,5 milliards de dollars (26,1 milliards d’euros) dans leurs économies. À l’échelle mondiale, l’organisation table même sur un supplément de 40,9 milliards de dollars (35 milliards d’euros) de PIB, ainsi que la création de 824 000 emplois directement ou indirectement liés au tournoi. Pourtant, comme le rapporte Euronews FR, ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils, pourraient bien ne refléter qu’une partie de la réalité.

Le coût total de l’organisation est estimé à 14 milliards de dollars (12 milliards d’euros), dont plus de 11 milliards pour les seuls États-Unis. Ces dépenses couvrent l’organisation du tournoi, les infrastructures et les investissements des villes hôtes. Pour autant, les experts de la banque danoise Saxo mettent en garde : ces prévisions enjolivent l’impact réel. « Les recettes anticipées par la FIFA sont souvent surévaluées », souligne l’institution dans une analyse récente. Une mise en garde qui rappelle que les méga-événements sportifs ont tendance à générer des bénéfices bien inférieurs aux promesses initiales.

Un impact économique marginal pour les États-Unis

Pour les États-Unis, première économie mondiale, l’apport de 17 milliards de dollars (14,5 milliards d’euros) de PIB supplémentaire — soit moins de 0,1 % de son produit intérieur brut — semble bien modeste. Les analystes soulignent que cette somme représente un moteur de croissance marginal pour un pays dont l’économie pèse plus de 25 000 milliards de dollars. Les secteurs les plus touchés seraient les loisirs, l’hôtellerie et la restauration, avec des gains concentrés dans quelques grandes villes comme Houston, New York ou Dallas.

Le Mexique, en revanche, pourrait tirer un bénéfice plus tangible de l’événement. Les retombées y sont estimées à 3 milliards de dollars (2,57 milliards d’euros), soit entre 0,2 % et 0,5 % de son PIB. Des villes comme Guadalajara, Monterrey et Mexico devraient enregistrer une hausse d’activité plus marquée, en raison d’une économie plus dépendante du tourisme et des services. Le Canada, de son côté, prévoit des retombées de 3,8 milliards de dollars canadiens (2,36 milliards d’euros), mais ces chiffres doivent être nuancés au regard des dépenses publiques engagées.

Des risques bien réels : budgets dépassés et « éléphants blancs »

L’histoire des Coupes du monde passées rappelle que les dépassements de budget sont la norme. Selon une étude du professeur Bent Flyvbjerg de l’université d’Oxford, les méga-événements sportifs dépassent en moyenne leurs budgets de 172 %. La raison ? Une Coupe du monde ne peut être reportée : lorsque des retards surviennent sur des projets d’infrastructures, les organisateurs n’ont d’autre choix que d’accélérer les travaux, souvent au prix de coûts supplémentaires supportés par les finances publiques. Le Mondial 2022 au Qatar, avec un budget final de près de 220 milliards de dollars (188,6 milliards d’euros), reste l’exemple le plus frappant de cette dérive.

Un autre risque majeur concerne la création d’infrastructures inutilisées après le tournoi. Les « éléphants blancs » — ces stades et équipements devenus des gouffres financiers faute de fréquentation — ont marqué des éditions passées. L’« Arena da Amazônia » au Brésil, construite pour la Coupe du monde 2014, en est un symbole. Pour 2026, la situation est différente : les trois pays organisateurs disposent déjà de la plupart des enceintes nécessaires, exploitées par des franchises sportives rentables. Le risque de voir émerger des « éléphants blancs » est donc bien moindre cette fois-ci. Malgré cela, les pays hôtes devraient, selon les analystes, dépasser leur budget initial.

Une demande en demi-teinte et des défis persistants

La principale inquiétude concerne désormais la demande. Une enquête menée par l’American Hotel and Lodging Association auprès de plus de 200 établissements dans les 11 villes hôtes américaines révèle que près de 80 % des hôtels enregistrent des réservations en deçà de leurs prévisions. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : des difficultés d’obtention de visas pour les visiteurs étrangers, un contexte géopolitique tendu, et surtout, des prix élevés des billets et des déplacements. Certains hôteliers n’hésitent pas à qualifier le tournoi de « non-événement ».

Les analystes d’Oxford Economics rappellent que même lorsque la demande est au rendez-vous, les bénéfices économiques restent limités dans le temps et l’espace. Les hausses d’activité dans les secteurs concernés sont souvent compensées par des effets de substitution : l’afflux de touristes pour la Coupe du monde peut simplement déplacer des visiteurs habituels plutôt que d’en attirer de nouveaux. Pour les États-Unis, dont l’économie est colossale, l’impact global sur le PIB serait à peine perceptible. Les bénéfices macroéconomiques globaux s’avèrent donc limités, comme le confirment les études menées sur les éditions précédentes.

Et maintenant ?

La Coupe du monde 2026 s’ouvre officiellement le 11 juin, avec un premier match opposant les États-Unis au Mexique au Stade Azteca à Mexico. D’ici là, les organisateurs devront composer avec une fréquentation en demi-teinte et des retombées économiques qui pourraient décevoir. Les prochains jours seront déterminants pour évaluer l’ampleur réelle de l’impact, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie et des transports. Les chiffres définitifs ne tomberont qu’après l’événement, mais une chose est sûre : la Coupe du monde 2026 ne transformera pas les économies des pays hôtes.

Les économistes s’accordent sur un point : la Coupe du monde 2026 doit être perçue comme une redistribution temporaire de l’activité plutôt que comme un levier de croissance structurelle. « Une partie de la croissance du PIB se matérialisera cet été, mais elle sera temporaire, localisée et, pour la première économie mondiale, à peine perceptible à l’échelle agrégée », résume une analyse conjointe d’Oxford Economics et Saxo Bank. En d’autres termes, le plus grand spectacle footballistique de la planète pourrait bien rester discret pour les économies nationales.

Les prévisions de la FIFA sont souvent critiquées car elles reposent sur des modèles optimistes qui ne tiennent pas compte des réalités économiques. Les études montrent que les retombées réelles sont généralement bien inférieures aux annonces, en raison de dépassements de budget, de la substitution d’activités existantes, et d’un impact limité dans le temps et l’espace.