À peine la Coupe du monde 2026 achevée, la Fifa de Gianni Infantino relance la polémique avec un projet d’ouverture de son capital à des investisseurs privés. Une initiative que dénonce une large partie du football mondial, à commencer par l’UEFA, la Concacaf et l’AFC, selon RMC Sport.
Ce qu'il faut retenir
- Projet de société commerciale : La Fifa envisage de créer une filiale commerciale pour ouvrir jusqu’à 20 % de son capital à des investisseurs, avec une valorisation estimée à 20 milliards de dollars.
- Fronde générale : L’UEFA, la Concacaf, l’AFC, la FFF, la FA anglaise et l’Union européenne rejettent le projet, dénonçant un manque de transparence et une « commercialisation effrénée ».
- Menace de boycott : L’UEFA a annoncé qu’elle pourrait boycotter la Coupe du monde 2030, organisée en partie en Europe, si le projet est adopté.
- Soutien limité : Seule la Confédération africaine (CAF) soutient officiellement le projet, tandis que la Fédération tchèque se dit prête à étudier la proposition.
- Échéance fixée : Les fédérations ont jusqu’au 19 septembre pour donner leur accord, sous peine de voir leurs dotations réduites.
Une initiative qui divise le football mondial
La Fifa a confirmé mardi son intention de créer une société commerciale dédiée à la gestion des droits commerciaux de la Coupe du monde et d’autres compétitions, avec l’objectif d’y associer des investisseurs privés. Selon RMC Sport, cette structure serait valorisée à près de 20 milliards de dollars, et la Fifa en conserverait le contrôle majoritaire. Le fonds d’investissement Thrive Eternal, lié à la famille Kushner et à l’entourage de Donald Trump, serait en tête de course pour devenir partenaire.
Pourtant, l’annonce a provoqué une vague de réactions hostiles. Dès mardi, l’UEFA a qualifié le projet d’« attaque absolue contre le football » et a menacé de boycotter la Coupe du monde 2030, coorganisée par l’Espagne, le Portugal et le Maroc. « La Coupe du monde n’est pas à vendre », a martelé l’instance européenne dans un communiqué, rappelant que l’événement « constitue l’un des plus grands héritages du football, construit par les joueurs, les équipes nationales et les supporters ».
L’UEFA et les grandes fédérations en première ligne
L’UEFA n’est pas la seule à s’opposer frontalement au projet. La Concacaf, qui regroupe 41 fédérations d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, a rejeté jeudi le plan de la Fifa, dénonçant un « délai artificiellement court » et un manque de consultation. « Aucune partie de cet héritage ne devrait jamais être cédée à des investisseurs privés », a insisté l’instance, aux côtés de laquelle se rangent également la Confédération asiatique (AFC) et la Confédération sud-américaine (Conmebol).
En Europe, la Fédération française de football (FFF) a exprimé ses « vives inquiétudes », tandis que la Fédération anglaise (FA) s’est dite « profondément préoccupée » par l’absence de transparence. « Nous n’étions absolument pas au courant de cette proposition », a indiqué la FA dans un communiqué. Même la Confédération africaine (CAF), bien que plus ouverte au projet, a rappelé que toute décision devait être soumise à une consultation approfondie.
« La Coupe du monde ne peut pas être traitée comme un produit d’investissement. Elle a été construite au fil des générations par les joueurs, les équipes nationales et les supporters. Aucune partie de cet héritage ne devrait jamais être cédée à des investisseurs privés. »
— UEFA
Un projet soutenu par certaines petites fédérations et la CAF
Face à l’opposition massive, Gianni Infantino peut compter sur quelques soutiens, notamment celui de la Confédération africaine (CAF). Dans un communiqué publié le 29 juillet, l’instance dirigée par Patrice Motsepe a indiqué qu’elle étudierait la proposition lors d’une réunion de son comité exécutif, tout en encourageant ses membres à participer au processus de consultation. « La CAF s’engage à poursuivre la concertation avec la Fifa et les autres confédérations pour favoriser l’essor du football en Afrique », précise le texte.
Autre voix discordante : celle de David Trunda, président de la Fédération tchèque, qui a salué les « bénéfices pragmatiques » du projet. « Je perçois très clairement les bénéfices pour le football tchèque si nous travaillons en coopération avec Gianni Infantino », a-t-il déclaré à Sky Sports. Une position isolée, alors que la plupart des grandes fédérations et des acteurs du football européen rejettent en bloc l’initiative.
Le bras de fer sur les procédures et les échéances
Outre les désaccords de fond, la méthode employée par la Fifa suscite également la colère. Plusieurs instances, dont l’UEFA et la Concacaf, dénoncent un manque de transparence et un calendrier imposé de manière unilatérale. L’UEFA a critiqué une « date limite artificielle » fixée au 19 septembre, sous peine de sanctions financières pour les fédérations qui ne donneraient pas leur accord. « Cela franchit une limite que les instances dirigeantes ne devraient jamais dépasser », a souligné l’instance européenne.
Gianni Infantino a tenté de justifier la démarche dans une vidéo publiée par la Fifa. « C’est une opportunité, mais pas une obligation », a-t-il déclaré, insistant sur le caractère « démocratique » du processus. Pourtant, les critiques persistent. Philippe Diallo, président de la FFF, a qualifié le projet d’« inquiétant », dénonçant l’absence de détails sur son montage financier et ses conséquences. « On ne connaît ni sa philosophie, ni sa nécessité », a-t-il regretté auprès de L’Équipe.
Pour l’UEFA, la balle est désormais dans le camp des fédérations. « Les associations nationales du monde entier sont confrontées à un ultimatum : accepter la prise de contrôle irréversible des plus grandes compétitions du football ou en subir les conséquences », a mis en garde l’instance. Une position qui laisse présager un bras de fer prolongé, avec un risque réel de scission au sein du football mondial.
Un boycott de l’UEFA priverait la Coupe du monde 2030 d’une partie majeure de ses audiences et de ses diffuseurs, tout en privant les équipes européennes d’une compétition majeure. Les organisateurs (Espagne, Portugal, Maroc) devraient trouver des solutions pour compenser cette absence, notamment en termes de billetterie et de visibilité médiatique.
Selon RMC Sport, le fonds Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner (frère de Jared Kushner, ancien conseiller de Donald Trump), serait en tête de course pour devenir partenaire minoritaire de la Fifa. Aucun autre nom n’a été officiellement confirmé pour l’instant.