Bruno Retailleau, candidat Les Républicains (LR) pour l’élection présidentielle de 2027, a défendu ce mercredi 10 juin 2026 une « nouvelle politique pénale » face aux crimes sexuels contre les enfants. Selon BFM - Politique, il a notamment plaidé pour la création d’un fichier accessible aux employeurs afin d’éviter que des personnes condamnées pour ces infractions ne travaillent auprès de mineurs, tout en réclamant des « peines incompressibles » pour les auteurs de tels actes.
Ce qu'il faut retenir
- Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle 2027, propose un fichier accessible aux employeurs pour les personnes condamnées pour crimes sexuels contre des mineurs.
- Il défend l’idée de « peines incompressibles » pour les auteurs de ces infractions, ainsi que la castration chimique des pédocriminels.
- Il a pointé du doigt les « manquements et ratés » dans le parcours judiciaire de l’affaire Lyhanna, une enfant de 11 ans victime de violences sexuelles à Marseille.
- Retailleau s’est dit favorable à un référendum pour valider cette nouvelle politique pénale.
- Il a souligné la nécessité d’éviter une « société de la violence », tout en insistant sur l’urgence à protéger les mineurs.
Un fichier des condamnés pour mieux protéger les mineurs
Parmi les mesures phares avancées par Bruno Retailleau, la création d’un fichier national regroupant les personnes condamnées pour crimes sexuels contre des mineurs figure en tête de liste. « Il faut que les employeurs puissent avoir accès à un fichier », a-t-il insisté. Selon lui, cette mesure permettrait d’éviter que des individus condamnés pour de tels actes ne soient embauchés dans des structures accueillant des enfants, comme les écoles, les centres de loisirs ou les crèches. « Si on ne le fait pas, on expose nos enfants », a-t-il averti, sans préciser si ce fichier serait public ou réservé aux employeurs sous contrôle judiciaire.
Cette proposition s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs affaires de violences sexuelles sur mineurs ayant défrayé la chronique ces dernières années, comme celle de Lyhanna, 11 ans, violée et tuée à Marseille en 2022. Les dysfonctionnements dans le traitement judiciaire de cette affaire ont été largement documentés, notamment par la presse et les associations de protection de l’enfance.
Des peines incompressibles et la castration chimique en débat
Bruno Retailleau a également réitéré son soutien à l’instauration de « peines incompressibles » pour les crimes sexuels contre les mineurs. Ces peines, qui ne pourraient être réduites ni par une libération conditionnelle ni par une réduction de peine, visent à garantir une durée minimale de détention pour les condamnés. « Il faut des peines incompressibles », a-t-il martelé, sans préciser si cette mesure concernerait uniquement les crimes les plus graves ou l’ensemble des infractions sexuelles sur mineurs.
Autre proposition controversée : la castration chimique des pédocriminels. Retailleau a confirmé son soutien à cette mesure, présentée comme un moyen de limiter les risques de récidive. « Je veux éviter une société de la violence », a-t-il déclaré, sans entrer dans les détails sur la mise en œuvre pratique de cette mesure, notamment son caractère obligatoire ou volontaire pour les condamnés.
L’affaire Lyhanna, symbole des dysfonctionnements judiciaires
Bruno Retailleau s’est longuement arrêté sur l’affaire Lyhanna, dont le parcours judiciaire a été marqué par des « manquements et ratés ». Cette enfant de 11 ans avait été violée et assassinée en 2022 par un homme déjà connu des services de police pour des faits de violences sexuelles. Malgré les signaux d’alerte, les institutions n’avaient pas réussi à empêcher le drame. « C’est une accumulation de manquements et de ratés », a-t-il dénoncé, sans désigner nommément les responsables de ces dysfonctionnements.
Cette affaire a relancé le débat sur l’efficacité du système judiciaire dans la protection des mineurs. Plusieurs rapports, dont celui de l’Inspection générale de la justice (IGJ), ont pointé des lacunes dans le suivi des auteurs de violences sexuelles, ainsi que des délais excessifs dans le traitement des dossiers. Selon les dernières statistiques disponibles, près de 20 % des affaires de violences sexuelles sur mineurs font l’objet d’un classement sans suite, souvent pour des raisons procédurales.
Un référendum pour valider la nouvelle politique pénale
Pour donner une légitimité démocratique à sa proposition, Bruno Retailleau a évoqué la possibilité d’un référendum. « Il faut un référendum pour une nouvelle politique pénale », a-t-il lancé. Cette idée s’inspire des mécanismes de démocratie directe utilisés dans certains pays européens, comme la Suisse ou l’Italie, où les citoyens peuvent être consultés sur des questions de société majeures. « Les peines incompressibles et l’accès des employeurs au fichier des condamnés méritent d’être soumis au vote des Français », a-t-il justifié.
Cependant, la faisabilité d’un tel référendum reste incertaine. La Constitution française encadre strictement les conditions d’organisation d’une consultation populaire, et le sujet des peines pénales pourrait se heurter à des obstacles juridiques. Par ailleurs, certains juristes estiment que des mesures comme les peines incompressibles relèvent davantage du domaine législatif que d’un choix populaire.
Reste à voir si ces propositions, portées par un candidat de l’opposition, trouveront un écho au-delà des cercles militants de LR. Leur adoption dépendra largement du rapport de force politique après le scrutin de 2027, ainsi que de la capacité des institutions à répondre aux attentes des citoyens en matière de protection de l’enfance.
La castration chimique consiste en l’administration de traitements hormonaux visant à réduire la libido des condamnés. En France, cette mesure est déjà utilisée dans certains cas pour les auteurs de violences sexuelles, mais elle reste facultative et encadrée par la justice. Bruno Retailleau propose d’en faire une peine systématique pour les pédocriminels, mais les modalités pratiques – comme la durée du traitement ou son caractère obligatoire – restent à préciser.
Plusieurs facteurs expliquent la lenteur des procédures : la complexité des enquêtes, le manque de moyens des services judiciaires, les délais de transmission des dossiers entre les parquets et les tribunaux, ainsi que les possibilités de recours pour les accusés. Dans l’affaire Lyhanna, par exemple, les retards ont été attribués à des erreurs de procédure et à un manque de coordination entre les services policiers et judiciaires.