Alors que les taux d’intérêt des crédits immobiliers repartent à la hausse depuis le début de l’année, le marché reste dynamique. Selon BFM Immo, les ménages français ont contracté plus de 13 milliards d’euros de nouveaux prêts en juin, un niveau inédit depuis la période faste entre 2018 et 2022, marquée par des taux historiquement bas. Pourtant, l’Observatoire Crédit Logement/CSA alertait dès juillet sur un possible ralentissement de la demande, évoquant un « retournement » après plusieurs années d’atterrissage en douceur.
Le taux moyen des nouveaux crédits immobiliers en France a atteint 3,27 % en juin, hors assurance, un niveau comparable à celui enregistré en février 2025. Après avoir dépassé les 4 % il y a un an, les taux avaient entamé une baisse progressive avant de se stabiliser au printemps 2026. Malgré cette remontée, les emprunteurs n’ont pas réduit leurs ambitions : les sommes empruntées (hors renégociations) ont atteint 13,2 milliards d’euros, un montant qui n’avait plus été observé depuis les mois fastes de taux très bas entre mi-2018 et mi-2022, où les taux moyens ne dépassaient pas 1,5 %.
Ce qu'il faut retenir
- Taux moyen des crédits immobiliers en juin 2026 : 3,27 %, hors assurance, un niveau proche de celui de février 2025.
- 13,2 milliards d’euros empruntés en juin, un montant comparable à la période 2018-2022, malgré la hausse des taux.
- Les taux moyens ne dépassaient pas 1,5 % entre mi-2018 et mi-2022, contre 3,27 % aujourd’hui.
- L’Observatoire Crédit Logement/CSA signalait un « retournement » de la demande, avec des indicateurs de production de crédit en net recul.
- Avec assurance et frais annexes, le taux réel atteint 3,97 % pour les prêts de 20 ans et plus, soit environ 45 000 € d’intérêts pour 100 000 € empruntés.
Une demande toujours soutenue malgré un contexte économique moins favorable
La remontée des taux d’intérêt, amorcée fin 2025, n’a pas freiné l’appétit des ménages pour l’immobilier. Selon les données publiées par la Banque de France et relayées par BFM Immo, le volume des crédits contractés en juin reflète une dynamique qui rappelle les années de taux exceptionnellement bas. Pourtant, les économistes tempèrent cet enthousiasme. L’Observatoire Crédit Logement/CSA, dont les données sont plus récentes que celles de la Banque de France, observe un repli marqué des indicateurs de production de crédit.
Dans une visioconférence de presse tenue en juillet, le professeur d’économie Michel Mouillart a évoqué un « retournement » après une période d’atterrissage. « Les indicateurs de production de crédit immobilier reculent nettement », a-t-il souligné, confirmant une tendance à la baisse de la demande. Cette situation s’inscrit dans un contexte économique où les incertitudes persistent, notamment sur le pouvoir d’achat et la stabilité des revenus.
Des taux toujours « raisonnables » selon la Banque de France, mais des offres préférentielles en baisse
Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a tempéré les craintes lors d’une déclaration du 24 juillet. Interrogé sur la situation, il a estimé que « les taux restent à des niveaux raisonnables », tout en soulignant que « les offres des banques demeurent ». Une affirmation qui contraste avec l’évolution des pratiques commerciales des établissements bancaires, désormais plus sélectifs.
Caroline Pasquereau, porte-parole du courtier Empruntis, a confirmé cette tendance dans un communiqué publié mercredi. Selon elle, « plusieurs offres préférentielles, jusqu’ici proposées par quelques établissements, ont disparu » dans les barèmes transmis pour le mois d’août. Cette raréfaction des conditions avantageuses pourrait inciter les emprunteurs à anticiper leurs projets ou à se tourner vers d’autres solutions de financement.
Un coût réel du crédit bien supérieur aux seuls taux affichés
Le taux moyen de 3,27 % annoncé par la Banque de France ne reflète pas l’intégralité du coût d’un crédit immobilier. Hors assurance, il ne prend pas en compte les frais annexes tels que l’assurance emprunteur, les frais de garantie ou les commissions de courtage. Selon les dernières données disponibles, le taux global – incluant ces éléments – s’élevait à 3,97 % au deuxième trimestre pour les prêts de 20 ans et plus.
Cette différence a un impact financier concret : pour un emprunt de 100 000 € sur 20 ans, les intérêts s’élèvent désormais à environ 45 000 €. Un montant qui pèse sur le budget des ménages et réduit leur capacité d’emprunt, surtout dans un contexte où les prix de l’immobilier restent élevés dans de nombreuses zones géographiques.
La remontée des taux d’intérêt et la raréfaction des offres préférentielles pourraient aussi influencer les prix de l’immobilier. Si la demande se contracte, les vendeurs pourraient être contraints de revoir leurs prétentions à la baisse, ce qui pourrait relancer l’activité dans certains marchés locaux. À l’inverse, une baisse trop brutale des volumes de crédits pourrait peser sur la construction et, in fine, sur l’économie française.
Cette hausse s’inscrit dans un contexte économique mondial marqué par des tensions inflationnistes persistantes et des politiques monétaires restrictives menées par la Banque centrale européenne. Après avoir atteint des sommets à plus de 4 % fin 2025, les taux des crédits immobiliers avaient commencé à baisser début 2026, avant de repartir à la hausse au printemps. Cette remontée reflète une normalisation des conditions de financement, après plusieurs années de taux exceptionnellement bas.
Le taux moyen affiché par la Banque de France ne prend pas en compte plusieurs éléments, comme l’assurance emprunteur – obligatoire –, les frais de garantie (hypothèque, caution) et les commissions éventuelles des courtiers. Selon les dernières données, ces frais peuvent porter le coût réel d’un crédit à près de 4 % pour les prêts longs, soit un surcoût significatif sur la durée.