La situation est alarmante ». C’est par ces mots que le secrétaire d’État français Laurent Nuñez a ouvert, ce 20 avril 2026, la 6ᵉ réunion ministérielle de la coalition européenne contre le crime organisé, selon BFM - Politique. Cette rencontre, qui se tient à Paris, réunit les ministres de l’Intérieur et de la Justice de plusieurs États membres pour renforcer la coopération judiciaire et sécuritaire face à l’essor des réseaux criminels transfrontaliers.
Ce qu'il faut retenir
- Une mobilisation urgente : la coalition européenne, créée en 2021, tient sa 6ᵉ réunion sous l’égide de la France pour répondre à la montée des menaces criminelles en Europe.
- Des menaces multiples : trafic de stupéfiants, cybercriminalité, blanchiment d’argent et réseaux de passeurs sont au cœur des discussions.
- Un renforcement des outils juridiques : les États membres doivent harmoniser leurs législations pour faciliter les poursuites transnationales.
- La France en première ligne : Laurent Nuñez, secrétaire d’État à l’Intérieur, a insisté sur la nécessité d’une réponse « coordonnée et déterminée ».
- Des défis persistants : malgré les avancées, les réseaux criminels s’adaptent, exploitant les failles numériques et les frontières poreuses.
Une coalition née pour contrer les réseaux criminels transfrontaliers
La coalition européenne contre le crime organisé a été lancée en 2021 pour répondre à l’intensification des activités illicites à l’échelle du continent. Depuis sa création, elle a permis des échanges renforcés entre services de police, douanes et magistrats, mais les défis restent nombreux. Selon les dernières estimations de Europol, le chiffre d’affaires annuel du crime organisé en Europe dépasse les 140 milliards d’euros, alimenté par des trafics de drogue, des fraudes aux subventions européennes et des cyberattaques. « Nous devons passer d’une logique de répression à une logique de prévention », a souligné Laurent Nuñez lors de son allocution d’ouverture.
Les priorités de cette 6ᵉ édition : trafic de drogue et cybermenaces
Cette réunion ministérielle se concentre sur deux enjeux majeurs : le trafic de stupéfiants et la cybercriminalité. En 2025, les saisies de cocaïne en Europe ont atteint un niveau record, avec plus de 220 tonnes interceptées, principalement en provenance d’Amérique latine et acheminées via les ports européens. « Les cartels diversifient leurs routes, profitant des faiblesses logistiques de certains pays », a expliqué un haut fonctionnaire européen cité par BFM - Politique. Côté cybercriminalité, les attaques par rançongiciels ont augmenté de 35 % en un an, ciblant indistinctement entreprises et administrations.
Pour y faire face, les ministres doivent valider un plan d’action incluant :
- Le renforcement des équipes communes d’enquête (ECE) entre pays membres ;
- L’adoption d’un cadre juridique unique pour le gel des avoirs criminels ;
- Le déploiement d’outils de surveillance numérique partagés.
La France en première ligne, mais les défis persistent
Paris accueille cette réunion dans un contexte où la France est particulièrement exposée aux réseaux criminels. Le pays est à la fois une plaque tournante du trafic de drogue vers l’Europe du Nord et une cible privilégiée des cybercriminels, notamment en raison de ses infrastructures critiques. Laurent Nuñez a rappelé que « la lutte contre le crime organisé est une priorité absolue », tout en soulignant les limites des moyens actuels. « Nous avons besoin de plus de magistrats spécialisés et de technologies adaptées », a-t-il déclaré. Les services de police français, en collaboration avec Europol, ont mené en 2025 plus de 1 200 opérations contre les réseaux de trafic, aboutissant à 3 500 interpellations et la saisie de 50 millions d’euros en actifs criminels.
Harmoniser les législations : un chantier toujours en cours
L’un des principaux obstacles à une lutte efficace reste l’hétérogénéité des législations nationales. Si certains pays, comme l’Italie ou les Pays-Bas, disposent de lois strictes contre le blanchiment, d’autres, notamment à l’Est de l’UE, peinent à aligner leurs cadres juridiques. La commission européenne a proposé en 2024 un règlement pour créer un parquet européen anti-cybercriminalité, mais son adoption traîne en longueur. « Sans harmonisation, les criminels exploitent les failles », a prévenu un représentant de la Commission européenne. Les ministres présents doivent discuter d’un mécanisme de « réciprocité judiciaire » pour faciliter les extraditions et les échanges de preuves.
Cette mobilisation intervient alors que la Commission européenne a récemment publié un rapport mettant en garde contre l’essor des « narco-États » en Europe, où certains groupes criminels infiltrent les institutions locales. Pour Laurent Nuñez, « le temps de l’action est venu ». Reste à savoir si les engagements pris ce week-end se traduiront par des mesures concrètes sur le terrain.
D’après Europol, les pays les plus touchés sont l’Italie (pour les réseaux mafieux historiques), les Pays-Bas (plateforme logistique pour le trafic de drogue), l’Espagne (porte d’entrée de la cocaïne) et la Belgique (hub de blanchiment). La France est également en première ligne, notamment en raison de sa position géographique et de ses liens avec l’Afrique.
