Après un mois de juin marqué par un net recul des prix des carburants en Europe, la détérioration de la situation dans le détroit d'Ormuz fait à nouveau flamber les cours du pétrole. Selon Euronews FR, cette voie maritime stratégique, reliant le golfe Persique au golfe d'Oman, redevient le théâtre d'affrontements indirects entre les États-Unis et l'Iran, relançant les craintes d'une perturbation durable de l'approvisionnement énergétique continental.
Ce qu'il faut retenir
- Plusieurs attaques récentes contre des pétroliers dans le détroit d'Ormuz ont été attribuées à l'Iran et aux rebelles houthis du Yémen, alliés de Téhéran
- Le baril de brut a dépassé les 100 dollars début août, un niveau inédit depuis début juin
- En juin, les prix du diesel ont chuté de 6,4 % et ceux de l'essence de 4,2 % en Europe, après un accord de cessez-le-feu temporaire entre Washington et Téhéran
- L'Italie et Chypre sont les seuls pays de l'UE à avoir enregistré une hausse des prix de l'essence entre mai et juin 2026
- Sur un an, les hausses les plus fortes ont été observées en Bulgarie (+23,1 %), Lituanie (+22,9 %) et Roumanie (+22,7 %)
- L'Espagne, la Hongrie et la Pologne limitent l'impact grâce à des mesures fiscales et des infrastructures de raffinage adaptées
Une escalade militaire qui perturbe à nouveau les flux pétroliers
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite près du troisième du pétrole mondial, redevient une zone de tensions intenses. Selon les dernières informations rapportées par Euronews FR, plusieurs attaques ont visé ces dernières semaines de grands navires marchands internationaux. Les États-Unis, qui assurent maintenir la liberté de navigation, ont prévenu qu'ils riposteraient en frappant des infrastructures iraniennes – ponts et centrales électriques – si les provocations se poursuivent. Les experts soulignent que ces opérations ciblent désormais davantage les cargos étrangers que les bateaux locaux, un changement de stratégie qui amplifie l'impact sur les marchés.
Cette escalade intervient après une brève période de répit. En juin, un mémorandum d'entente en 14 points, conclu entre Washington et Téhéran, avait permis une baisse significative des prix des carburants en Europe. Entre mai et juin 2026, le diesel avait reculé de 6,4 % et l'essence de 4,2 %, selon les données d'Eurostat. Une accalmie de courte durée, donc, alors que le contexte géopolitique reste extrêmement volatile.
L'Europe divisée face à la flambée des prix
La résurgence des tensions à Hormuz a immédiatement fait repartir les cours. À l'échelle mondiale, le baril de brut a franchi le seuil symbolique des 100 dollars début août, un niveau atteint pour la première fois depuis début juin. En Europe, les disparités entre pays sont frappantes. Si la majorité des États membres ont enregistré une baisse des prix des carburants en juin, deux exceptions notables persistent : l'Italie et Chypre, où les tarifs de l'essence ont continué à progresser, respectivement de +0,5 % et +0,7 %.
Les baisses les plus marquées ont été observées en Tchéquie (-11,3 %), en Pologne (-9,7 %) et en Bulgarie (-9,4 %) pour le diesel, tandis que la Suède (-7,8 %) et la Belgique (-7,0 %) ont connu les plus fortes diminutions sur l'essence. Ces écarts s'expliquent en partie par les politiques fiscales nationales. Les pays ayant enregistré les hausses les plus faibles sur un an – comme la Hongrie (+2,3 %), la Pologne (+5,8 %) ou l'Espagne (+7,9 %) – ont mis en place des mécanismes de protection spécifiques.
Les stratégies nationales qui limitent l'impact
L'Espagne, la Hongrie et la Pologne ont adopté des mesures ciblées pour amortir la hausse des prix. À Budapest, le gouvernement a choisi de plafonner les tarifs des carburants, une décision qui a permis de contenir l'inflation à un niveau très modéré. Varsovie et Madrid, quant à elles, ont privilégié une réduction de la TVA sur l'essence et le diesel. Une approche qui a suscité des critiques de la part de Bruxelles, l'Union européenne recommandant plutôt une baisse des droits d'accise, jugés plus efficaces pour limiter l'impact sur les ménages.
L'Espagne dispose en outre d'un avantage structurel : son réseau d'infrastructures pétrolières figure parmi les plus résilients d'Europe. Avec 11 terminaux pétroliers portuaires, un vaste réseau d'oléoducs et des capacités de stockage interconnectées, le pays réduit sa dépendance aux importations de carburants finis. « L'Espagne dispose d'un système d'infrastructures pétrolières unique, avec une large couverture géographique et interconnectée, incluant 11 terminaux pétroliers portuaires, un vaste réseau d'oléoducs et des capacités de stockage reliées aux raffineries », a rappelé l'Agence internationale de l'énergie.
Des disparités régionales qui creusent les écarts
Sur la période allant de juin 2025 à juin 2026, les hausses de prix les plus spectaculaires ont été enregistrées en Europe de l'Est. La Bulgarie (+23,1 %), la Lituanie (+22,9 %) et la Roumanie (+22,7 %) figurent en tête des pays les plus touchés. Ces chiffres s'expliquent en partie par la dépendance de ces économies aux importations de pétrole et par des politiques fiscales moins souples. En dehors de l'Union européenne, la situation est encore plus critique : la Turquie affiche une hausse de près de 32 % et la Géorgie de presque 30 %.
Ces disparités soulignent la vulnérabilité de certains États face aux chocs externes. Alors que l'Europe de l'Ouest et du Nord parvient globalement à absorber le choc grâce à des réserves stratégiques et des politiques fiscales adaptées, les pays d'Europe centrale et orientale subissent de plein fouet la volatilité des marchés. Une situation qui risque de s'aggraver si les tensions à Hormuz persistent.
Les observateurs s'interrogent désormais sur la capacité des États européens à coordonner leurs réponses. Alors que certains misent sur des mesures fiscales d'urgence, d'autres privilégient des stocks stratégiques. Autant dire que la question du coût de l'énergie reste au cœur des débats politiques, à quelques mois des prochaines échéances électorales.
Le détroit d'Ormuz est le principal point de passage du pétrole en provenance du golfe Persique vers les marchés asiatiques et européens. Selon les estimations, près de 21 millions de barils y transitent chaque jour, soit environ un tiers de la consommation mondiale. Toute perturbation majeure dans cette zone entraîne immédiatement une flambée des prix du brut à l'échelle planétaire.